Y a t’il (et y aura t’il) suffisamment de moyens pour l’enseignement supérieur et la recherche ?

En cette période de rentrée, de préparation budgétaire et de présentation des priorités des présidentiables (ou supposés tels), que représente l’effort public national en matière d’ESR et faut-il dépenser plus pour produire plus ?

D’abord, il est clair que le budget de l’ESR, déjà important, va augmenter. Au moins à court terme et… facialement.

Selon la ministre Najat Vallaud-Belkacem, le budget de l’enseignement supérieur et la recherche verra son enveloppe globale augmenter de 850 millions d’euros en 2017. Globalement, le budget du MENESR augmentera de 3 milliards d’euros, la plus forte augmentation de budget annoncée par le gouvernement. Ces déclarations ont été faite lors de la présentation des priorités du gouvernement, début juillet.

La ministre a ajouté que ce budget permettra aux universités de :

  • faire face à l’augmentation importante du nombre d’étudiants,
  • achever la création des 5 000 postes pour l’enseignement supérieur,
  • augmenter le montant des bourses sur critères sociaux ainsi que le nombre de bénéficiaires,
  • financer le gel des droits d’inscription à l’université ainsi que du ticket de restauration universitaire, de la sécurité sociale étudiante à la rentrée 2016,
  • financer le dégel du point d’indice à l’université ainsi que la revalorisation prévue.

La plupart des présidentiables, déclarés ou non, proposent d’au moins maintenir les crédits de l’ESR. Le PS souhaite faire passer les financements consacrés à l’ESR à 2 % du PIB d’ici à la fin de la prochaine législature. LR souhaite en particulier libérer les frais d’inscription et rompre avec la tutelle du MESR et la remplacer par le contrat. Tous plus ou moins sont d’accord avec Alain Juppé pour considérer que la qualité de notre enseignement supérieur et la performance de notre recherche, sont essentiels à l’innovation et à la croissance.

S’exprimant récemment devant la CPU (conférence des président d’université), après avoir quitté le gouvernement, Emmanuel Macron considère que l’allocation des moyens n’est pas la bonne, mettant en avant une sous allocation sur le supérieur et comparant les chiffres 2013 pour l’enseignement supérieur : 1,4 point de PIB en France contre 1,6 dans l’OCDE en moyenne dont 2,8 pour le Canada, 2,7 pour les USA, 2,6 pour la Corée du sud. Esquissant une piste de solution, il considère qu’il faut arrêter de faire croire que l’université gratuite et non sélective équivaut forcément à la réussite de tous.

Rappelons quelques chiffres sur l’enseignement supérieur.

Le budget de la MIRES (mission interministérielle de l’enseignement supérieur et de la recherche) est de quelques 31 Md€ dont plus de 23 Md€ gérés directement par le secrétariat d’Etat à l’ESR (source Ministère).

Selon le ministère, en 2014, la collectivité nationale a dépensé 29,2 milliards d’euros (Md€) pour l’enseignement supérieur, soit une progression de 0,3 % par rapport à 2013 (en prix constants, c’est-à-dire corrigés de l’inflation). Cette dépense a connu une forte croissance depuis 1980 : elle a été multipliée par 2,6 (en prix constants) avec une augmentation moyenne annuelle de 2,8 %. 

Malgré ces efforts (officiels), selon France Stratégie, la France investit moins dans l’éducation que les pays qui font mieux qu’elle sur les deux aspects (niveau global et équité sociale), notamment en ce qui concerne la scolarité primaire et préprimaire. Y compris au niveau du supérieur, l’effort financier demeure en dessous des pays les plus performants (graphique 1).

1609 Dépenses éducation

Selon la Cour des Comptes aussi, l’enseignement supérieur reste une priorité budgétaire en 2015, même si comme la Cour l’a déjà souligné, la nomenclature par actions des programmes gérés par le MENESR ne fournit pas d’informations pertinentes sur la destination réelle des dépenses en 2015. Dont acte.

