Oct 25

Comment booster la recherche partenariale ?

Dans une courte note de 7 pages, l’Académie des Technologie a contribué à la préparation de la Loi relative à la programmation pluriannuelle de la recherche… avec 4 messages clés :

  • Soutenir les partenaires plutôt que les procédures 
  • Sélectionner, simplifier et améliorer les écosystèmes 
  • Impulser des initiatives d’innovation à l’échelle européenne 
  • Focaliser les efforts sur la recherche technologique 

Je laisse les lecteurs intéressés découvrir l’ensemble de cette contribution, mais je souhaite reprendre ici les points clés concernant la recherche partenariale, selon moi, clé de l’innovation et du développement économique.

L’Académie propose en priorité des solutions visant à faciliter les interactions, l’envie de collaborer et les initiatives, à dépasser les barrières culturelles entre public et privé, précisément entre [chercheur/enseignant – chercheur académique, laboratoire] et [chercheur R&D, entreprise].

Au niveau du chercheur / enseignant-chercheur académique 

Evaluer autrement sa carrière… …pour favoriser aussi sa mobilité :Prendre systématiquement en compte les résultats de la valorisation (brevets, licences, …) et la mobilité vers les services de R&D industrielle dans les critères d’évaluation de son activité (CNU, CNRS, HCERES…) et dans son évolution de carrière au même titre que ses publications (cf. Prix Irène Joliot-Curie Parcours Femme scientifique entreprise). 

Lui laisser cumuler plusieurs missions… : Assouplir les règles publiques concernant le cumul de missions tout en gardant un principe de péréquations au sein d’un même établissement, et autorisant le chercheur / l’enseignant – chercheur public en entreprise à opter entre les trois modes : passer jusqu’à 50% de son temps dans une entreprise innovante, participer à sa gouvernance, en être actionnaire. 

…avec un service support à son service : L’entourer d’une aide rapide et efficace des services support (juridique, comptabilité…) pour l’élaboration d’un contrat de recherche partenariale. 

Au niveau du laboratoire de rattachement 

  • Doter immédiatement l’établissement ESR des moyens budgétaires appropriés pour remplacer le chercheur/enseignant-chercheur qui est détaché ou mis à disposition. 
  • Compléter l’ouverture de la gouvernance des universités (avec la délégation leur permettant d’en décider) à des personnalités Industrielles de la R&D connaissant le monde académique : créer des vice – présidents entreprises dans les universités pour renforcer les liens avec le tissu économique pour ce qui concerne la recherche et les formations ; positionner des industriels dans des comités scientifiques ou stratégiques. 
  • Mettre en place un accompagnement financier complémentaire d’origine publique (ou européenne) pour un établissement ESR qui engage un programme de transfert de technologie avec une entreprise installée en France (ou en Europe). 
  • Créer une dynamique et une souplesse dans la négociation de la PI d’un contrat de recherche partenariale avec l’entreprise en rendant opérationnel le mandataire unique d’UMR+ORT7 en matière de PI et d’accord de propriété. 
  • Ouvrir au sein des laboratoires des postes d’experts en charge du dépistage de travaux valorisables. 
  • Faire évoluer la présentation des résultats du laboratoire en y intégrant les objectifs relatifs à l’innovation en fonction du rôle particulier de chaque partie prenante. 
  • Prendre en compte dans les paramètres de la dotation annuelle le nombre de start-up créées ou de missions (cf. recommandations au niveau du chercheur), leur valorisation et leur accompagnement pour leur croissance. 

Au niveau du chercheur R&D privé 

  • Inciter à des séjours à durée déterminée et à temps plein dans les laboratoires publics sur des postes d’accueil ou de chercheur associé (tels qu’en recherche en biologie vers l’hôpital et réciproquement). 
  • Viser une passation rapide des contrats avec les laboratoires publics en privilégiant des contrats cadre avec des modèles type. 
  • Augmenter au niveau de la demande (doubler ?) le nombre de bourses CIFRE et expérimenter un système type CIFRE pour les post-docs en PME-ETI. 

