Sciences citoyennes : avis du comité d’éthique du CNRS

Les relations de la science avec la société se sont profondément modifiées au cours de l’histoire. A partir des années 70, la notion de progrès est réinterrogée face aux nouveaux défis environnementaux et sanitaires. Ceci met aujourd’hui au premier plan les questions posées par les citoyens aux chercheurs et aux institutions de recherche, ainsi que le besoin des chercheurs de faire comprendre la nature et l’importance de leur démarche à l’ensemble de la société. Le COMETS affirme ici qu’il y a urgence à construire une relation de confiance entre les citoyens et les scientifiques. Deux voies sont abordées : celle des sciences participatives et celle d’un dialogue science-citoyens renouvelé. Telle est l’introduction d’un avis récemment rendu par le Comité d’éthique (Comets) du CNRS.

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Cet avis porte sur les « sciences citoyennes » et résulte d’une auto-saisine. L’expression « sciences citoyennes » recouvre deux acceptions : d’une part les « sciences auxquelles contribuent des citoyens amateurs« , d’autre part « les sciences ayant des vertus citoyennes« , soit « au service de la société dans leur organisation et leur fonctionnement« . Le Comets a souhaité « analyser les implications éthiques des deux volets […], en mettant l’accent sur le rôle particulier qu’ont à y jouer les chercheurs et leurs institutions« .

Les sciences participatives

S’agissant des sciences participatives, les recommandations du Comets portent notamment sur l’encadrement des pratiques des réseaux amateurs, sur l’importance de la validation des résultats ou encore sur le statut et la reconnaissance dus aux contributeurs.

Depuis quelques années, l’essor des sciences participatives est spectaculaire, note le Comets. Les possibilités de l’informatique et d’internet offrent la possibilité de coordonner l’activité et les contributions d’un grand nombre de personnes à travers le « crowdsourcing », et ce dans de nombreux domaines allant de l’astronomie à l’archéologie.

Toutefois, l’importance de la validation des observations recueillies est capitale. De plus, la médecine pose un problème particulier car les individus peuvent eux-mêmes participer activement à l’étude dont ils sont les objets.

Le bénéfice des pratiques participatives est double, selon le comité d’éthique : elles contribuent à l’établissement de grandes bases de données d’observations et d’annotation, et sont aussi une façon de susciter des vocations pour les métiers de la science.

Encore faut-il « motiver » les participants, que ce soit par la dimension ludique de l’activité, par l’idée de participer à un effort dont la société entière tire un bénéfice ou bien encore par une gratification, qu’elle soit symbolique ou sous forme de rétribution matérielle.

Sur cette question de la contribution des amateurs aux connaissances, les recommandations du Comets sont :

  • assurer un encadrement rigoureux et une formation adéquate des contributeurs ;
  • définir la propriété des résultats en amont du travail de recueil des données;
  • lorsque les participants sont eux-mêmes objets d’investigation, protéger leur vie privée et s’assurer de leur consentement éclairé;
  • la question de l’éventuelle gratification […] ne doit pas être éludée;
  • rester vigilant face à la possibilité de récupération et d’exploitation des données recueillies à des fins détournées des objectifs de la recherche.

Le dialogue science-société

S’agissant du dialogue entre la science et les citoyens, le Comets juge nécessaire d’engager une réflexion sur les formes à donner au débat public autour des questions de recherche, tout en soulignant fortement le rôle de la culture scientifique.

Il souligne que, dans une perspective de démocratisation accrue des stratégies scientifiques, il importe pour les chercheurs et leurs institutions de tenter de répondre aux questionnements du public sur l’impact des choix scientifiques et d’éclairer les controverses sur les sujets sensibles, tout en préservant un espace de liberté indispensable à la créativité de la recherche. Il recommande de rapprocher les sciences et la société par la diffusion de la culture scientifique, ce qui est d’ailleurs une des missions des chercheurs ; beaucoup s’y emploient, même si cette activité reste insuffisamment prise en compte dans leur évaluation. L’objectif est à la fois de consolider les notions élémentaires du bagage scolaire, de faire connaître la démarche de la recherche et de susciter l’enthousiasme des jeunes pour la découverte.

Au-delà des lieux (CCSTI, musées des sciences, fablabs…), des événements (fête de la science…) et des médias qui accordent une place toujours très limitée à la science, le Comets rappelle que les passeurs les plus efficaces sont certainement les enseignants et invite donc les chercheurs à s’en rapprocher. Il estime aussi, face à une demande de démocratisation accrue des stratégies scientifiques, qu’il faut se saisir des controverses sur les impacts sociétaux des choix scientifiques et techniques, auxquelles les professionnels de la science se doivent [de] participer, moyennant quelques précautions et en gardant à l’esprit les limites d’un pilotage citoyen de la recherche (principe de précaution mal compris, groupes de pression…).

Sur cette question du dialogue science-société, les recommandations du Comets sont :

  • l’implication des chercheurs dans la diffusion de la culture scientifique doit être fortement encouragée, valorisée et reconnue dans leur évaluation ;
  • être à l’écoute des interrogations qui émanent des citoyens, tenter d’y répondre et éclairer les controverses […] tout en préservant l’espace de liberté indispensable à la créativité de la recherche ;
  • apporter une expertise rigoureuse, nécessairement collective, pluridisciplinaire et au moins européenne ;
  • fournir la preuve de l’absence de conflit d’intérêts lors de sa participation à une expertise ;
  • ouvrir une réflexion sur les modalités d’échange et de débat public entre les chercheurs et la société, en s’inspirant d’expériences fructueuses ;
  • dans les colloques et ateliers scientifiques qui touchent à des domaines sensibles, organiser quand c’est approprié une session réservée aux aspects science et société ;
  • désigner un référent ayant une mission d’expertise collective mobilisable dans chaque institut du CNRS, et encourager des initiatives d’équipes de recherche qui souhaiteraient aborder des thèmes sensibles.

http://www.cnrs.fr/comets/

http://www.cnrs.fr/comets/spip.php?article125

Rappelons par ailleurs les 25èmes rencontres CNRS jeune « Sciences et citoyens » qui auront lieu les 16, 17 et 18 octobre 2015 au Futuroscope de Poitiers.

http://www.cnrs.fr/sciencesetcitoyens/spip.php?article23 

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