Suisse : terre d’excellence pour l’enseignement supérieur

Les EPF (Ecoles Polytechniques Fédérales) suisses cartonnent dans les palmarès internationaux. La France aurait peut-être intérêt à s’inspirer de leur stratégie. D’où l’intérêt d’examiner le plan stratégique 2017-2020 des EPF qui vient d’être rendu public par le Conseil des EPF.

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Dans son avant-propos, le président du Conseil des EPF, Fritz Schiesser, met en avant quatre facteurs stratégiques de réussite : un enseignement d’excellence basé sur la recherche avec un encadrement optimal, différents projets d’infrastructures de recherche d’importance nationale, de grands axes stratégiques de recherche, qui contribueront à la résolution d’enjeux sociétaux majeurs ainsi que – quatrième critère essentiel de réussite – l’attractivité du Domaine des EPF en tant qu’employeur. Si, par rapport à la situation française, on retrouve la notion de service à la société et de contribution à la résolution de défis sociétaux, la question d’attractivité en tant qu’employeur reste problématique. L’autonomie des universités française n’est pas allée jusqu’au bout et l’efficacité de leur gouvernance reste à prouver. Et il est probable qu’après des avancées en cours sur la sélection, les frais d’inscription et la gouvernance, le statut des enseignants-chercheurs reste le dernier tabou de l’université française !

Par ailleurs, la Suisse reste lucide sur ses capacités et fait le choix de quelques axes stratégiques de recherche : Energie, Médecine personnalisée et génie biomédical, Big Data et sciences numériques, Systèmes de fabrication de pointe.

Parmi les 10 objectifs de développement, allant de l’enseignement à la gestion immobilière, trois attirent particulièrement l’attention : le transfert de savoir et de technologie, la coopération et la coordination
 à l’échelle nationale, le rôle dans la société et les tâches nationales.
L’apport à la société est présent aussi dans la vision exprimée pour le développement des EPF qui doivent être un moteur de l’innovation à même de renforcer durablement la compétitivité́ de la Suisse et de contribuer au développement de la société, assumant une coresponsabilité́ active à l’international pour résoudre les enjeux sociétaux urgents, améliorer la qualité́ de vie et maintenir nos bases d’existence à long terme.

C’est donc bien l’apport à la société (et les tâches nationales) et pas seulement à l’avancée de la connaissance qui est au cœur du « réacteur » des EPF. Les universitaires français se plaignent de ne pas être assez reconnus, voire aimés, et, évidemment, dotés de moyens suffisants, le toujours plus étant de mise en la matière. Mais quel rôle sont-elles prêtes à jour pour la société et quelles missions sont-elles prêtes à jouer ? En Suisse, c’est très clair et assumée : formation, recherche, mais aussi expertise au profit des pouvoirs publics, diffusion de l’information scientifique et technique, diplomatie scientifique, …. . Les EPF fournissent des pistes de réflexion aux responsables politiques, livrent à la population des informations sur les résultats des activités de recherche pouvant l’intéresser, entretiennent la fascination pour les sciences et les technologies auprès des jeunes et dispensent aux étudiants et aux doctorants une formation de grande qualité. Elles accomplissent également de nombreuses tâches nationales dans l’intérêt de la société, que ce soit dans le cadre de la conservation à long terme de biens culturels ou du respect des accords internationaux conclus par la Confédération.

Parmi les préceptes fondamentaux mis en avant dans le document suisse, de nombreuses idées ou notions intéressantes telles l’apprentissage par la recherche (et non exclusivement pour la recherche), trop peu accepté dans notre pays par les employeurs, les collaborations interdisciplinaires, toujours frileuses en France, l’autocritique, impensable dans nos universités… mériteraient de franchir la frontière. Mais deux engagements des EPF méritent toute notre attention.

« Nous nous engageons à transmettre nos connaissances et nos développements technologiques à l’économie. »

1704 EPF 2Cet engagement est repris dans un objectif de développement traitant du transfert de savoir et de technologie (TST). L’objectif est clairement exprimé : améliorer la compétitivité du pays face à la concurrence internationale.

Quand les universités françaises auront-elles, comme les EPF suisses, des stratégies de TST spécifiques aux grands groupes et aux PME ainsi qu’à l’administration publique adaptées de façon ciblée aux nouveaux défis qui se présentent ?

« Nous contribuons au développement du paysage suisse des hautes écoles. »

La Suisse est, comme la France, duale dans son enseignement supérieur avec un enseignement axé sur la pratique professionnelle et un autre fondé sur la formation académique :  Leur complémentarité permet de disposer d’un groupe équilibré de spécialistes parfaitement formés à différents niveaux et dotés de profils de compétences variés, recherchés sur le marché de l’emploi, ce qui favorise le développement durable de l’économie suisse. La stratégie des EPF plaide pour une clarification et une consolidation de la répartition des tâches entre les « hautes écoles spécialisées » (nos Grandes écoles) et les hautes écoles académiques et pour la perméabilité des différentes voies de formation.

C’est la voie suivie aussi en France par la Conférence des Grandes écoles (CGE) qui essaie d’y entrainer les universités via la CPU (Conférence des Présidents d’Université)… Loin de la vision de la stratégie nationale de l’enseignement supérieur française (STRANES) qui négligeait totalement les « hautes écoles » à la française.

Quelle différence entre ce document, tournée vers la société et visant à une excellence reconnue et exprimée et non auto-proclamée, et la récente STRANES, tournée sur l’intérieur du système universitaire français !

Pour mémoire :

EPF Lausanne : 1ère au classement QS des universités de moins de 50 ans, 2ème au classement mondial des universités les plus « internationales » du THE, 2ème au classement U-Multirank, 12ème au classement QS « engineering et technology », 14ème au classement global QS, ….

ETH Zurich : 8ème au classement global QS, 1ère au classement mondial des universités les plus « internationales » du THE, 2ème au classement U-Multirank, 12ème au classement QS « engineering et technology », ….

https://www.ethrat.ch/sites/default/files/Plan_stratégique_2017-2020.pdf

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