Juin 05

Quelle image de la recherche publique chez les dirigeants d’entreprise ?

Une récente étude d’OpinionWay pour l’Association des instituts Carnot, analyse l’image de la recherche publique française chez les dirigeants d’entreprises, petites ou grosses. Cette étude livre quelques confirmations mais aussi surprises et bonnes nouvelles. 

Alors que le Pacte productif lancé par le gouvernement entend organiser les moyens de la France pour améliorer la compétitivité de l’Industrie, notamment par l’innovation, le lien entreprises-recherche s’il est reconnu, n’apparaît pas encore exploité à la hauteur de son potentiel pourtant puissant.

A l’instar des start-ups dont les enjeux de R&D sont structurants, le niveau de satisfaction des « usagers » de la recherche publique est élevé. Cependant les moyens disponibles en matière d’aide à l’innovation, et à la R&D pour les entreprises sont importants mais encore trop souvent méconnus, sous-utilisés.  Si la recherche partenariale peut et doit encore s’améliorer pour gagner en accessibilité, l’offre, les moyens, les compétences sont là et représentent un potentiel encore sous-estimé de la part des entreprises. 

Principaux résultats et enseignements de l’étude  

Avec près de trois dirigeants sur quatre qui estiment que la recherche publique contribue à l’économie du pays, qu’il s’agisse de la croissance économique (86%), de l’attractivité (85%), du développement du territoire (81%) ou de l’emploi (79%), les dirigeants d’entreprise réaffirment leur confiance dans la recherche publique : ils sont aujourd’hui 67% à penser qu’elle répond bien aux besoins d’innovation des entreprises.

Si l’image de la recherche publique en France est positive c’est également par la place qu’occupe la R&D aux yeux de la majorité des dirigeants :  ils sont 63% des interrogés à juger qu’elle est importante pour le développement de leur activité, soit près de deux tiers. Les dirigeants d’entreprises ayant déjà eu recours à la recherche publique sont presque unanimes : 95% estiment la R&D comme importante au développement de leur entreprise. 

La surprise de cette étude réside auprès des start-ups qui révèlent une appétence forte pour la recherche publique, avec plus de la moitié d’entre elles qui y ont déjà eu recours, contre 12% des autres entreprises de 10 salariés et plus. 

Ces deux mondes, d’apparences éloignés, travaillent régulièrement ensemble. D’ailleurs, 43% des dirigeants de startup interrogés, s’ils avaient un projet d’innovation à mener, se tourneraient vers la recherche publique. De manière générale, les start-ups ont une bonne image de la recherche publique : 83% pensent qu’elle produit des connaissances et technologies de grande valeur.

Cependant, plus globalement, les entreprises et industries, n’ont pas encore suffisamment le « reflexe » de la recherche publique pour leur projet R&D et Innovation.  70% des dirigeants d’entreprises déclarent n’avoir jamais réfléchi à la question d’un recours à la recherche publique française. Cela s’explique par une image vieillissante : 49% des chefs entreprises considèrent qu’elle est en stagnation depuis quelques années et son accessibilité est perçue comme plutôt difficile à 48%. 

Enfin, l’étude révèle que l’un des principaux freins à la R&D pour les entreprises, notamment pour les PME, est le manque d’information autour des aides à leur disposition, qu’elles n’identifient pas toujours. Ainsi, parmi les entreprises qui envisagent d’avoir recours à la recherche publique, 46% ne le font pas, car elles ne savent pas à qui s’adresser. 

Pour Philippe Véron, Président de l’Association des instituts Carnot, cette étude confirme et réaffirme la confiance des dirigeants d’entreprises auprès de la recherche publique, mais pointe également les défis qui restent à relever, notamment celui de l’accessibilité. Nous avons d’ores et déjà entrepris des actions pour aller à la rencontre des entreprises en développant, par exemple, des réseaux de commerciaux sur le terrain et nous sommes en train de structurer notre offre de R&D par secteurs d’activité pour gagner en visibilité.

https://www.instituts-carnot.eu/sites/default/files/images/OpinionWay%20pour%20les%20Instituts%20Carnot%20-%20Les%20dirigeants%20les%20start-ups%20et%20la%20recherche%20publique%20-%20Fev2020.pdf

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Mai 29

Les défis de la transformation du secteur électrique européen

L’IFRI, think tank français plutôt orienté sur la géostratégie, a réalisé une étude sur la transformation du secteur électrique européen qui fait face à trois grands défis : la décarbonation, la digitalisation et la décentralisation. .

