Quels fondements aux stratégies de recherche (et d’innovation) françaises et européennes ?

La France se dote donc d’une nouvelle stratégie nationale de recherche (SNR), voir http://science-innovation-developpement.com/la-strategie-nationale-de-recherche-publique/ . Cette SNR succède à la première du genre, la Stratégie Nationale de Recherche et d’Innovation (SNRI) adoptée en 2009. Elle a un sous-titre, « France-Europe 2020 », afin de bien montrer la cohérence avec le programme de l’Union Européenne pour la recherche et l’innovation « Horizon2020 » (H2020).

Que faut-il aux acteurs de la recherche pour s’approprier et décliner cette stratégie ? Comment prendre appui sur cette stratégie pour promouvoir chacun à son niveau l’innovation française ? Quelles sont les valeurs sous-jacentes à cette (à ces) stratégie(s) ?

Pour trouver des éléments de réponse à ces questions, il convient d’avoir un regard croisé sur H2020 et la SNR, en faisant quelques hypothèses sur les valeurs implicites qui sous-tendent ces stratégies. C’est l’objectif de cet article qui sera complété par un autre article qui mettra en correspondance les terminologies utilisées pour éclairer les défis auxquels ces stratégies ont vocation à répondre.

La SNRI de 2009 est devenue SNR.

Le « I » est tombé !

Force est de reconnaître que le ministère chargé de l’Industrie (et, donc en grande partie, de l’innovation) a pris de l’importance, par rapport au désormais Secrétariat d’Etat chargé de la Recherche.

Force est de reconnaître aussi que de nombreux dispositifs de soutien à l’innovation ont été créés ces dernières années : programme des investissements d’avenir (PIA) en 2010, nouvelle France industrielle (NFI basée sur les 34 plans « Montebourg » devenus 9 solutions industrielles) en 2013, Innovation 2030 (ayant conduit au concours mondial d’Innovation basé sur 7 puis 8 ambitions, issu de la Commission Lauvergeon) en 2013. Ces dispositifs, étant porteur du « I » français, seront inclus dans la comparaison.

Remarquons aussi qu’il n’y a pas, qu’il ne peut peut-être pas y avoir de stratégie nationale d’innovation. Celle-ci est du ressort des acteurs économiques. L’Etat ne peut qu’accompagner ou aider ceux-ci avec des dispositifs programmatiques (PIA, NFI, CNI, …), fiscaux (CIR, bourses Cifre, JEI, …) voire partenariaux (Pôles, Carnot, IRT, …). Par contre, il y a des acteurs publics en matière d’innovation (Bpifrance, ministères chargés de la Recherche ou de l’Industrie, autres ministères techniques (défense, agriculture, culture, …), ANR, CEA, ADEME, CNES, Onera, …).

Si, au cours de son histoire, la France a sur mettre en place un système performant de création de connaissance (Recherche) et de diffusion de cette connaissance (Enseignement Supérieur), force est de reconnaître que la valorisation économique de cette connaissance crée (Innovation) pêche encore. Et il n’est pas sûr que l’élaboration d’une SNR (découplé de l’enseignement supérieur) sans « I », et d’une StraNES (découplé de la recherche) soit le meilleur moyen de ne pas être clivant et de diminuer l’épaisseur des enceintes des 3 silos correspondant !

Des ambitions politiques française et européenne découlent les stratégies de recherche.

S’agissant de la SNR, son ambition politique est, de manière tout à fait générale, de répondre au défi permanent de la connaissance et aux défis socio-économiques inédits de notre siècle. Point.

S’agissant du fondement des deux stratégies européenne et française, l’Union Européenne affirme désirer le renforcement de sa position dans le monde dans les domaines de la recherche, de l’innovation et des technologies. De son coté, la France affirme qu’elle est un grand pays d’industrie et de valeur, qu’elle doit investir pour relever les défis et a besoin d’une intervention publique résolue. Centralisme (démocratique ?), quand tu nous tiens…

Là où l’Union Européenne, avec H2020, souhaite assurer la compétitivité de l’Europe en investissant dans les technologies et les métiers d’avenir au service d’une croissance intelligente, durable et inclusive, la France cherche à accélérer la mise en place de l’industrie du futur pour réussir la réindustrialisation française (NFI) et à disposer d’une prospérité en emploi sur le long terme. Elle met en avant un enjeu de souveraineté pour qu’elle reste durablement une puissance économique prospère (Innovation 2030).

Là où l’Union Européenne se propose de traiter des principaux problèmes de société qui préoccupent la population en Europe et dans le monde en englobant toute la chaîne de l’innovation jusqu’aux dernières étapes avant la mise sur le marché, l’orientation française est de répondre aux enjeux majeurs du XXIème siècle et d’ancrer la France dans l’Espace européen de la recherche (SNR) mais aussi de relever ce défi de la compétitivité et faire émerger un nouveau modèle de croissance (PIA).

Quant au renforcement de l’attractivité de l’Europe de la recherche, inscrite comme ambition H2020 il n’en n’est apparemment pas directement question dans les « stratégies » françaises de recherche ou d’innovation.

Ce qui guide la SNR, en première approche, est la souveraineté de la France, la qualité de ses productions et son caractère de grande nation industrielle qui en sont des fondamentaux, et c’est à partir de ce socle politique là que se décline réellement la stratégie. On peut se poser la question du caractère incantatoire…

Pour aller plus loin, comparons les modes d’expression de ce qui est dénommé stratégie, enjeu ou objectif, suivant les différentes feuilles de route.

H2020 affiche son mode de soutien à l’innovation, à des modes de pensées novateurs et à la manière de renforcer l’attractivité de l’Europe et la mobilité en Europe.

Les différent(e)s stratégies ou dispositifs français de recherche ou d’innovation, quant à eux, ne précisent pas leur méthode mais ajoutent un objectif de pilotage et de refonte du dispositif ainsi que d’exemplarité en termes de gouvernance. Ils ne font mention, en première approche, ni d’attractivité, ni de mobilité. En seconde approche, il semble bien que la souveraineté de la France, la qualité de ses productions et son caractère de grande nation industrielle soient des fondamentaux (là aussi avec une dimension incantatoire non négligeable) de la SNR. Est-ce ici l’ouverture souhaitée par Thierry Mandon ?

151214 TM NVB

A suivre…

NOTA : ces réflexions ont été conduites avec Muriel Mambrini-Doudet, directrice de recherche INRA.

http://www.enseignementsup-recherche.gouv.fr/cid78720/la-strategie-nationale-de-la-recherche-definit-les-grandes-priorites-de-la-recherche-francaise.html

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