Au niveau de l’entreprise 

  • Généraliser dans la gouvernance des ETI et PME l’ouverture à des scientifiques seniors. 
  • Créer une dynamique et une souplesse dans la négociation d’un contrat de recherche partenariale et en particulier de la PI pour une passation rapide des contrats avec les établissements publics, par la formation des services juridiques et par l’instauration de procédures rapides d’arbitrage en cas de conflit entre service juridique et chercheurs, etc. l’objectif étant de ramener à un mois la signature d’un contrat « standard », à 6 mois maximum pour un contrat difficile. Proposition de date butée avec arrêt en l’absence d’accord (par exemple). 

http://academie-technologies-prod.s3.amazonaws.com/2019/06/25/14/42/36/cf533fc8-dfe6-49dd-b190-ddc2e3a8bd45/LivrableADT-LPPR.pdf

Publié dans Uncategorized | 1 Commentaire
Oct 18

Budget de l’Etat et climat 

Budget de l’Etat et climat 

Le vote du budget de l’État est un moment clé pour la lutte contre le dérèglement climatique. L’État lève chaque année en France plusieurs centaines de milliards d’impôts divers – environ un quart du PIB national – et en dépense mécaniquement autant, voire un peu plus. Mettre le budget et la fiscalité en cohérence avec l’objectif national de neutralité carbone, c’est donc faire un énorme pas en avant dans la lutte nationale contre le dérèglement climatique. Mais le chantier est vaste. Améliorer les aides aux ménages pour la transition bas carbone, réformer les niches fiscales sur les carburants, verdir la fiscalité… Il ne s’agit plus de se limiter aux quelques mesures phares, aussi importantes soient-elles, sur lesquelles le débat politique a tendance à se concentrer, à l’image de la taxe carbone ou de l’exonération pour le kérosène des avions. Il faut connaitre, et reconnaître, l’ensemble des mesures budgétaires qui ont une influence sur les émissions de gaz à effet de serre de la France.

Telle est l’introduction d’une étude de l’I4CE visant à analyser tout le budget français au prisme de ses impacts sur le climat.

L’Institut de l’Économie pour le Climat est un think tank qui fournit aux décideurs publics et privés une expertise sur les questions économiques et financières liées à la transition énergétique et écologique. Il vise à contribuer à mettre en œuvre l’Accord de Paris, et à rendre au niveau mondial les flux financiers compatibles avec un développement faiblement carboné et résilient au changement climatique. L’I4CE a été fondé par la Caisse des Dépôts et l’Agence Française de Développement, et est par ailleurs soutenu par la Caisse de Dépôts et Gestion Maroc.

L’I4CE propose donc une évaluation climat à 360° du budget de l’État, hors sécurité sociale dont les principales conclusions sont reprises ci-dessous. 

Plus de 250 mesures budgétaires sont identifiées ; dépenses, niches fiscales, impôts, toutes ont une influence significative, à la hausse ou à la baisse, sur les émissions nationales de gaz à effet de serre. Certaines d’entre elles sont directement issues des efforts de l’État pour réduire les émissions, et ont été créées dans ce but ; cependant, pour la plus grande part, il s’agit de mesures visant initialement un autre objectif principal, ce qui rend d’autant plus nécessaire l’identification de leur effet sur le climat. 

I4CE a également identifié des mesures pour lesquelles, faute de données, il est difficile d’apprécier l’impact sur le climat. C’est par exemple le cas du crédit d’impôt pour la compétitivité et l’emploi (CICE) ou du crédit d’impôt pour la recherche (CIR), qui représentent à eux seuls 25 milliards d’euros. Le chiffre de 250 mesures est donc une fourchette basse. 

20 milliards d’euros pour financer la transition bas-carbone 

A travers son budget, l’État dépense 17 milliards d’euros pour financer la transition bas carbone, auxquels s’ajoutent 3 milliards sous forme de niches fiscales. La majorité de cet argent permet de soutenir la rénovation énergétique des bâtiments, le développement des énergies renouvelables ou des mobilités durables ou la recherche sur la lutte contre le réchauffement climatique. 

