Remettre la science au sein de la société

Dans la perspective de la 45ème édition du sommet du G7, qui se tiendra à Biarritz du 25 au 27 août prochains, les académies des sciences des pays membres viennent de remettre à leurs gouvernements respectifs trois déclarations conjointes pour les alerter sur les enjeux scientifiques qu’elles ont jugés prioritaires.

Patrick Flandrin, vice-président Académie des sciences (France), Sébastien Candel, ancien président Académie des sciences (France), Cédric Villani, OPECST, Pierre Corvol, président Académie des sciences (France), Philippe Baptiste, directeur du cabinet de la ministre de l’Enseignement supérieur, de la Recherche et de l’Innovation

Science et confiance

Les changements technologiques et les besoins d’innovation croissants de notre époque exigent une confiance sans faille de la société envers la science, plus particulièrement dans un contexte où l’espace public voit l’expression de sources d’information à la fiabilité contestable. Cultiver le dialogue de confiance entre le public, la classe politique et la sphère scientifique apparaît essentiel pour permettre à la science de remplir son rôle auprès de tous : conseiller, alerter et guider les choix de chacun comme les décisions politiques sur les sujets à fort contenu scientifique. Les académies recommandent dans ce domaine de promouvoir dès le plus jeune âge un enseignement des sciences apte à conférer aux élèves un esprit critique, la capacité de conduire un raisonnement, de mener des expériences scientifiques et de comprendre les bénéfices de la science et le monde qui les entoure. La déclaration des académies met en avant la nécessité, pour la communauté scientifique, de garantir à la recherche l’application de ses principes fondamentaux en matière d’éthique, d’intégrité et de responsabilité. 

Intelligence artificielle et société

Les progrès de l’intelligence artificielle (IA) ont déjà conduit à des résultats remarquables – reconnaissance vocale, classification d’images, véhicules autonomes, systèmes d’aide à la décision…- qui ont bénéficié à nos sociétés dans de nombreux domaines. Cette évolution fulgurante en fait aujourd’hui une technologie susceptible de transformer en profondeur notre vie quotidienne. Les sept académies soulignent les potentiels avantages économiques de l’IA, et relèvent à cet égard la nécessité, afin de faire partager ses bénéfices à l’ensemble de la société, de mener une gestion prudente et de se préparer aux transformations qu’elle va engendrer, notamment dans le secteur de l’emploi. Elles insistent sur le fait que les systèmes et les données de l’IA doivent être fiables, sûrs et sécurisés. Ainsi les données personnelles ne doivent pas être mises à la disposition de tiers sans autorisation. Un ensemble de mesures sont nécessaires pour mettre au point des systèmes d’IA explicables, familiariser les jeunes générations à l’IA, concevoir et développer des recherches interdisciplinaires afin de tirer le maximum des bénéfices sociétaux de l’IA. Les académies recommandent par ailleurs un débat de politique publique sur l’application de l’IA aux armes létales autonomes qui pourrait être selon elles examinée par les organes compétents de l’ONU.

Science citoyenne à l’âge de l’Internet 
La science citoyenne désigne « la recherche menée par des citoyens qui ne sont pas des scientifiques professionnels ». Elle regroupe deux composantes : la recherche participative et la science hors les murs. La première repose sur la contribution de personnes sans formation scientifique initiale poussée, qui prennent part, en tant qu’amateurs, à des projets de recherche, notamment à travers la collecte de données de terrain. La seconde implique des personnes de solide formation scientifique, qui exercent leur activité en dehors des murs des systèmes de recherche professionnels. A la faveur de l’avènement des nouvelles technologies de communication et de la démocratisation du savoir, la science citoyenne connait actuellement un fort dynamisme. Les sept académies encouragent ces deux types de recherche, qu’elles estiment devoir être soutenues par des financements spécifiques. Elles recommandent de promouvoir le co-développement de la science citoyenne et de la recherche menée en laboratoire et soulignent la nécessité de valider les résultats obtenus et de s’assurer que les critères indispensables d’honnêteté, de fiabilité, et d’éthique leur soient bien appliqués. Elles insistent sur l’effort majeur à conduire dans le domaine de l’éducation et de la formation, pour amener les jeunes générations à prendre part dans les meilleures conditions à d’éventuelles activités scientifiques, dans un cadre professionnel ou citoyen. Elles incitent à mettre en place des mesures pour s’assurer que la science citoyenne ne déroge pas aux règles éthiques ou de sécurité.

Les représentants des académies du sommet du G7 réunis à la Fondation del Duca

https://www.academie-sciences.fr/fr/Actions-interacademiques/academies-des-sciences-du-g7-2019.html

https://www.academie-sciences.fr/pdf/rapport/Science_and_trust_G7_2019_FR.pdf

https://www.academie-sciences.fr/pdf/rapport/AI_G7_2019_FR.pdf

https://www.academie-sciences.fr/pdf/rapport/Citizen_G7_2019_FR.pdf

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Une pensée sur “Remettre la science au sein de la société

  1. Le recentrage de la science dans la société est un but louable voire indispensable. Cependant il se heurte à deux obstacles très contemporains. La science est l’attribut d’une élite sociale éduquée qui est trop souvent associée aux forces de l’argent et du pouvoir. L’intérêt des sciences dans la vie quotidienne est beaucoup moins évident qu’hier et peu nombreux sont ceux qui sont convaincus que la blockchain ou l’IA sont les facteurs fondamentaux des progrès à venir.

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