Mar 29

La France en morceaux

« LA FRANCE EN MORCEAUX »  Tel est le titre d’un document de travail de l’Institut Montaigne, réalisé avec le cabinet Elabe, dans le cadre de son baromètre des territoires 2019.

En l’espace de 20 ans, la structure sociale et spatiale de la France s’est profondément modifiée. 

En deux générations, le nombre de diplômés de l’enseignement supérieur a doublé, passant à plus de 40% des sortants de la formation initiale chaque année.

Les emplois sont de plus en plus concentrés dans le cœur des métropoles, alors que le périurbain a capté une grande partie de l’habitat. 

Ces mutations ont créé de nouvelles fractures qui séparent aujourd’hui une France qui va plutôt bien et a pu tirer parti de ces évolutions, et une France qui se sent mise à l’écart et a le sentiment de perdre sur toute ou partie des tableaux. 

Alors que la peur du déclassement semble ne plus épargner aucune catégorie sociale et que de nombreux Français partagent le sentiment diffus de vivre dans une société inégalitaire et injuste, le Baromètre des Territoires a choisi d’explorer l’impact de ces fractures sociales et territoriales sur l’adhésion au récit national et l’« envie de faire France commune ». 

La France d’aujourd’hui est-elle une mosaïque de territoires qui s’opposent, ou est-elle la somme d’une pluralité de situations socio-économiques qui dépassent les fractures territorialesobjectivement observables ? Quel regard les Français portent-ils sur le territoire dans lequel ils vivent ? Est-il un lieu où ils réalisent et épanouissent leur projet de vie, ou un espace qui les entrave et les assigne ?

Autrement dit, que faut-il attribuer aux facteurs économiques et sociaux et que faut-il attribuer à la géographie et à la présence de l’Etat dans nos territoires (aménagement du territoire, offre de services publics) ? 

Le Baromètre des Territoires analyse la France d’aujourd’hui avec un double regard : sociologique et territorial.

En croisant des données portant sur le bonheur privé, le lien social, la perception du lieu de vie et de l’habitat, le sentiment de justice sociale, les attentes comparées aux réalités en matière de qualité de vie, d’accès aux services publics et aux infrastructures et la capacité à se projeter dans l’avenir, le Baromètre des Territoires dresse un portrait inédit des Français, de nos territoires et de notre pays. 

Les Français font le récit d’une vie privée heureuse, en très grande partie nourrie par les petits et grands bonheurs de la famille et du cercle proche qu’ils se sont choisi et sur lequel ils savent pouvoir compter. Dans la plupart de nos régions, ce bonheur privé se prolonge du sentiment qu’il fait « bon vivre » dans son quartier, dans sa commune, quelles qu’en soient les réalités socioéconomiques. 

Cet espace personnel est pourtant percuté de plein fouet par la crise du pouvoir d’achat et le sentiment désormais majoritaire de vivre dans une société produisant relégation et exclusion. Quel que soit leur capital socio-culturel et patrimonial, une majorité de Français exprime un même sentiment d’injustice et s’indigne des inégalités qui fracturent notre pays et fragilisent les parcours. 

Bonheur privé et violence sociale sont néanmoins modulés – atténués ou amplifiés, par le rapport subi ou choisi que nos concitoyens entretiennent avec leur territoire et avec la mobilité sociale.

Le Baromètre des Territoires révèle quatre grands types de trajectoires sociales et territoriales, qui coexistent dans notre espace national :