Les risques sont multiples: qu’il n’y ait pas suffisamment d’investissements dans les nouvelles capacités de production bas carbone ni dans les réseaux ; que l’insertion des technologies de stockage de l’électricité et de flexibilité du système se fasse à des coûts très élevés et de manière inefficace ; que l’interaction entre les grands réseaux et infrastructures et les microsystèmes soit mal pensée et coordonnée ; que la digitalisation des systèmes électriques nourrisse une nouvelle fracture numérique ; que nos systèmes électriques soient contrôlés de manière croissante par les GAFAMI (Google, Apple, Facebook, Amazon, Microsoft, IBM) ou des acteurs chinois; que la sécurité des approvisionnements et la décarbonation ne soient pas garanties. 

Capitalisation boursière de quelques sociétés du numérique, du pétrole et de l’électricité en milliards de USD à mi-juin 2018

L’approche dogmatique qui a présidé à la libéralisation de l’électricité en Europe, fondée sur une confiance absolue dans les mécanismes du marché mais avec des exceptions qui se sont multipliées au point d’entraver leur efficacité, a fragilisé les opérateurs historiques, lesquels sont confrontés à de nouveaux défis : un marché de gros qui n’envoie pas les bons signaux, une révolution numérique qui attire de nouveaux entrants peu enclins à investir dans des capacités électriques, des réseaux en pleine mutation à l’échelle locale comme à l’échelle mondiale. 

Il faut une vision industrielle de la concurrence qui permette à ces opérateurs de financer les investissements massifs nécessaires à la transition énergétique tout au long de la chaîne électrique sachant que la production va devenir de plus en plus décarbonée et les réseaux de plus en plus intelligentsIl appartient aux pouvoirs publics de répondre aux trois questions qui vont conditionner l’évolution du secteur dans les prochaines années : jusqu’où faut-il décentraliser la production d’électricité et, d’autre part, comment faut-il réguler les activités de réseaux pour intégrer les nouvelles technologies du numérique ? Et comment réconcilier le marché avec le déploiement à grande échelle des énergies renouvelables (ENR) indispensables pour décarboner mais qui, malgré la baisse de leurs coûts de déploiement, nécessiteront toujours des subventions et des solutions pour pallier leur intermittence ? 

Les compagnies d’électricité doivent connaître les réponses qui seront apportées par la puissance publique pour se positionner par rapport à de nouveaux acteurs de la transition : les territoires, les producteurs décentralisés, les entreprises pétrolières et distributeurs d’énergie, les constructeurs automobiles et les opérateurs du numérique. 

L’appel des centrales sur la base d’un merit order fondé sur les seuls coûts marginaux doit être revisité dans la mesure où les ENR non pilotables ont par nature un coût marginal nul. Plus il y aura de capacités ENR intermittentes dans les mix électriques, plus le prix de gros aura tendance à baisser lorsqu’elles sont disponibles et plus les besoins de capacités flexibles et bas carbone seront élevés. Le système de régulation mis en place devra permettre de rémunérer efficacement ces technologies flexibles (centrales nucléaires ou thermiques classiques). 

Face à ce défi, les centrales non pilotables pourraient être appelées sur la base de leur coût moyen et le principe du coût marginal pourrait être gardé pour les centrales pilotables. On peut aussi considérer que le coût du stockage est une forme d’externalité négative au même titre que le coût du carbone ou celui de la gestion des déchets nucléaires, et dans ce cas l’appel des centrales sur la base des coûts marginaux intégrant ces externalités négatives peut se révéler pertinent. 

