Relancer l’ascenseur social par l’enseignement supérieur

A la veille de la diffusion (prévue mi-mars) de la stratégie nationale de l’enseignement supérieur française (STRANES), il est intéressant de noter le récent rapport du Pell Institute (USA) sur la réduction des inégalités grandissantes dans l’accès aux études supérieures.

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Le Pell Institute est un organisme de recherche américain, consacré à l’étude de l’accès à l’enseignement supérieur. L’un de ses récents rapports montre non seulement que tous les étudiants d’un établissement d’enseignement supérieur n’ont pas les mêmes chances de réussite mais aussi que les fossés sont encore plus grands aujourd’hui qu’auparavant, et qu’ils sont fortement influencés par l’origine sociale. Le désinvestissement de l’État dans les collèges publics et les universités depuis les années 80, ainsi que la baisse des bourses aux étudiants, ont fait de l’enseignement supérieur un secteur criblé d’inégalités. Le système éducatif américain classe les jeunes en fonction de leurs origines plutôt que de fournir à chacun d’entre eux les mêmes chances de réussir dans la vie. L’accès aux études supérieures mais aussi la réussite sont ciblés.

En 2012, 89 % des diplômés du secondaire ayant des revenus élevés poursuivaient leurs études. Ce pourcentage est de 62 % pour ceux issus de familles à faibles revenus. Le différentiel entre le montant des bourses et le coût des études en est une explication : la plus importante bourse « Pell Grant« , attribuée par le gouvernement fédéral, couvrait 67 % du coût moyen des études en 1967. Ce pourcentage était de 27 % en 2012. En 2013, la réussite en bachelor (équivalent de la licence) était inférieure de 66 % pour les étudiants issus de familles modestes, en comparaison avec ceux bénéficiant de revenus élevés. De plus, quand ces étudiants de familles modestes intègrent un établissement d’établissement supérieur, il s’agit essentiellement de cursus en deux ans plutôt qu’en quatre.

Les frais de scolarité ont augmenté sans prendre en compte les revenus des familles, ce qui oblige de plus en plus d’étudiants à emprunter de plus grosses sommes.

Le gouvernement fédéral, les États, les collèges et les universités sont responsables de ces inégalités et doivent réduire les barrières financières pour être diplômé. Les États pourraient en effet travailler avec les établissements pour contrôler les frais de scolarité et proposer des aides étudiantes adéquates, en fonction des besoins. Un travail d’information doit également être effectué pour que ces aides soient connues de tous et utilisées à bon escient : aujourd’hui, trop peu de conseillers sont là pour informer les familles de ces possibilités.

Parfaire l’équité dans le domaine de l’enseignement supérieur est un défi complexe, qui ne peut pas être résolu en s’attaquant à une seule pratique. Un leadership est attendu aux échelles fédérales, étatique et institutionnelle.

Margaret Calahan, directrice du Pell Institute, propose une série de mesures qui peuvent améliorer l’accès aux études supérieures. Elles sont généralement puisées d’exemples internationaux, dans des pays comme l’Australie, l’Irlande, les Pays-Bas, la Norvège et l’Afrique du Sud :

  • Parmi les pays étudiés, ceux qui ont fait des progrès en matière d’accès ont tous établi des objectifs clairs, formalisés, et des moyens pour y parvenir.
  • Le fait de participer à un programme de préparation à l’enseignement supérieur double les chances d’intégrer une institution. De même, les nouvelles manières d’apprendre, notamment orientées vers le digital, sont prometteuses.
  • Comme l’a déjà suggéré le Président Obama, rendre les « community colleges » gratuits ainsi que les deux premières années des collèges améliorerait la situation, de même qu’établir des partenariats avec les universités et collèges locaux.
  • Tous les pays ayant progressé en matière d’accès aux études y ont consacré des fonds non négligeables : par exemple, en Norvège, 85 % des établissements n’imposent pas de frais de scolarité et le but du gouvernement est que tous les étudiants aient les moyens financiers de suivre ces cursus. En outre, les institutions sont très peu hiérarchisées entre elles, contrairement aux États-Unis, ce qui ne nourrit pas les inégalités. L’idée de transformer les prêts étudiants en bourses en cas de réussite scolaire doit aussi être creusée.
  • Les établissements qui intègrent davantage les étudiants à revenus modestes et moins préparés pourraient être récompensés.
  • Des programmes mieux structurés, qui contiennent une part d’immersion professionnelle, sont moins sujets au décrochage scolaire (voir l’exemple des Pays-Bas).

Des frais de scolarité plus adaptés, des objectifs chiffrés, des programmes mieux structurés avec une immersion professionnelle et des récompenses pour les établissements concernés par cet enjeu sont ainsi avancés.

L’enjeu est de taille : de faibles taux de diplomation ont un impact économique négatif sur les individus, mais aussi sur la société dans son ensemble.

Pour le rapport : http://www.pellinstitute.org/publications-Indicators_of_Higher_Education_Equity_in_the_United_States_45_Year_Report.shtml

Sur la Stranes : http://science-innovation-developpement.com/?s=stranes&submit=Search

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