  • 21% des Français sont affranchis des contraintes territoriales et sociales : ils ont peu d’attache territoriale, ils réalisent leur projet de vie sans entrave, ou ont les moyens socioculturels de surmonter les obstacles, de s’emparer des opportunités et de tirer parti des évolutions de notre société, telles que la numérisation de nos vies personnelle, sociale et professionnelle, l’Union Européenne ou la mondialisation (les « Français affranchis »). 
  • 22% font le choix résolu d’un enracinement dans leur territoire. Heureux de vivre là où ils ont choisi de vivre, leur bulle personnelle est un bouclier qui les protège de la violence sociale, sans pour autant la masquer (les « Français enracinés »). 
  • 25% sont assignés à leur territoire et subissent de plein fouet les inégalités sociales et territoriales (les « Français assignés »). Ils sont bloqués géographiquement et socialement. Ils dessinent leur avenir et celui de leurs enfants avec pessimisme. 
  • 32% vivent une forte tension entre leur aspiration à la mobilité sociale et territoriale et une difficulté à s’affranchir de leur situation socio-économique et des inégalités territoriales (les « Français sur le fil »). 

L’aménagement, la qualité de la présence des services publics et la topographie socio-économique de nos territoires amortissent ou amplifient les fragilités individuelles. Ce faisant, ils facilitent ou entravent les trajectoires individuelles, et modulent naturellement le regard que les Français portent sur la vitalité de l’endroit où ils vivent. Néanmoins, le Baromètre des Territoires révèle que, sur le regard porté sur la société et l’évaluation de son propre parcours de vie, le pouvoir d’achat et le capital socio- culturel des individus sont des déterminants beaucoup plus puissants que les caractéristiques objectives de nos territoires. 

Ainsi, ces quatre groupes de Français se côtoient, voire se croisent assez largement au sein de mêmes territoires (au sein d’une même région administrative, mais également au sein de territoires de vie objectivement homogènes en matière de services publics et de dynamisme économique). 

Apparaît ainsi l’image d’une France en morceaux, qui expriment pourtant un commun attachement à la France et, à travers cet attachement, peut-être l’envie ou l’espoir d’un destin commun. 

Heureux ET malheureux : un portrait paradoxal des Français

Au cours des dernières décennies, la France a connu des évolutions socio-économiques et sociétales majeures. L’essor de la mondialisation et les effets de l’intégration européenne ont généré davantage de flux économiques, plus de mobilité sociale et une multiplication des connexions territoriales. Ces changements ont dans le même temps généré des craintes, de l’instabilité et des incertitudes chez de nombreux Français.

En croisant entre elles des données portant sur le lien social, l’évaluation de la vie personnelle, du cadre de vie et de l’habitat, le sentiment de justice sociale, les attentes comparées aux réalités en matière de qualité de vie, ou encore d’accès aux services publics et aux infrastructures, nous parvenons à dresser un portrait original des Français illustrant un paradoxe résumé par la célèbre formule du sociologue Jean Viard « bonheur privé et malheur public ».

Premier enseignement de notre enquête, les Français évaluent positivement leur vie personnelle :

  • 73 % des Français déclarent être heureux (dont 33 % très heureux) ;
  • 67 % font le récit d’un équilibre trouvé entre temps de vie personnelle, familiale, sociale et professionnelle ;
  • 61 % ont le sentiment d’avoir choisi la vie qu’ils mènent.

Dans la plupart des régions, cette vision positive s’étend aussi au territoire local :

  • 66 % trouvent qu’il fait « bon vivre » dans leur quartier ou leur commune ;
  • 59 % estiment que l’endroit où ils vivent va « plutôt bien ».

Mais dès que l’on s’éloigne de la sphère personnelle et locale sur des thèmes qui touchent leur vie économique ou celle du pays, les traces du pessimisme se font sentir. Le bonheur privé est percuté par la crise du pouvoir d’achat et le sentiment de relégation et d’exclusion :

  • 78 % jugent la société actuelle injuste (dont 28% très injuste) ;
  • 63 % sont convaincus qu’en France la réussite sociale est jouée d’avance et dépend beaucoup des origines des gens ;
  • 42 % sont convaincus que la société dans laquelle vivaient leurs parents était plus juste ;
  • 48 % vivent des fins de mois difficiles dont 35 % parviennent difficilement à finir leurs fins de mois en se restreignant, et 13 % sont obligés de puiser dans leurs réserves ou d’emprunter ;
  • 50 % ont retardé ou renoncé à des soins de santé en 2018.