20 milliards, est-ce suffisant ? Probablement pas, si l’on en croit l’édition 2019 du Panorama des financements climat d’I4CE : avec leur modèle actuel de financement de la transition, les pouvoirs publics dans leur ensemble devront mobiliser annuellement 7 à 9 milliards d’euros supplémentaires d’ici la fin du quinquennat. Et ce chiffre ne concerne que la seule composante « investissement » des dépenses publiques. L’État devra donc consacrer davantage de moyens à la lutte contre le dérèglement climatique. Par ailleurs, il ne faut pas seulement faire plus, il faut aussi faire mieux ; au-delà des seuls montants financiers, l’efficacité des divers dispositifs d’incitation publique doit être constamment interrogée et réévaluée au regard des objectifs climatiques nationaux. 

17 milliards de dépenses défavorables au climat 

De nombreux secteurs bénéficient de taux réduits de taxe sur les énergies fossiles et ces niches fiscales ne sont pas toujours justifiées ou évaluées. On estime à 16 milliards la somme des dépenses fiscales défavorables au climat. A elles seules, quatre niches impliquent que 25 % des émissions françaises sont peu ou pas taxées : l’exonération sur le kérosène des avions, les taux réduits pour les poids lourds, pour le gazole non routier, et pour le gazole routier par rapport à l’essence. 

Pour réduire les émissions de gaz à effet de serre et répondre au sentiment d’injustice sur la taxation de l’énergie en France, ces niches devront être progressivement réformées. Une question doit dès lors être résolue : comment aider différemment les secteurs et les ménages vulnérables, sans avoir recours à des exonérations de taxe sur les énergies fossiles ? 

Outre les niches fiscales, l’État dépense directement un milliard d’euros pour des actions qui augmentent les émissions de gaz à effet de serre. Ce sont avant tout des dépenses de fonctionnement : l’État est un consommateur, entre autres, de carburants. Comme les ménages et les entreprises, il va devoir faire sa transition. C’est un enjeu d’exemplarité et une nécessité pour atteindre la neutralité carbone. Cette transition prendra du temps : l’armée ne trouvera pas du jour au lendemain des alternatives au kérosène pour ses avions. Mais comme les autres, l’État devra réduire drastiquement ses propres émissions de gaz à effet de serre, et donc ses dépenses de fonctionnement défavorables au climat. Certaines de ces dépenses sont présentées ici, mais elles sont très probablement sous- évaluées du fait d’un manque de données disponibles. 

10 milliards d’euros d’impôts au nom du climat 

Les recettes de la « taxe carbone » – ou plus précisément de la composante carbone des différentes taxes sur les énergies fossiles – sont d’environ 8 milliards par an. A cela s’ajoutent d’autres impôts dont les taux sont totalement ou partiellement indexés sur les émissions de carbone. En tout, les impôts prélevés au nom du climat génèrent de l’ordre de 10 milliards de recettes. 

Cependant, pour avoir une vision globale de la fiscalité de l’État qui incite à la réduction des émissions, il faut aussi prendre en compte de nombreux autres impôts : créés avec d’autres intentions que le climat, en premier lieu pour augmenter les recettes fiscales, ils sont néanmoins une incitation à réduire les émissions, à l’image de la taxation des carburants. Ces impôts sont favorables au climat eux aussi, et leurs recettes sont estimées à 33 milliards. Au total, il y a donc 43 milliards d’impôts qui incitent à réduire les émissions. Cela représente 7 % des impôts en France, hors cotisations sociales. Ces 43 milliards vont pour une moitié au budget général de l’État, le reste va aux collectivités locales ou à des comptes d’affectation spéciale et des opérateurs de l’État qui soutiennent la transition bas carbone. 