La prise en compte des externalités négatives (stockage des ENR et émissions de CO2 pour les centrales carbonées, mais aussi coût de gestion des déchets nucléaires) engendrera un prix d’équilibre plus élevé sur le marché de gros de l’électricité, pour un niveau donné de demande d’électricité. Un prix-plancher du carbone et/ou un meilleur contrôle des quotas de CO2 mis sur le marché du Emission Trading System (ETS) constituent de bonnes mesures pour atteindre cet objectif. Cela devrait rendre inutiles les subventions accordées aux ENR et même le maintien d’un marché de capacité pour les centrales classiques. Pour que les ENR demeurent compétitives et bien placées dans le merit order, il conviendrait donc de faire porter les efforts de recherche et développement sur la baisse des coûts du stockage de l’électricité, que ce soit par batteries ou sous forme de power-to-gas.

Le développement à grande échelle des technologies du numérique, en particulier dans le secteur de l’automobile, fournit de nouvelles perspectives pour les usages électriques. Les équilibres concurrentiels vont évoluer à mesure que la fourniture d’électricité décarbonnée sera associée à des services annexes, de plus en plus liés au numérique. Dans cette perspective, des rapprochements stratégiques pourraient voir le jour entre opérateurs numériques, constructeurs automobiles et fournisseurs d’électricité. On assistera ainsi à une « ubérisation » des activités de fourniture d’électricité, ce qui ne sera pas sans soulever des questions au sujet de la propriété et de la confidentialité des données collectées. On doit également noter que le recours massif au numérique risque de pénaliser les consommateurs qui ne maîtrisent pas bien ces nouvelles technologies (citoyens défavorisés, personnes isolées en zone rurale mal connectée voire personnes âgées) et du coup cela peut accentuer la « fracture numérique » que l’on constate déjà au niveau de la gestion des services publics administratifs (impôts, santé). 

Enfin, il faut réfléchir à l’architecture des réseaux électriques du futur à tous les niveaux : local, national, suprarégional et planétaire. À l’échelle des micro-réseaux, la tarification de l’accès au réseau est appelée à évoluer pour éviter une « spirale de la mort », sans pénaliser le développement de l’autoproduction. Outre un rééquilibrage entre la part puissance et la part électricité consommée, l’introduction d’un tarif spécifique de secours pour l’autoproduction est une option à considérer, d’autant que les péages d’accès devront aller vers une meilleure prise en compte de la localisation et de la période de soutirage ou d’injection de l’électricité pour minimiser les coûts. À la perspective de marchés décentralisés plus ou moins indépendants s’ajoute celle de grands projets d’interconnexion à l’échelle mondiale, porteurs de nouvelles opportunités mais aussi de risque en termes de contrôle des technologies de production et des infrastructures électriques. Il paraît impératif de prendre en compte ces enjeux en ayant pleinement conscience qu’une approche européenne coordonnée et consensuelle est une nécessité pour que notre souveraineté énergétique soit garantie. 

https://www.ifri.org/sites/default/files/atoms/files/percebois_transformation_defis_2019.pdf

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Mai 22

Un observatoire des politiques d’IA

L’OCDE a récemment dévoilé son observatoire des politiques d’intelligence artificielle, OECD.AI, qui « a pour but d’aider les pays (…) à élaborer des cadres politiques et institutionnels pour le développement d’une IA digne de confiance qui bénéficie à la société dans son ensemble, en s’inspirant des principes de l’IA de l’OCDE ». Y sont rassemblées des données de sources diverses, dont des informations sur les compétences en IA issues d’une collaboration entre LinkedIn et la Banque mondiale, qui place le Luxembourg en tête pour son attractivité en la matière, suivi par l’Allemagne.

Cet Observatoire des politiques relatives à l’IA a pour objectif d’aider les pays à encourager, accompagner et suivre le développement responsable de systèmes d’intelligence artificielle (IA) dignes de confiance au service de la société. Ayant vocation à devenir une plateforme en ligne inclusive, dédiée aux politiques publiques relatives à l’IA, il intègre une base de données exhaustive des politiques en matière d’IA dans le monde. Elle met à profit la dynamique créée par la Recommandation de l’OCDE sur l’intelligence artificielle, première norme intergouvernementale sur l’IA, qui a été adoptée en mai 2019 par les pays de l’OCDE et plusieurs économies partenaires, et a jeté les bases de l’élaboration des Principes du G20 sur l’IA, adoptés par les dirigeants des pays du G20 en juin 2019. 

