Avr 12

IA pour la défense : une feuille de route

Florence Parly, Ministre des Armées, a présenté la feuille de route « Intelligence artificielle » de son ministère lors d’une visite au centre de recherche Inria Saclay-Ile-de-France le 5 avril 2019. Bruno Sportisse, Président-directeur général d’Inria, l’a accueillie en présence de nombreuses personnalités, civiles et militaires dont François Jacq, Administrateur général du CEA, Joël Barre, Délégué général à l’armement, Emmanuel Chiva, Directeur de l’Agence de l’innovation de défense (AID) et les Généraux Eric Bellot des Minières, sous-chef Plans de l’Etats-Major des Armées, et Olivier Taprest, Major Général de l’Armée de l’air, sans oublier Cédric Villani, député LREM de l’Essonne, auteur d’un rapport sur l’intelligence artificielle.

La ministre s’est vu présenter un panel de technologies sur la thématique de l’intelligence artificielle développées par les partenaires de l’Institut DATAIA. L’Institut DATAIA est l’institut de convergence français spécialisé en sciences des données, intelligence artificielle et société, ou comment les technologies big data et l’intelligence artificielle se croisent avec les sciences humaines et sociales pour une intelligence artificielle au service de l’humain.

S’agissant de la feuille de route du Ministère des Armées, les points notables sont les suivants :

  • le ministère des Armées va investir 100 M€ par an de 2019 à 2025,
  • une cellule de coordination de l’intelligence artificielle de défense, qui sera logée au sein de l’AID, sera créée,
  • le ministère des Armées s’appuiera sur la recherche car l’IA est un domaine tiré par la recherche académique d’excellence ainsi que par le secteur industriel,
  • la France ne déploiera pas de SALA (systèmes d’armes létaux autonomes),
  • un comité d’éthique ministériel sur les sujets de défense sera créé cette année.

https://dataia.eu

https://www.defense.gouv.fr/salle-de-presse/discours/discours-de-florence-parly/discours-de-florence-parly-ministre-des-armees_intelligence-artificielle-et-defense

Sur les questions d’éthique et d’armement, mentionnons les travaux du comité de réflexion de l’AACHEAr sur ces questions, créé en 1995 par Olivier Legrand et dont l’animateur a été pendant longtemps Alain Crémieux et auquel votre serviteur a participé durant quelques années. https://www.la-croix.com/Ethique/Sciences-Ethique/Sciences/Armement-peut-on-parler-d-ethique-_NP_-2012-10-08-862104

Quelques extraits du discours de la ministre.

(…) Le développement de l’IA est désormais un lieu de compétition stratégique, une course à la puissance technologique, économique mais aussi militaire. Le président de la République a souhaité que la France prenne la place qui lui revient dans cette course en s’appuyant sur l’excellence de son tissu académique et industriel. En endossant les conclusions du rapport de Cédric Villani, dont je salue à nouveau le remarquable travail, il a dévoilé il y a tout juste un an la stratégie de la France qui place la défense parmi les quatre domaines prioritaires, aux côtés de la santé, des transports et de l’environnement. Et je m’inscris pleinement dans cette stratégie gouvernementale et je compte bien faire de l’IA une priorité de notre défense nationale.

Alors oui, les Armées françaises investissent et investiront dans l’intelligence artificielle, c’est une évidence. Car c’est une technologie stratégique, indispensable pour garantir notre supériorité opérationnelle.

Les bénéfices potentiels de l’IA pour notre ministère sont forts et nombreux, et alors que les armées des principales puissances affûtent déjà leurs algorithmes, nous ne pouvons pas prendre le risque de manquer ce virage technologique. Tout se joue donc maintenant.

L’IA, c’est une aide précieuse à la décision. Elle nous permettra de mieux comprendre et mieux prévoir les menaces, d’agir plus vite et avec plus de précision et de certitude : éviter la surprise, éviter la méprise, donner du sens au torrent de données qui parfois nous submerge. Je pense au projet de la Marine Nationale qui développe une plateforme d’analyse en temps réel du trafic maritime à l’échelle mondiale, qui sera donc capable par exemple de détecter les embarcations qui soudainement dévient de leur trajectoire habituelle.