Notons ici une particularité des impôts en France sur les transports routiers. Moins de 10 % de la fiscalité pèse sur l’achat du véhicule, le reste portant sur son utilisation, surtout via la taxation des carburants. L’État dissuade donc peu l’achat de voitures gourmandes en carburant, puis taxe leur utilisation. Un rééquilibrage semble nécessaire pour éviter de créer des « prisonniers énergétiques » dans le secteur des transports. 

https://www.i4ce.org/wp-core/wp-content/uploads/2019/09/I4CE-Etude-EvalClimat360%C2%B0BudgetEtat.pdf

Publié dans Uncategorized | Laisser un commentaire
Oct 11

Moins de vidéos en ligne pour moins de CO2

La sobriété numérique consiste à prioriser l’allocation des ressources en fonction des usages, afin de se conformer aux limites planétaires, tout en préservant les apports sociétaux les plus précieux des technologies numériques. 

Pour comprendre la nécessité d’une telle réflexion, il est utile de rappeler les constats sur l’empreinte environnementale agrégée du Numérique à l’échelle mondiale : le Numérique représente aujourd’hui près de 4 % des émissions carbonées mondiales – soit davantage que le transport aérien civil – et voit son impact augmenter de 8 % par an. Ainsi, alors que la contrainte climatique nous mène à viser une diminution des émissions mondiales dans les prochaines années, celles du Numérique pourraient doubler d’ici 2025 pour atteindre 8 % du total – ce qui correspond à la part des véhicules légers actuellement. 

Passer d’un Numérique instinctif à un Numérique réfléchi : c’est la solution que décrit le concept de sobriété numérique, défendu par le think tank The Shift Project.

L’objectif d’une récente étude de ce think tank est d’aborder les questions qui sont soulevées lorsque le raisonnement sur la sobriété numérique est porté jusqu’à l’étape de sa mise en pratique, en prenant comme point d’application les vidéos en ligne.

Deux graphiques permettent de comprendre la situation.

The Shift Project propose ainsi une régulation des usages…

https://theshiftproject.org/wp-content/uploads/2019/07/2019-01.pdf

Publié dans Uncategorized | Laisser un commentaire
Oct 04

Transition environnementale : actions, ambitions et cohérence

Le Haut conseil pour le climat (HCC) a publié cet été son premier rapport annuel. Rappelons que ce haut conseil est une instance consultative indépendante française, créée en novembre 2018, placée auprès du premier ministre et composée de douze personnes, dont Valérie Masson-Delmotte, directrice de recherches au Laboratoire des sciences du climat et de l’environnement (avec Jean Jouzel) au CEA, Laurence Tubiana, économiste et présidente et directrice exécutive de la Fondation européenne pour le climat, Marion Guillou, ancienne présidente du CA de l’X et ancienne PDG de l’INRA, Jean-Marc Jancovici, fondateur de Carbone 4 et président fondateur de The Shift Project (Think Tank que je ne saurai trop vous recommander).

Ce rapport d’intitule Agir en cohérence avec les ambitions

Ce rapport rappelle d’abord qu’avec le projet de loi relatif à l’énergie et au climat (modifiant la loi de transition énergétique pour la croissance verte) et la nouvelle stratégie nationale bas-carbone en cours d’élaboration, la France propose de se fixer des objectifs pertinents de réduction de ses émissions de gaz à effet de serre (GES). La neutralité carbone en 2050 visée par ces projets est cohérente avec les objectifs de l’accord de Paris et les dernières connaissances scientifiques. Cette neutralité carbone en 2050 est techniquement réalisable mais implique une transformation profonde de l’économie et de la société à grande échelle. 

Le HCC estime que le rythme de cette transformation est actuellement insuffisant, car les politiques de transition, d’efficacité et de sobriété énergétiques ne sont pas au coeur de l’ac- tion publique. Ainsi, le 1er budget carbone fixé en 2015 et couvrant la période 2015-2018 a été dépassé, et la réduction réelle des émissions de GES, de 1,1 % par an en moyenne pour la période récente, est quasiment deux fois trop lente par rapport au rythme nécessaire pour la réalisation des objectifs3. 