L’Observatoire allie des ressources émanant de l’ensemble de l’OCDE et celles de partenaires issus de tous les groupes de parties prenantes afin de faciliter le dialogue et de fournir des analyses stratégiques pluridisciplinaires, fondées sur des données probantes, sur l’IA. L’Observatoire présente trois attributs fondamentaux : 

  • Pluridisciplinarité: L’Observatoire travaille de concert avec les communautés intervenant dans l’élaboration des politiques à l’échelle de l’OCDE et au-delà – que ce soit dans les domaines de l’économie numérique, de la science et la technologie, de l’emploi, de la santé, de la protection des consommateurs ou de l’éducation – afin d’étudier, moyennant une approche cohérente, les possibilités et les défis des évolutions actuelles et futures de l’IA. 
  • Analyse fondée sur des données probantes : L’Observatoire fait office de forum de collecte et de partage de données probantes sur l’IA, mettant à profit la réputation de l’OCDE en matière de méthodologies de mesure et d’analyses fondées sur des observations factuelles. 
  • Partenariats multipartites mondiaux : L’Observatoire travaille avec les gouvernements et un large éventail d’autres acteurs – notamment des partenaires issus de la communauté technique, du secteur privé, des milieux universitaires, de la société civile et d’autres organisations internationales – et fait office de plateforme de dialogue et de collaboration.

S’agissant de son fonctionnement et de sa structure, l’Observatoire fournit des ressources sur les sujets liés à l’action publique dans le domaine de l’IA ; les politiques et initiatives en matière d’IA ; les tendances et les données ; et formule des orientations pratiques sur la mise en œuvre des Principes de l’OCDE sur l’IA. Il intègre une base de données, actualisée en permanence, des politiques et initiatives relatives à l’IA, que les pays et d’autres parties prenantes peuvent partager et mettre à jour, ce qui permet d’en comparer les éléments clés de manière interactive. Il fait également office de forum pour la collecte de données probantes axées sur les politiques, les débats connexes et la formulation d’orientations à l’intention des gouvernements, s’appuyant pour ce faire sur des partenariats solides noués avec un large éventail d’acteurs externes. 

En matière de partenariats et de mise en œuvre, l’Observatoire facilite la mise en place de partenariats entre les communautés intéressées au sein de l’OCDE, de ses pays partenaires, d’autres entités publiques, d’organisations internationales et de parties prenantes non gouvernementales. Il cherche à favoriser une large participation et à nouer des partenariats avec les responsables d’initiatives dédiées à l’IA au sein de diverses institutions et organisations. 

https://oecd.ai

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Mai 15

Des programmes variés sur les conséquences du changement climatique

Le changement climatique a des conséquences dans tous les domaines. Les programmes de recherche sur l’examen de ses conséquences et la façon d’y remédier se multiplient. Citons-en trois récents.

L’Agence National de la Recherche est partie prenante d’un nouvel ERANET (European Research Area Network) Cofund ‐ Horizon 2020 sur les systèmes alimentaires et le climat qui a ouvert son appel transcontinental à des propositions de recherche dans le domaine des systèmes alimentaires et du climat. L’appel soutiendra la recherche fondamentale et appliquée et se concentrera sur les interactions entre le changement climatique et les systèmes alimentaires : évaluer les conséquences du changement climatique sur les marchés agroalimentaires et développer des chaînes de valeur alimentaires durables et résilientes dans le contexte de l’évolution des besoins et des modèles alimentaires (diètes).