Cette crise du pouvoir d’achat et les représentations d’une société inégalitaire fragilisent la confiance et la capacité des Français à se projeter dans l’avenir :

  • 47 % des Français seulement sont optimistes pour leur avenir personnel ;
  • 45 % pensent que quand leurs enfants auront leur âge, ils vivront moins bien qu’eux ;
  • 70 % sont pessimistes sur l’avenir de la société française (dont 26 % très pessimistes).

Malgré cette souffrance sociale, la France reste le point d’ancrage le plus rassembleur, loin devant nos territoires : 

  • 73 % des répondants sont attachés à la France ;
  • 58 % à leur région ;
  • 53 % à leur département ;
  • 52 % à leur commune ;
  • 45 % à leur quartier ;
  • 34 % seulement à l’Union européenne. 

https://www.institutmontaigne.org/publications/la-france-en-morceaux-barometre-des-territoires-2019

https://elabe.fr/wp-content/uploads/2019/02/barometre-territoires_principaux-enseignements_elabe.pdf

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Mar 22

L’IA au Royaume-Uni

L’intelligence artificielle est à la mode ! Ses progrès récents sont liées non seulement aux avancées de la technologie du numérique et aux quantités astronomiques de données disponibles, mais aussi à une (nouvelle) acceptabilité sociétale.

En ces jours de Brexit, qui peut faire douter de l’intelligence collective d’un pays à l’ère du populisme et des fake news, qu’il me soit permis ici de citer le début d’un rapport établi par le conseiller scientifique de l’Ambassade de France au Royaume-Uni sur l’IA outre-Manche… Je n’oserais rajouter « Good game ! ».

Si les prémices de la recherche en IA remontent à l’émergence de l’informatique dans les années 1950, les progrès se sont accélérés au cours de la dernière décennie. Une convergence de facteurs permet actuellement un essor de ces technologies, dont l’accroissement des mégadonnées (big data), l’amélioration des puissances de calcul (high-performance computing) et l’accès à certaines ressources et services via internet (cloud computing). Les technologies d’apprentissage automatique (machine learning), en particulier d’apprentissage profond (deep learning), font émerger de nouvelles applications où la machine a la capacité de se perfectionner avec l’expérience. 

Le Royaume-Uni a identifié le développement de l’IA comme étant un élément clé de sa stratégie : cette technologie figure au cœur de la stratégie numérique britannique (mars 2017) et de la stratégie industrielle (novembre 2017). Elle bénéficie d’un accord sectoriel public-privé (lancé en avril 2018) et d’un plan de gouvernance (été 2018). L’objectif pourrait se résumer ainsi : comment soutenir au mieux la recherche en IA tout en règlementant le secteur, notamment sur des aspects éthiques ? 

Les actions menées par le gouvernement britannique afin de soutenir un essor de l’IA au Royaume-Uni comprennent une augmentation des capacités de formations en IA (ex : ouverture de 1 000 places en doctorat supplémentaires), un accès facilité à des données interopérables (ex : lancement de Data Trusts), une meilleure coordination de la recherche publique (ex : création de l’Alan Turing Institute), une mutualisation d’infrastructures de soutien (ex : supercalculateur JADE), la création d’organismes de gouvernance et conseil (Office for AIAI CouncilCentre for Data Ethics and Innovation et le statut de AI Champions), une augmentation des financements pour la recherche et la formation (presque 1 milliard de livres sterling dans le cadre de l’accord sectoriel) et une mise en place de dispositifs de soutien à la recherche (ex : programme Machine Intelligence Garage de Digital Catapult). L’Alan Turing Institute, centre national sur l’IA et la science des données, regoupe un nombre croissant d’universités britanniques, au nombre de treize actuellement (dont les prestigieuses universités d’Oxford et de Cambridge). 

