Sur l’appropriation des technologies

Les relations entre l’homme et ses objets techniques sont complexes. Leur genèse a une influence sur les conditions de leur appropriation. Pourquoi une innovation apparaît-elle à un moment donné, en un lieu donné ? Pourquoi certaines innovations n’émergent-elles pas alors que tout semblait propice à leur épanouissement ? Quel est l’impact des technologies sur l’individu, les sociétés, l’environnement ?

Dans un récent rapport, l’Académie des technologies présente quelques réflexions sur la question de l’appropriation des technologies par la société, en s’appuyant sur de nombreux exemples faisant partie de notre quotidien (TGV, OGM, vaccination…). Les multiples facteurs qui feront qu’une technologie sera adoptée sont ainsi explorés.

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La notion d’appropriation intègre un ensemble de processus incluant la prise de contact (au sens intellectuel mais aussi sensoriel du terme) et l’adoption éventuelle des objets techniques, leur « assimilation » dans nos schémas de pensée et d’action et l’effet de cette assimilation sur notre approche de nouveaux objets techniques.

L’Académie s’est d’abord attachée à comprendre la genèse des innovations et à examiner les deux grandes visions de ce phénomène, celle qui privilégie le rôle de l’offre (la production d’inventions) et celle qui souligne le rôle déterminant des dynamiques sociales. Elle nous invite à considérer les innovations non comme les simples productions d’inventeurs « géniaux » mais comme des « points singuliers », peu fréquents, résultant de la rencontre heureuse de dynamiques techniques et sociales, d’une offre émanant des inventeurs et d’attentes de la société. Il convient donc, selon l’Académie des technologies, de porter une attention accrue au suivi et à la compréhension de ces dynamiques sociales, en partant de la conviction que les difficultés que peut rencontrer la diffusion d’une technologie, les débats qu’elle peut susciter, ne relèvent pas de comportements «irrationnels» vis-à-vis d’une invention « à l’évidence » porteuse de progrès mais d’opinions construites, de convictions et de représentations qui peuvent être explicitées et comprises, à défaut d’être partagées.

Les facteurs qui favorisent ou freinent cette appropriation sont nombreux. Il faut se départir d’une vision selon laquelle les objets techniques doivent, pour être appropriés, être parfaitement « au point » et répondre essentiellement à des préoccupations fonctionnelles. Il apparaît que le caractère inachevé, perfectible, ouvert, réorientable de ces objets constitue un facteur favorisant leur appropriation et que, sans minorer le rôle des facteurs économiques dans la diffusion des objets techniques, de nombreuses autres dimensions, culturelles, esthétiques, symboliques, psychologiques interviennent dans cette appropriation. Ces dimensions peuvent concerner non seulement les objets eux-mêmes, mais aussi l’ensemble du système technique qui les a générés.

L’examen des questionnements de la société vis-à-vis des changements de toutes natures induits par les technologies conduit à ne pas minorer l’importance de ces changements, en particulier en évitant de les présenter comme de simples « perfectionnements » de technologies déjà présentes ou d’avancer que les inquiétudes qui s’expriment résultent d’une perception inexacte des risques. Il convient au contraire d’admettre que les technologies nous changent en profondeur, aussi bien dans notre perception de l’environnement, de nous-même que de nos semblables. Le rôle des technologies est important dans la « mise à plat » du monde, c’est-à-dire du passage d’un monde dominé, dans le travail, l’éducation, la politique, par des relations hiérarchiques à un monde où les rapports horizontaux entre « égaux » prennent une importance économique, sociale et politique croissante.

Les conditions et contraintes du nécessaire dialogue avec la société sont analysées. Il convient d’accepter que ces demandes de mise en débats s’expriment « à contre-temps », c’est-à-dire en situation de crise économique et sociale. Il faut aussi admettre, et faire admettre, que l’évaluation a priori des technologies nouvelles est, certes, nécessaire, mais ne peut prétendre en identifier toutes les conséquences, positives ou négatives, dans une société. Et surtout, il ne faut pas tirer argument de cette impossibilité pour refuser toute responsabilité « morale » dans ses conséquences.

Pour attirer les futurs innovateurs, l’Académie des technologies recommande de montrer que, pour élaborer les innovations de demain, la capacité à repérer dans l’ensemble du monde des innovations potentielles, de les développer, de les combiner et de les insérer dans des stratégies de développement économique est importante. Ceci est particulièrement vrai pour les « grands systèmes techniques », qui jouent un rôle de plus en plus important dans nos sociétés et qui nécessitent pour leur élaboration et leur perfectionnement de mobiliser des équipes importantes, de combiner des innovations de procédés autant que de produits et de mobiliser la créativité de personnalités diverses et complémentaires.

http://www.academie-technologies.fr/blog/categories/rapports/posts/quelques-reflexions-sur-la-question-de-l-appropriation-des-technologies

 

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Une pensée sur “Sur l’appropriation des technologies

  1. Bonjour Michel,

    Je souscris à cet article avec la réserve suivante:

    QUOTE
    « Pour attirer les futurs innovateurs, l’Académie des technologies recommande de montrer que, pour élaborer les innovations de demain, la capacité à repérer dans l’ensemble du monde des innovations potentielles, de les développer, de les combiner et de les insérer dans des stratégies de développement économique est importante. Ceci est particulièrement vrai pour les « grands systèmes techniques », qui jouent un rôle de plus en plus important dans nos sociétés et qui nécessitent pour leur élaboration et leur perfectionnement de mobiliser des équipes importantes, de combiner des innovations de procédés autant que de produits et de mobiliser la créativité de personnalités diverses et complémentaires. »
    UNQUOTE

    L’Académie fait ici une confusion entre invention et innovation. Le texte devrait plutôt se lire:

    Pour attirer les futurs innovateurs, l’Académie des technologies recommande de montrer que, pour élaborer les innovations de demain, la capacité à repérer dans l’ensemble du monde des INVENTIONS potentielles, de les développer, de les combiner et de les insérer dans des stratégies de développement économique est importante. Ceci est particulièrement vrai pour les « grands systèmes techniques », qui jouent un rôle de plus en plus important dans nos sociétés et qui nécessitent pour leur élaboration et leur perfectionnement de mobiliser des équipes importantes, de combiner des INVENTIONS de procédés autant que de produits et de mobiliser la créativité de personnalités diverses et complémentaires.

    La différence entre invention et innovation est cachée dans la notion de marché. Une innovation est une invention qui a déjà trouvé son marché.

    A vous lire toujours avec plaisir,

    Bien à vous,

    Laurent H. Selles
    Profil Linkedin: https://www.linkedin.com/in/laurentherveselles

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