Tant que la stratégie nationale bas-carbone restera à la périphérie des politiques publiques, les budgets carbone établis et la neutralité carbone ont peu de chances d’être atteints. La stratégie adoptée par la France implique de faire des choix. La transition vers une économie bas-carbone doit désormais être au cœur des politiques qui définissent l’avenir de la France, en cohérence avec la transition engagée par l’Union Européenne.

Ce premier rapport du HCC propose 7 recommandations au gouvernement visant à mettre en cohérence l’action de la France avec ses engagements pour le climat. 

1. Assurer la compatibilité des lois et grands projets nationaux avec la stratégie nationale bas-carbone
Plusieurs mesures sont en place pour évaluer les effets des lois et grands projets nationaux et régionaux sur la réduction des émissions de GES de la France. Mais en pratique, l’objectif climat de la stratégie nationale bas-carbone a peu de poids lors des arbitrages. Le gouvernement devra garantir la prise en compte de l’objectif de réduction des émissions de GES et de conservation des puits de carbone des politiques publiques, aussi bien dans les lois que dans tous les investissements publics structurants. 

2. Renforcer dès à présent les instruments des politiques climatiques

Les instruments des politiques climatiques incluent les normes et réglementations, les taxes, les quotas échangeables, et les subventions. Ces instruments instituent un prix du carbone qui encourage les ménages et les entreprises à faire des choix alignés avec une transition bas-carbone, c’est-à-dire à diminuer leurs émissions et à investir dans des activités peu émettrices. L’ensemble du dispositif actuel de politique climatique doit être renforcé dès maintenant avec une architecture qui respecte l’efficience de la dépense, la justice sociale et la transparence. La taxe carbone est un outil puissant pour cela mais elle devra être revue en profondeur pour garantir son appropriation sociale et son efficacité. 

3. Identifier et mettre en place les changements structurels nécessaires pour préparer l’économie et la société française à la neutralité carbone 

La plupart des mesures actuelles ne portent que sur une réduction marginale des émissions. Le gouvernement doit identifier, puis planifier les changements structurels nécessaires pour atteindre la neutralité carbone, afin de soutenir dans la durée l’emploi et l’économie française. Il s’agit d’agir sur l’urbanisme et l’aménagement du territoire, de développer et financer de nouvelles infrastructures, en particulier pour le transport, de faire évoluer les filières d’approvisionnement, les marchés, les comportements de consommation, et les pratiques agricoles. Il faut également intégrer systématiquement les connaissances sur le changement climatique, les émissions de GES, et les actions bas-carbone dans les systèmes d’éducation et de formation initiale et tout au long de la vie. 

4. Assurer une transition juste 

La transition bas-carbone doit être juste et perçue comme telle pour que les actions soient durablement soutenues par l’ensemble de la société. Cette transition s’accompagne nécessairement de mutations économiques majeures porteuses de fragilités comme d’opportunités. Une attention insuffisante a été portée à l’impact sur les inégalités des politiques publiques associées à la transition bas-carbone, y compris sur les inégalités géographiques. Ces inégalités potentielles concernent les revenus et opportunités des individus et des ménages, et la compétitivité des entreprises. Le gouvernement devra veiller à l’équité de la transition et au caractère soutenable des solutions mises en place. Il devra également s’appliquer à réduire le coût des risques pour faciliter l’innovation, et à garantir une juste répartition des coûts et efforts entre les ménages, les entreprises, les collectivités locales et l’Etat.