Même si le Royaume-Uni se classe 1eren Europe en nombre de startups en IA et 4èmemondial en termes de publications scientifiques sur le sujet, les acteurs de l’écosystème britannique (étudiants, universitaires et startups en particulier) ont du mal à résister à la force d’attraction des géants américains du numérique. La fuite des cerveaux vers les GAFAM a été identifiée comme représentant un risque majeur pour la recherche publique britannique en IA. Sur la période 2012 à 2016, les investissements publics et privés cumulés en IA ont été environ vingt fois plus importants aux États-Unis qu’au Royaume-Uni et trois fois plus importants en Chine qu’au Royaume-Uni. Par ailleurs, Pékin envisage de devenir le leader mondial de cette technologie avec une feuille de route visant à faire monter la valeur de ce secteur à 150 milliards de dollars d’ici 2030. 

La France est également bien classée en Europe concernant la recherche en IA (3èmeen nombre de startups en IA). S’inspirant des recommandations du rapport sur l’IA de Cédric Villani, le gouvernement français prévoit d’investir 1,5 M€ au cours des cinq prochaines années pour soutenir la recherche et l’innovation dans ce domaine, notamment à travers un réseau d’instituts interdisciplinaires d’intelligence artificielle (3IA), dont quatre ont été pré-sélectionnés en novembre 2018 : Grenoble (MIAI@Grenoble-Alpes), Nice (3IA Côte d’Azur), Paris (PRAIRIE : PaRis Artificial Intelligence Research InstitutE) et Toulouse (ANITI : Artificial and Natural Intelligence Toulouse Institute). Ainsi, alors que la France a choisi de soutenir plusieurs pôles de recherche en IA, le Royaume-Uni mise au contraire sur un regroupement des capacités de recherche sein d’un seul institut. 

Des actions sont menées au niveau de l’Union européenne pour soutenir le développement de l’IA. La Commission européenne a prévu d’investir 2,5 milliards d’euros « pour favoriser la diffusion de l’IA dans l’ensemble de l’économie et de la société européenne ». Ce budget s’appuie sur une approche européenne de l’IA présentée le 25 avril 2018 [37]. 

https://uk.ambafrance.org/IMG/pdf/dossier-ia-au-royaumeuni.pdf

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Mar 15

Le mix électrique 2020-2060 : le (grand) débat est d’actualité !

Les conclusions de l’étude de l’ADEME doivent être prises avec une très grande prudence. Elles ne devraient en aucun cas servir de base à des décisions de politique publique et leur médiatisation est prématurée. Les orientations proposées par l’ADEME sont risquées. Tel est l’avertissement lancé par l’Académie des technologies, organe ô combien multiculturel, relatif à une étude ADEME sur l’évolution du Mix électrique.

Rappelons les faits.

L’Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie (ADEME) a largement médiatisé en décembre 2018 son évaluation de l’évolution du Mix électrique jusqu’en 2060. Elle recommande en substance d’arrêter les centrales existantes avant leur fin de vie, les remplacer massivement par des installations solaires et éoliennes (multiplication par plus de dix des puissances installées actuelles), et développer une économie de l’hydrogène avec les surplus d’électricité des périodes favorablement ventées et ensoleillées. 

L’Académie des technologies s’est emparé de ce rapport pour l’analyser. Ses commentaires sont exposés ci-dessous.

Comme elle l’a déjà écrit, l’Académie des Technologies s’inscrit pleinement dans la politique de développement des énergies renouvelables. Elle considère que la réussite de cette politique suppose des hypothèses réalistes. C’est pourquoi elle estime que les conclusions de l’étude de l’ADEME doivent être prises avec une très grande prudence. Elles ne devraient en aucun cas servir de base à des décisions de politique publique et leur médiatisation est prématurée. L’avis de l’Académie, justifié dans la note jointe, est notamment fondé sur les éléments ci-après. 