Le projet de recherche DESARC-MARESANUS (DEcreasing Seawater Acidification Removing Carbon) aborde deux problèmes environnementaux de grande importance : l’augmentation de la concentration atmosphérique de dioxyde de carbone (CO2) et l’acidification qui en résulte pour les océans. Une présentation des principaux résultats récents obtenus dans le cadre de ce projet a été faite début février, concernant un processus d’élimination du CO2 de l’atmosphère basé sur la gazéification de la biomasse pour produire de la chaux qui, répandue dans les océans, permet de diminuer leur acidité générant également des sous-produits énergétiques décarbonés tels que l’hydrogène. le projet Desarc-Maresanus, développé par l’École polytechnique de Milan, teste un procédé basé sur un largage en mer Méditerranée de millions de tonnes de chaux éteinte. Ce composé agit doublement : il tempère l’acidité de l’eau et augmente le piégeage du CO2. Le bilan de la première année d’étude est plutôt positif. Il montre qu’il est possible de confier aux navires ordinaires (cargos et paquebots) la dissémination de la chaux.

La NASA et les Nations Unies s’associent pour une plus grande intégration de l’imagerie spatiale dans l’aide aux décisions relatives à la biodiversité, fortement impactés par le changement climatique. Pour aider les décideurs à élaborer des solutions de développement durable fondées sur des données, le PNUD, le Programme des Nations Unies pour l’environnement (PNUE) et le Secrétariat de la Convention sur la diversité biologique (CDB) ont lancé le UN Biodiversity Lab. Le UN Biodiversity Lab est une plateforme en ligne qui permet aux décideurs et autres parties prenantes d’accéder aux couches de données mondiales, de télécharger des ensembles nationaux de données et d’analyser ces ensembles de données en combinaison pour fournir des informations clés sur la biodiversité et sur les objectifs de développement durable fondés sur la nature. 

https://anr.fr/fr/detail/call/systemes-alimentaires-et-climat-fosc/

https://www.eurekalert.org/pub_releases/2020-02/pdm-rcf021020.php

https://www.lepoint.fr/sciences-nature/sciences-de-la-chaux-pour-eliminer-le-co2-de-l-atmosphere-23-02-2020-2364009_1924.php

https://www.france-science.org/La-NASA-et-les-Nations-Unies-s.html?mc_cid=ac9f59c630&mc_eid=a717bf52a3

https://arset.gsfc.nasa.gov/land/webinars/un-biodiversity-2020/fr?utm_source=social&utm_medium=ext&utm_campaign=UN-BIO-FR

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Mai 08

Pour une circulation vertueuse des données numériques

L’Académie des Technologies s’est récemment penchée sur la circulation des données numériques.

Rappelons avec Platon qu’une société existe par les échanges entre ses membres. Les échanges d’idées, de services et de moyens impliquent un principe de réciprocité et font que toutes les parties prenantes y trouvent leur intérêt pour satisfaire leur propre besoin. Les données numériques, qui aujourd’hui sont au cœur de l’activité de nos sociétés, deviennent un élément clef de l’échange. Force est malheureusement de constater qu’elles sont depuis quelques décennies capitalisées et thésaurisées, engendrant de fait une défiance des citoyens – et des entreprises voire des autorités – vis-à-vis de leur circulation, alors même, et la crise que nous traversons le révèle bien, que ceux-ci ont à gagner à un partage. 

L’Académie des technologies considère que la circulation des données numériques constitue un élément indispensable au développement de la société française et européenne. L’amplification de cette circulation peut assurer une résilience accrue de notre société en renforçant son indépendance et sa souveraineté, tout en respectant ses valeurs fondamentales et ses lois 

La crise du coronavirus a notamment suscité un recours accéléré aux technologies numériques pour pallier les contraintes de mobilité, préserver le lien social, et s’agissant de la pandémie en estimer globalement la propagation, mieux suivre un patient voire prédire l’évolution de sa maladie. Dans ce contexte se pose la question du partage par chacun de nous de données susceptibles de favoriser la lutte contre cette pandémie. Ces données agrégées peuvent contribuer de manière déterminante à la capitalisation de la connaissance sur la maladie, permettre d’élaborer des solutions préventives en support à des politiques publiques ou encore aider à définir des protocoles de soins adaptés à la situation de chacun, pour le bénéfice de chaque individu. 

On a là les éléments de définition de ce qui pourrait s’appeler une circulation vertueuse des données c’est-à-dire une circulation qui profite à toutes les parties prenantes d’un échange, que ces parties soient des individus, des entreprises, des collectivités ou les trois. La circulation vertueuse des données numériques, qui dépasse le seul sujet des données de santé, ne doit obérer ni la protection de la vie privée, ni le respect des libertés individuelles, ni les droits de propriété. Plus généralement cette circulation peut et doit être guidée par l’intérêt général et ne pas remettre en cause les valeurs fondamentales de notre société. 