5. Articuler la stratégie nationale bas- carbone à toutes les échelles
Les planifications climat-air-énergie à l’échelle régionale et infrarégionale constituent des éléments clés d’organisation de la contribution des politiques territoriales aux objectifs climatiques de la France, et permettent une appropriation des enjeux par les acteurs locaux. Les moyens (humains, techniques, organisationnels, financiers) des collectivités pour élaborer ces plans devraient être identifiés et soutenus, et les données et les méthodes de travail à promouvoir mieux harmonisées (élaboration des plans climat, indicateurs, suivi, cohérence avec la stratégie nationale bas-carbone et les budgets carbone). Parallèlement, le gouvernement devrait agir au niveau européen pour que les budgets et toutes les actions et politiques de l’Union Européenne soient cohérentes avec les objectifs de l’accord de Paris et sa propre stratégie de long-terme, en particulier la neutralité carbone à l’horizon 2050. 

6. Évaluer systématiquement l’impact en émissions de gaz à effet de serre des politiques et mesures

Nombre d’actions visant la réduction des émissions de GES apportent en pratique peu de résultats. Une évaluation systématique et quantitative de l’impact sur les GES des politiques et mesures existantes et prévues est nécessaire, pour s’assurer de l’alignement des politiques et mesures avec les objectifs climat, identifier rapidement les problèmes et y remédier, ainsi que déterminer les succès et les répliquer. Sans évaluations avant, pendant, et suivant la mise en oeuvre de politiques et mesures, des investissements majeurs risquent d’être peu efficaces et des opportunités peuvent être manquées. Un suivi régulier permet de prendre en compte les risques de non-respect des objectifs et de faire des ajustements. 

7. Renforcer le projet de stratégie nationale bas-carbone révisé 

Les objectifs de réduction des GES présentés dans le projet de stratégie nationale bas-carbone en cours de consultation sont cohérents avec les objectifs climatiques affichés par la France, mais nous recommandons que le niveau du deuxième budget carbone présenté dans ce projet soit revu à la baisse, en cohérence avec la trajectoire à long-terme et les dernières données sur les émissions nationales, et que les budgets carbone soient inscrits dans la loi et figés une fois leur niveau fixé4. De plus, ces objectifs ne couvrent pas toute la responsabilité de la France compte-tenu de l’importance de ses importations, qui s’ajoutent aux émissions nationales pour former l’empreinte carbone de la France. Les objectifs concernant les transports internationaux, aériens et maritimes, devraient être intégrés et élevés au même niveau que les objectifs nationaux. Des mesures supplémentaires et une stratégie pour réduire l’empreinte carbone de la France devraient être développées. 

https://www.strategie.gouv.fr/sites/strategie.gouv.fr/files/atoms/files/hcc_rapport_annuel_2019.pdf

Publié dans Uncategorized | Laisser un commentaire
Sep 27

Maîtrise de l’innovation numérique en Chine

Est-il encore nécessaire de rappeler combien la Chine est en train de prendre un leadership fort en matière de numérique, et plus particulièrement dans le domaine de l’intelligence artificielle ? Peu de pays ont aussi bien compris les ressorts de cette nouvelle ère. La vision de Gilles Babinet, sur la maîtrise de l’innovation, notamment numérique, en Chine est particulièrement intéressante. Je n’hésite donc pas à reprendre ci-dessous une interview réalisée pour le compte de l’Institut Montaigne pour lequel Gilles Babinet est conseiller sur les questions numériques.

Gilles Babinet

La thématique a été élevée au rang de priorité nationale par Xi Jinping lui-même et, outre les milliers de startups d’intelligence artificielle que comprend le pays, le numérique en général est devenu un thème de prédilection pour le système éducatif.Aux niveaux primaire et secondaire, les élèves accèdent désormais à des formations plus ou moins étendues – il est cependant impossible de savoir s’il s’agit des élèves des grandes villes uniquement, ou si cela a été étendu à l’ensemble du pays. Le système universitaire n’est pas en manque et les cursus en informatique (computer sciences) sont particulièrement prisés. L’ensemble de la société semble mue par cette volonté d’émergence numérique. Nulle part ailleurs les facteurs essentiels au développement sain d’un écosystème sont élevés à un tel niveau d’excellence.