L’IA n’est pas une fin en soi, elle doit être un appui à une décision plus éclairée, plus rapide, un outil de lucidité pour les décideurs stratégiques comme tactiques.

L’IA, c’est également des capacités inédites pour le renseignement. Croiser des milliers d’images satellites, avec les données du darkweb, pour parvenir à en extraire des liens intéressants, c’est ce que nous permettra l’analyse de données massives.

L’IA, c’est aussi mieux protéger nos militaires. Evacuer des blessés du champ de bataille, ouvrir un itinéraire, déminer un terrain, autant de tâches périlleuses que nous pourrons bientôt confier à des robots.

L’IA c’est encore une cyberdéfense renforcée. Elle permettra à nos cyber-combattants de contrer à grande vitesse les attaques toujours plus furtives, toujours plus nombreuses et toujours plus automatisées qui menacent nos systèmes et nos économies.

L’IA, c’est enfin un allègement de la pénibilité et un gage de précision. Elle doit soulager l’homme de tâches fastidieuses, répétitives, parfois source d’erreurs. En effet, pourquoi un mécanicien passerait-il des heures à déceler une panne que l’analyse des données pourrait directement lui indiquer sans risque de se tromper sur le remplacement des pièces ? L’US Air Force, qui a déjà adopté l’IA dans son processus de maintien en condition opérationnelle, a annoncé une disponibilité de ses avions en hausse de 25%, c’est considérable et permettez-moi de vous dire que cela nous fait rêver. L’IA nous permettra un meilleur entretien de nos matériels, une meilleure gestion de nos stocks et de notre consommation d’énergie. Nos militaires pourront se concentrer sur les aspects critiques de leurs missions, nos personnels civils seront plus efficients.

(…)

Et cette question, c’est celle des systèmes d’armes létaux, les SALA autonomes, que certains appellent les « robots-tueurs ». Des systèmes d’armes, qui seraient capables d’agir sans aucune forme de supervision humaine, qui seraient capables de modifier le cadre de la mission qui leur a été fixée, voire de s’assigner eux-mêmes de nouvelles missions.

Ces systèmes, je le dis de façon très catégorique, n’existent pas aujourd’hui sur les théâtres d’opération. Mais pour autant le débat est légitime. C’est d’ailleurs la France qui l’a introduit en 2013 aux Nations-Unies, dans l’enceinte de la convention sur l’interdiction ou la limitation de l’emploi de certaines armes classiques. Et nous souhaitons que les discussions se poursuivent dans ce cadre multilatéral, le seul qui pourra aboutir à un encadrement des systèmes autonomes militaires, c’est le seul qui soit universel, crédible, efficace. Nous ne pouvons pas écarter le risque que de telles armes puissent être développées, un jour, par des Etats irresponsables et tomber entre les mains d’acteurs non-étatiques. La nécessité de dégager un consensus robuste avec tous les autres Etats du monde n’en est donc que plus impérieuse.

La position française est sans ambigüité, le président de la République a été parfaitement clair : la France refuse de confier la décision de vie ou de mort à une machine qui agirait de façon pleinement autonome et échapperait à tout contrôle humain.

De tels systèmes sont fondamentalement contraires à tous nos principes. Ils n’ont aucun intérêt opérationnel pour un État dont les armées respectent le droit international, et nous n’en déploierons pas. Terminator ne défilera pas au 14 juillet.

Nous développerons l’intelligence artificielle de défense selon trois grands principes : le respect du droit international, le maintien d’un contrôle humain suffisant, et la permanence de la responsabilité du commandement.

(…)

Quel que soit le degré d’automatisation, voire d’autonomie de nos systèmes d’armes actuels et futurs, ceux-ci resteront subordonnés au commandement humain. Cela suppose que l’homme définisse et valide leurs règles de fonctionnement, leurs règles d’emploi et leurs règles d’engagement. Cela suppose qu’il exerce un contrôle suffisant sur les systèmes déployés.