Des solutions de nature technologique et réglementaire existent pour garantir cette continuité des valeurs sociétales. L’Europe dispose déjà d’un règlement sur la protection des données individuelles (RGPD) en avance dans le monde pour protéger la circulation des données personnelles. Sur le plan technologique les outils existent. Les techniques actuelles de chiffrement et d’anonymisation autorisent déjà de nombreuses solutions comme celles qui permettent notamment des opérations de « traçage » envisagées afin de limiter les rencontres pouvant donner lieu à la transmission du virus. Au-delà de celles-ci, des techniques prometteuses dites de chiffrement homomorphe vont permettre de confier à des tiers des opérations spécifiques sur les données sans que ces derniers aient à décrypter ces données. Des équipes françaises tant industrielles qu’universitaires maîtrisent tout à fait ces techniques Des solutions logicielles existantes, développées en France et en Allemagne, permettent d’authentifier de manière tout à fait fiable l’identité des parties prenantes d’un échange. 

Au demeurant, cette circulation vertueuse des données concerne la plupart des secteurs d’activité, et les données individuelles tout autant que les données professionnelles. Malgré des réticences fréquentes, l’expérience de nombreux secteurs industriels montre que le partage de données entre les acteurs recèle des gains importants de compétitivité : ainsi l’opérateur d’un bâtiment urbain moderne pourra optimiser au profit de ses usagers le fonctionnement courant d’un immeuble en croisant des données de l’architecte et du constructeur immobilier avec celles du fournisseur d’énergie, celles du fournisseur d’eau et l’observation des habitudes des habitants s’ils le désirent. Un fabricant de moteurs sera d’autant plus compétitif qu’il croise ses propres données avec celles des systémiers qui embarquent ce moteur dans leurs produits (aviation, automobile, par exemple). Des solutions comme celle proposée par l’association International Data Space, née en Allemagne, permettent de mettre en œuvre des infrastructures informatiques qui facilitent les échanges de données entre industriels tout en permettant à chacun d’en conserver la maîtrise et d’en contrôler les usages. 

L’Académie des technologies recommande de favoriser la circulation des données par la mise en place au niveau européen d’une labellisation des solutions de circulation qui garantisse leur caractère vertueux et sécurisé. 

Jusqu’à présent la circulation des données numériques est vue par le plus grand nombre comme un risque insurmontable à ne pas prendre dans de nombreux cas. Pour certains encore, et ils sont tout aussi nombreux, les données sont constitutives d’un patrimoine qu’il convient de garder pour soi en prenant le risque de ne pas enrichir ce patrimoine par d’autres données externes. 

Pourtant cette circulation existe sous des formes variées et largement sous-contrôlées, et ces données sont thésaurisées le plus souvent dans les entrepôts numériques de quelques grands groupes mondiaux. Rappelons aussi que le « Cloud Act » permet au gouvernement américain d’avoir accès à toutes les données numériques situées sur son sol. 

La labellisation des solutions de circulation des données en Europe par des standards européens permettra de démultiplier la quantité d’acteurs européens capables de les élaborer et les opérer : il est temps de s’assurer de l’existence et de la pérennité de tels acteurs. 

Alors que la crise actuelle révèle et accélère le recours au numérique, l’Académie des technologies alerte sur le risque que soit de fait confié implicitement à quelques grandes plates formes numériques mondiales le soin d’organiser les échanges constitutifs de notre société et souligne l’importance du développement de solutions de fédération de clouds européens. 

La capacité pour chacun, individu ou entreprise, de transmettre des données dont il est propriétaire sans risque au profit d’un intérêt collectif partagé devient une réalité. Sachons nous en saisir sans renoncer à nos valeurs fondamentales. 

https://www.academie-technologies.fr/blog/categories/publications-de-l-academie/posts/pour-une-circulation-vertueuse-des-donnees-numeriques

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