Facteur 1 : la disponibilité du capital

Très tôt, l’analyse a été faite que le financement d’une économie numérique reposant sur l’innovation de rupture impose un large recours au capital risque. En Chine, d’une part, la réglementation a été régulièrement assouplie pour permettre les financements privés ; d’autre part, de l’avis des observateurs, notamment universitaires, l’argent d’origine étatique ou para-étatique continue de représenter sensiblement plus de 50 % des montants totaux investis (71 Md$ pour 2018).

Les représentants du management de l’incubateur TUS concèdent du bout des lèvres que 60 % de leurs financements et de leur capacité d’investissement proviennent de structures publiques.

Les fonds de tous types pullulent et, tandis que l’Etat, l’armée, les provinces interviennent généralement en fond de fonds, les universités financent l’innovation par le biais d’incubateurs maison. Ainsi, en ce qui concerne l’incubateur TUS, l’un des plus importants du pays, les représentants du management concèdent du bout des lèvres que 60 % de leurs financements et de leur capacité d’investissement proviennent de structures publiques. Il est évident que les immenses surplus commerciaux chinois ont trouvé là un domaine de prédilection pour être réinvestis.

Facteur 2 : la qualité du système éducatif

Visiter l’Université de Beida, observer la taille de son département de computer sciences et échanger avec les étudiants convainc rapidement de la présence d’un niveau d’exigence rarement observé dans le monde. Ce qui est probablement le plus impressionnant est la très grande culture générale qu’ont les étudiants. On imagine souvent la Chine comme un empire autonome, peu enclin à s’intéresser au reste du monde. C’est en fait tout le contraire : les travaux de recherche à l’étranger, les modèles de développement des entreprises étrangères à succès, les systèmes de régulations… Tous ces exemples internationaux sont clairement identifiés, font l’objet d’analyses assez poussées et sont une source d’inspiration pour la Chine. Le niveau des étudiants en master, bien qu’évidemment difficile à évaluer en quelques rencontres, ne semble toutefois pas inférieur à celui observé au Technion israélien ou encore au MIT américain.

Facteur 3 : l’effet de cluster

L’interaction entre grandes entreprises, systèmes universitaires, startups et même régulateurs est poussée à son optimum. Il est impressionnant de rentrer dans les immenses incubateurs, fédérés par les universités, et de discuter avec leurs responsables. On y constate l’attention accordée au mentorat de grands entrepreneurs auprès des jeunes pousses. Par ailleurs, un nombre important de professeurs sont impliqués dans des startups ou collaborent avec de grandes entreprises pour les aider dans leurs transformations numériques. Il n’est pas rare que les doyens aient de hautes responsabilités au sein de l’appareil d’État ou du Parti et aident à la mise en place de régulations optimisant le développement de l’écosystème numérique. Enfin, la taille critique est jugée essentielle : le constat a déjà été fait que les plus petits incubateurs, incapables de répondre aux besoins très hétérogènes des startups, n’étaient pas adaptés. Les quatre incubateurs de Tsinghua représentent ensemble des ressources humaines de plusieurs milliers de personnes et ont réussi à faire émerger pas moins de 60 licornes en une vingtaine d’années !

Géostratégie du numérique chinois : entre innovation et régulation

Après avoir échangé avec les chercheurs sur les enjeux numériques, on ressort impressionné par la qualité de leurs réflexions. Les sciences politiques ont largement intégré la technologie comme un fait majeur permettant de repenser en profondeur l’organisation sociale du pays. Le pouvoir central est particulièrement sensible à ces sujets. J’avais d’ailleurs évoqué il y a quelques mois les livres que l’on trouve sur la table de nuit de Xi Jinping, démontrant que, au plus haut niveau de l’Etat, la compréhension des enjeux de l’intelligence artificielle est jugée essentielle. 

J’ai eu la chance de discuter avec des hauts responsables du Parti, proches du Comité central, et j’ai été stupéfié de leur maîtrise de ces sujets. Souvent, l’une de leurs obsessions est de trouver une voie médiane entre innovation et régulation.À cet égard, ils jugent durement le Règlement général sur la protection des données (RGPD), qu’ils pensent conçu exclusivement du point de vue de la protection de l’usager, sans tenir aucunement compte des contraintes que cela fait peser sur les entreprises, plus particulièrement les petites.