Et s’agissant des chiffres, la « douce poésie budgétaire et comptable » de la Cour la conduit à remarquer que avec 25,89 Md€ de crédits de paiement (CP) votés en LFI 2015, la MIRES représente 6,5 % des CP ouverts au budget général de l’État, ce qui en fait la cinquième mission la plus importante. Son exécution se fait sur un périmètre élargi aux 16 dépenses fiscales rattachées à titre principal (évaluées à 9,49 Md€). En outre, des financements extrabudgétaires cumulés d’environ 30 Md€ de dotations non consommables soutiennent un effort pluriannuel d’investissements (sur ces 30 Md€, 70,8 % (21,9 Md€) relèvent du PIA1, 17,3 % (5,34 Md€) du PIA2, et 12 % (3,7 Md€) du Plan Campus). Transpire quand même l’importance des chiffres… et des dépenses de fonctionnement de la MIRES (plus de 75%).

1609 Mires 2

Et si il ne servait à rien de dépenser plus, en matière de recherche … ?

Une récente étude d’un institut/think tank/observatoire espagnol, IUNE, sous l’égide de l’INAECU (Investigación Avanzada sobre Evaluación de la Ciencia y la Universidad) est troublante. Elle montre qu’en Espagne, bien que le financement par chercheur ait diminué de 6,7 % au cours des dernières années et l’évolution des dépenses courantes des universités ait baissé de près de 8 % en 2014 par rapport à 2010, entre 2005 et 2014, la production scientifique des universités est passée de 26 000 publications à 51 000, soit près du double (« thermomètre » : Web of Science) ! De plus, entre 2004 et 2014, la croissance des brevets accordés aux universités a augmenté de 136 %. Le rapport remarque aussi, et c’est sans doute une voie d’explication, que les universités espagnoles ont augmenté leur participation aux programmes européens (PCRD).

1609 Esp 21609 Esp 1http://www.enseignementsup-recherche.gouv.fr/cid103009/l-etat-de-l-enseignement-superieur-et-de-la-recherche-en-france-n-9-juin-2016.html

http://www.strategie.gouv.fr/publications/20172027-priorites-educatives

https://www.ccomptes.fr/Accueil/Publications/Publications/Le-budget-de-l-Etat-en-2015-resultats-et-gestion

http://www.informes.iune.es/Informe%20IUNE%202016.pdf

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2 pensées sur “Y a t’il (et y aura t’il) suffisamment de moyens pour l’enseignement supérieur et la recherche ?

  1. Si l’on remet les choses dans l’ordre, la recherche académique crée de la connaissance, cette connaissance génère l’innovation qui se traduit en emplois sur le marché. Effectivement le commerce en ligne n’est pas né dans un laboratoire de recherche, mais internet oui. C’est parce que des chercheurs ont créé internet que le commerce en ligne a pu voir le jour. C’est parce que les chercheurs ont inventés les led que nous avons des téléviseurs à écran plat et des écrans sur nos téléphones. C’est parce que les chercheurs ont inventés les protocoles de communications que nous pouvons télécharger des vidéos en 4G. Une invention récente, l’édition du génome, va révolutionner l’agronomie et la médecine, et nombre de sociétés vont se développer grâce à cette nouvelle technologie. La recherche d’aujourd’hui est la technologie et les emplois de demain.

  2. On ne peut dissocier la question des moyens de celle de la mission. Or celle-ci, même rédigée en termes compréhensibles, reste un peu flou. S’agit-il de permettre à tous ceux qui le désirent de faire des études supérieures ? S’agit-il d’assurer la réussite de tous ? Est-ce simplement de « chercher et former (et transférer) » ?
    Dans ces conditions, préciser ces missions est un exercice très difficile, se plaindre d’un manque de moyens est beaucoup plus facile.
    Le blog pose à juste titre la question du lien entre dépenses de recherche et production. Une étude de Booz-Allen-Hamilton (dont le nom a depuis évolué) a d’ailleurs montré une déconnection entre ces facteurs…
    Se pose aussi la question du lien entre recherche publique et l’innovation et la croissance. Parmi toutes les innovations qui bouleversent notre quotidien (le commerce en ligne par exemple), combien ont leurs sources dans la recherche publique ?

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