  1. L’ADEME n’a publié qu’une « synthèse » de son étude, qu’elle n’a pas soumise à une évaluation scientifique. Elle ne met pas en mesure les experts d’exercer leur légitime rôle d’évaluation et de contrôle. Présentée comme une « réponse à ses adversaires », l’étude de l’ADEME est affectée de nombreuses erreurs de méthodes et de contradictions. 
  2. L’approche de l’ADEME se concentre sur le secteur Electrique. Cependant les hypothèses qu’elle prend impactent les autres secteurs énergétiques et particulièrement le Gaz. Il existe des interactions entre ces secteurs ; par exemple, l’ADEME propose le développement d’importantes quantités de biogaz, notamment à partir d’hydrogène produit par électrolyse. Cependant on peut douter que cette stratégie soit compatible avec les contraintes propres au stockage et au transport de l’Hydrogène dans le secteur Gaz. 
  3. L’ADEME envisage une quasi-stagnation de la demande d’électricité jusqu’en 2060, malgré de nouveaux usages. Cette hypothèse est plus basse que celle retenue par la Stratégie Nationale Bas Carbone (SNBC) du Ministère de l’Environnement. Sur une aussi longue période, la prise en compte d’une croissance, ne serait-ce que de 1% par an, modifierait radicalement les résultats. Malgré ces hypothèses basses sur la demande, les trajectoires de l’ADEME n’assurent pas la neutralité Carbone en 2050 – ce qui est pourtant un objectif gouvernemental – ni même en 2060. A cet horizon, les trajectoires de l’ADEME requièrent des importations significatives d’électricité, pour pallier les aléas du soleil et du vent. Mais les pays limitrophes seront soumis à des conditions météorologiques analogues, et ils ne seront pas en mesure de garantir les besoins français d’électricité. 
  4. Les coûts induits sur le secteur Gaz par le Mix électrique envisagé ne sont pas présentés. L’ADEME fonde à tort ses conclusions sur la seule économie de l’Electricité, sans prendre en compte les nécessaires investissements et d’exploitation du secteur Gaz. 
  5. De nombreuses hypothèses économiques retenues par l’ADEME paraissent très discutables : 
    1. – Le facteur de charge de la production éolienne terrestre adopté par l’ADEME est sensiblement supérieur au facteur de charge actuel ; cependant l’ADEME admet que les futurs sites seront moins bons que les sites présents, ce qui est inévitable. 
    1. – Les installations de production d’hydrogène auront des facteurs de charge faibles ; en outre, les rendements attendus des processus de conversion (électrolyse d’électricité excédentaire, transport, stockage d’hydrogène, production d’électricité à partir de l’hydrogène) se heurtent à des limites physiques ; ils sont, in fine, très faibles. Ces pénalités ont-elles été correctement prises en compte ? 
  6. Certaines perspectives d’évolution des coûts d’investissement des énergies renouvelables sont surestimées par l’ADEME ; par exemple des baisses encore très significatives de l’éolien terrestre – technologie mature – sont peu probables. 
  7. L’ADEME ne semble pas prendre en compte de manière réaliste deux difficultés d’un système électrique fondé sur une proportion importante d’énergies intermittentes : la garantie du synchronisme– clef de la stabilité du réseau – et l’ajustement aux variations rapides et fréquentes de la charge. L’ADEME convient que « des analyses supplémentaires seraient nécessaires ». 
  8. Les coûts des trajectoires de l’ADEME sont très voisins (moins de 3%) ; au vu d’écarts aussi faibles à un horizon si lointain, et d’incertitudes aussi grandes, les conclusions de l’ADEME sont prématurées. En l’absence d’écarts significatifs entre trajectoires, il serait plus pertinent de reconnaître la nécessité de diversifier le mix énergétique, sans donner l’exclusivité à une au développement des énergies renouvelables intermittentes. 