La Chine et la protection des données personnelles

À l’occasion de ces échanges, j’ai découvert que, contrairement à une idée répandue en Occident, les startups numériques chinoises sont soumises à de nombreuses contraintes réglementaires, pour des questions de censure, certes, mais également dans un objectif de protection de la vie privée, de droit des consommateurs, ou encore de conditions d’emplois des travailleurs des plateformes, qui se comptent en millions en Chine. Ainsi, les startups intervenants dans le domaine médical doivent obtenir, préalablement à toute expérimentation, une autorisation de la part du ministère de la Santé, qui évalue de façon scientifique les risques que cela pourrait induire pour les patients. 

Malgré le raidissement évident du régime, les chercheurs en sciences sociales, eux, m’ont dit être convaincus de la nécessité de commencer à prévoir des réglementations semblables à ce que l’Europe a mis en oeuvre à l’égard des données. S’ils conçoivent bien que le fameux social rating est en contradiction avec les principes mêmes du RGPD européen, ils n’en restent pas moins convaincus que l’enjeu pour la Chine sera de trouver une voie médiane entre l’intérêt collectif et le respect des libertés individuelles que l’économie des données requiert.

One Belt, One Road

Chacun a entendu parler de cette initiative d’un plan de financement de 1 000 milliards de dollars, dont l’objectif est de développer des nouvelles routes de la soie orientées vers l’Europe en utilisant les technologies chinoises. Chaque université et chaque entreprise importante se doit de contribuer à ce projet, et les technologies chinoises sont clairement analysées comme des vecteurs essentiels de cette stratégie.

Face aux critiques émises par de nombreux pays et des défauts de paiements de certains gouvernements participant au projet, le Président Xi a annoncé une nouvelle approche plus inclusive. Dès à présent, les grandes entreprises comme Alibaba ou Tencent réfléchissent à la façon dont elles pourraient relocaliser une partie de leur R&D chez leurs partenaires locaux, voire même la fabrication de leurs produits au sein même des pays partenaires. 

L’objectif est de développer des nouvelles routes de la soie orientées vers l’Europe en utilisant les technologies chinoises.

À plusieurs reprises, mes interlocuteurs chinois m’ont fait part de leur étonnement du fait que l’Europe n’ait pas eu l’idée de lancer une telle initiative pour développer l’Eurasie et, surtout, l’Afrique. Cette analyse d’un plafond de verre qui limiterait le développement endogène et nécessiterait de se tourner vers une forme de co-développement avec des pays tiers est largement partagée et semble une évidence en Chine, au moins pour les acteurs économiques du monde de la technologie et les responsables universitaires que j’ai eu l’opportunité de rencontrer.

Transferts de pouvoir

Le développement accéléré de la Chine en quelques décennies est stupéfiant. Comme tout un chacun, on ne peut que se demander si, dans un contexte d’affrontement de plus en plus marqué avec les Etats-Unis, le risque n’est pas celui d’un raidissement incompatible avec les aspirations d’une classe moyenne désormais de masse et qui ne demande qu’à vivre libre. 

L’avantage technologique que semble prendre l’ancien empire du milieu ne facilite pas la transition des pouvoirs avec les Etats-Unis. Il est évidemment intéressant de noter que les conflits s’expriment désormais au moins autant sur l’espace géographique ou sur les enjeux énergétiques que dans le domaine technologique. L’Europe, quant à elle, largement admirée par l’ensemble de mes interlocuteurs pour son haut niveau de développement et d’inclusion économique et sociale, semble continuer à compter les points, encore inconsciente de son immense potentiel et de sa capacité à se choisir un destin.
 

https://www.institutmontaigne.org/blog/vu-de-chine-la-maitrise-de-linnovation

Publié dans Uncategorized | 1 Commentaire