Pour veiller tous les jours à ce que ces principes soient respectés dans la durée et pour nourrir notre réflexion éthique, alors même que de nouveaux usages de l’IA émergent chaque jour, j’ai décidé de créer dès cette année un comité d’éthique ministériel sur les sujets de défense. Ce comité sera un outil d’aide à la décision et à l’anticipation. Il aura vocation à traiter en premier lieu des questions posées par les technologies émergentes et leur emploi par l’homme dans le domaine de la défense. Mais au-delà, les interrogations éthiques multiples liées à l’évolution du métier des armes ainsi que des espaces de conflictualité pourront lui être soumis.

(…)

La France sera la première grande puissance militaire à se doter d’une structure de réflexion permanente sur les enjeux éthiques des nouvelles technologies dans le domaine de la défense, et se placera ainsi à la pointe de cette réflexion au niveau international.

Les questions légitimes relatives à l’emploi de l’IA dans des systèmes militaires, se posent en réalité dans tous les systèmes critiques, et je pense en particulier au véhicule autonome. Ces questions ne pourront pas être résolues par une interdiction pure et simple : il nous faut donc nourrir notre réflexion et investir dans la recherche pour rendre l’intelligence artificielle robuste et sûre, et développer des systèmes de façon maîtrisée.

(…)

Pour tirer tous les bénéfices d’une IA parfaitement maîtrisée, nous avons construit une feuille de route ambitieuse et pragmatique.

Pour commencer, nous investirons d’abord dans les carburants de l’IA : c’est-à-dire les données et les capacités de calcul. Le ministère produit de très nombreuses données de toute nature et de tout niveau de confidentialité. Il faut tout d’abord m’assurer que ces données ne seront plus perdues ou gaspillées faute d’outils pour les recueillir, les stocker ou les traiter.

Dans le sillage du gouvernement, nous prendrons, nous aussi, le virage du cloud pour disposer des capacités de calcul et de stockage indispensables au développement de l’IA, et cela sans compromettre la sécurité et la souveraineté de nos données.

Il nous faudra ensuite décloisonner les données, les partager, en faire un actif stratégique de notre ministère. C’est une question de procédures bien sûr, mais aussi de culture. La DGNUM a élaboré une politique de gouvernance de la donnée capable de concilier ouverture et sécurité. Et je compte donc sur l’ensemble des services du ministère pour la mettre en oeuvre, mais aussi sur toute notre communauté industrielle de défense pour être collaboratifs et ne pas s’accrocher à une logique de propriétaire de la donnée qui serait un obstacle à notre développement.

Dans le domaine des équipements, nous avons identifié six domaines d’investissement prioritaires.

1. Premièrement, l’aide à la décision et à la planification car nous devons pouvoir disposer des meilleures propositions dans des temps toujours plus contraints pour pouvoir décider vite, avec la plus grande justesse possible.

2. Deuxièmement, le renseignement car la supériorité informationnelle est un gage majeur d’autonomie stratégique. L’IA boostera nos moyens de fouille de données dans des proportions incommensurables.

3. Troisièmement, le combat collaboratif car intégrer de nombreux systèmes à l’intérieur d’une même bulle tactique renforcera nos capacités opérationnelles. Et demain, ce seront des avions, des chars de combat, des bâtiments et des drones qui pourront communiquer et mener des actions ensemble.

4. La robotique également, car soulager nos agents et nos militaires des tâches répétitives ou dangereuses renforcera leur efficacité, et les protégera sur le terrain. Dès l’année prochaine, le programme de guerre des mines SLAMF mettra au point des essaims de robots sous-marins qui procéderont au déminage qui permettront aux marins de se tenir à distance de la mine. Dans l’armée de terre, nous expérimentons d’ores et déjà des robots pour porter des charges lourdes ou évacuer les blessés.

5. Et aussi les opérations dans le cyberespace, car tout comme les transactions financières, les cyber-attaques deviendront « haute-fréquence ». Et pour les contrer, la seule action humaine sera en dehors du tempo requis.