La transition énergétique va mobiliser des centaines de milliards d’euros ; elle est porteuse de changements majeurs pour les générations futures. Ce serait une erreur de fonder cette transition sur des hypothèses techniques et économiques erronées tant sur les filières de production (renouvelables, nucléaire) que sur le système énergétique global, en négligeant les acquis de la France dont l’électricité est déjà essentiellement décarbonnée au profit de solutions hypothétiques et aléatoires. Les orientations proposées par l’ADEME sont risquées. 

Trajectoires d’évolution du mix électrique 2020-2060

Etude ADEME 

https://www.ademe.fr/sites/default/files/assets/documents/evolution-mix-electrique-horizon-2020-2060-010655.pdf

Académie des technologies – Commentaires de l’étude ADEME 

<http://academie-technologies-prod.s3.amazonaws.com/2019/01/29/11/02/33/662/CdP_ADT_MixElectriqueAdeme.pdf>

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Mar 08

Une analyse suisse sur … l’innovation en Suisse

La Suisse est géographiquement en Europe et politiquement membre des Nations-Unies… depuis 2002 ! Elle dispose d’un des meilleurs systèmes d’enseignement supérieur et de recherche du monde, EPFL et EPFZ sont souvent dans le top 10 de classements mondiaux.

Il est intéressant de connaître le regard de la Suisse sur son propre système d’innovation, regard fourni par le rapport « Recherche et innovation en Suisse », publié par le SEFRI (Secrétariat d’État à la formation, à la recherche et à l’innovation).

Ce rapport note que le système suisse de recherche et d’innovation s’avère très performant en comparaison internationale. Si l’on compare en effet la Suisse avec ses principaux concurrents et partenaires économiques, on constate qu’elle figure souvent parmi les pays les mieux classés en matière de recherche et d’innovation. La Suisse se démarque en particulier en ce qui concerne les indicateurs relatifs aux conditions-cadres et à l’éducation, ainsi qu’au niveau des publications et des brevets. Ces dernières années, les écarts entre pays se sont toutefois réduits. 

Il convient donc de prêter une attention particulière aux domaines dans lesquels la performance de la Suisse présente un potentiel d’amélioration. Parmi ceux-ci figurent par exemple le transfert de savoir et de technologie (TST) entre petites entreprises et hautes écoles (les grandes écoles suisses), ainsi que les activités d’innovation des petites entreprises. 

L’excellente position de la Suisse se confirme également dans la comparaison avec les « régions d’innovation », même si les résultats sont moins clairs que dans la comparaison avec les pays. On relèvera par exemple que dix régions consacrent un plus grand pourcentage de leur produit intérieur brut (PIB) à la recherche et développement (R-D), et que sept régions présentent une part de l’emploi consacré aux branches à forte intensité de recherche et de savoir plus élevée que la Suisse. 

L’analyse de ce rapport se décompose en plusieurs thématiques :

  1. Conditions-cadres de la recherche et de l’innovation
  2. Education et qualifications 
  3. Personnel actif dans le domaine de la recherche et de l’innovation
  4. Dépenses dans le domaine de la recherche et de 
  5. Financement de la recherche et de l’innovation
  6. Participation aux programmes-cadres de recherche de l’UE
  7. Publications 
  8. Brevets 
  9. Transfert de savoir et de technologie 
  10. Activités d’innovation des entreprises 
  11. Performance économique 
  12. Technologies de l’information et de la communication 
  13. La Suisse comparée aux régions-phares de l’innovation 

Quelques graphiques « macro » sont assez édifiants…

Le lecteur de ce blog est renvoyé au rapport lui-même pour davantage de précision, mais il est amusant, voire réconfortant en ces temps d’auto-flagellation collective, de mettre en avant quelques graphiques ou figures mettant en évidence des critères où la France est plus performantes que la Suisse…

Le lecteur de ce blog est renvoyé au rapport lui-même pour davantage de précision, mais il est amusant de mettre en avant quelques graphiques ou figures mettant en évidence des critères où la France est plus performante que la Suisse (ceci étant, que la France soit plus performante que la Suisse à H2020 est plutôt normal)… Figures et graphiques parlent d’eux-mêmes.

Enfin, signalons que ce rapport inclut un avertissement sur les indicateurs et leurs limites : les indicateurs sont des représentations quantitatives qui fournissent des informations synthétiques, en l’occurrence dans ce rapport sur les investissements, les interactions et les performances en matière de recherche et d’innovation.
Il convient toutefois de garder à l’esprit que, d’une manière générale, les indicateurs doivent être interprétés avec précaution, spécialement dans le domaine de la recherche et de l’innovation : 

  • L’impact de la recherche et de l’innovation ne peut être mesuré qu’à moyen ou long terme.
  • Les indicateurs sont généralement statiques et ne peuvent appréhender pleinement la complexité du système national d’innovation.
  • Il est extrêmement difficile de mesurer l’impact de la recherche et de l’innovation sur des biens ne relevant pas des marchés, qu’ils soient de nature culturelle, sociale, politique ou environnementale.

<https://www.sbfi.admin.ch/dam/sbfi/fr/dokumente/2018/12/f-i-teil-b.pdf.download.pdf/F-I_Teil_B_f.pdf>

Voir aussi

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Mar 01

Pour enseigner le numérique à l’école

Le numérique fait partie de nos vies. Tous nos jeunes s’expriment via le numérique : téléphones portables, réseaux sociaux sur internet, …. à un point tel que le numérique devrait presque être considéré comme un apprentissage élémentaire au même titre que l’écriture et la parole ! Ceci permettrait d’éviter les dérives liées à un auto-apprentissage du numérique dès la plus tendre enfance !

Un premier pas, tardif (mais mieux vaut tard que jamais), qu’il convient de signaler positivement, est la création (« dès 2020 » (sic !)) d’un CAPES d’informatique.

La France a une longue expérience en matière d’enseignement de l’Informatique dans l’enseignement secondaire général, mais celui-ci a fluctué depuis les années quatre-vingts. Une option informatique en terminale avait été créée dès 1981, entraînant, sept ans plus tard, l’apparition d’une épreuve officielle au baccalauréat. Le parcours, dans les collèges et les lycées, d’une option Informatique longtemps restée dans le giron des professeurs de mathématiques, a été mouvementé : supprimée en 1992, rétablie en 1995, à nouveau supprimée en 1998, elle a longtemps témoigné de la difficulté pour les chercheurs et chercheuses, et ingénieurs en sciences du numérique de faire reconnaître leur domaine comme une discipline à part entière.

La création de ce certificat professoral accompagne l’apparition d’une nouvelle discipline au lycée, intitulée “Numérique et science informatique”, mise en œuvre par la réforme du lycée. Plus de la moitié des lycées de France accueilleront la nouvelle discipline en 2020, créant ainsi un besoin de 1500 postes. Dans un premier temps, ces postes seront couverts, selon le ministre, “par des professeurs qui suivent des formations continues pendant les mois qui viennent pour être prêts pour l’année prochaine ” avant l’arrivée des professeurs titulaires du CAPES.

La structuration de l’enseignement numérique favorisera l’approfondissement de la culture numérique, le développement du sens logique des élèves, par exemple grâce à la programmation, et une connexion plus grande entre les savoirs numériques et les autres savoirs. Elle permettra aussi de créer des vocations chez les jeunes, particulièrement chez les jeunes femmes, qui ne représentent encore aujourd’hui qu’un tiers des salariés du secteur et 27% des effectifs des écoles d’ingénieurs.

https://talentsdunumerique.com/actu-informatique/metier-professeur-dinformatique-au-lycee

https://www.letudiant.fr/educpros/actualite/le-capes-informatique-en-2020-une-reconnaissance-et-des-defis.html

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