6. Enfin, la logistique et la maintenance, car il en va de la sécurité de nos forces et de la disponibilité de nos flottes. J’ai demandé à la Marine nationale de lancer une expérimentation de maintenance prédictive sur les moteurs de certaines de ses frégates et l’armée de l’air, qui travaille déjà sur de la maintenance prédictive pour les Rafale, a lancé un projet identique sur la flotte de C130J en coopération avec le Royaume-Uni et les États-Unis.

Ces domaines spécifiques n’en excluent évidemment pas d’autres, comme la santé, les ressources humaines ou l’administration générale, qui sont des secteurs dont nous savons tous à quel point ils sont au coeur des développements et des applications actuelles.

Alors comme je l’ai annoncé il y a un an nous investirons 100 millions d’euros par an de 2019 à 2025 pour le coeur de l’IA. Et c’est en réalité bien plus si l’on compte tous les systèmes qui seront irrigués par l’IA, car cet effort touche absolument tous les programmes d’armement, du Rafale au Scorpion, de l’espace au combat naval collaboratif.

(…)

L’IA, c’est également un défi pour notre organisation. Et je souhaite qu’au sein du ministère, nous prenions tous sans exception ce virage technologique. Il ne s’agit pas, je vous arrête tout de suite, de bâtir une « armée de l’IA »: cela n’aurait aucun sens. Nous structurerons notre compétence en IA autour d’une cellule de coordination de l’intelligence artificielle de défense, logée au sein de l’Agence innovation défense. Cette équipe d’une dizaine d’experts pluridisciplinaires aura pour mission de coordonner l’action du ministère en matière d’IA.

(…)

L’IA, c’est aussi le défi des talents. Nous devrons recruter les meilleurs, retenir les plus ingénieux, faire progresser chacun d’entre eux. A l’image de l’Institut Polytechnique de Paris tout près d’ici, je sais que nos écoles d’ingénieurs, ont déjà pris, le virage de l’IA. Nos écoles d’officiers s’y engagent aussi et je ne peux que les encourager dans cette voie.

(…)

L’IA est un domaine tiré par la recherche académique d’excellence ainsi que par le secteur industriel. Et je suis fière d’être parmi vous aujourd’hui au sein de DATA IA. Le plateau de Saclay est à la convergence des talents les plus remarquables. Et nous comptons sur vous.

(…)

Mais comme Cédric Villani l’a souligné dans son rapport et comme l’a rappelé à de multiples reprises le Président de la République, les enjeux technologiques de souveraineté nationale sont aujourd’hui indissociables des enjeux européens. Pour garantir notre autonomie technologique, l’Europe est notre unique horizon et doit prendre la tête des nouvelles ruptures technologiques.

L’Union Européenne en a déjà pris toute la mesure et met en place des nouveaux outils de soutien à l’innovation de rupture, y compris, et c’est une très grande nouveauté, dans le domaine de la défense. Je salue toutes ces initiatives comme le Conseil européen de l’innovation dans le cadre d’Horizon Europe ou le Fonds européen de défense. Mobilisés ensemble, ces outils européens doivent nous permettre d’unir nos forces, celles de nos laboratoires de recherche comme nos industries de défense, pour développer une IA européenne de pointe.

L’intelligence artificielle est certes une révolution, dont nous entrevoyons les prémices aujourd’hui. Mais des révolutions, nous en avons connu déjà un certain nombre. Jean Jaurès disait qu’« il ne peut y avoir de révolution que là où il y a conscience » , et celle de l’intelligence artificielle n’y échappe pas. C’est donc en pleine conscience, avec pragmatisme et responsabilité que nous la conduirons.

Une IA performante, robuste et maîtrisée. Voilà ce que je souhaite construire avec vous. Voilà ce que nous devons construire ensemble. Pour ne jamais être dépassé par l’ennemi. Pour que nos armées soient plus fortes. Et pour toujours, protéger les Français.

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Avr 05

Le CIR apporte compétitivité et attractivité

La constance de la politique française de soutien à la R&D des entreprises commence à payer. La France conserve un solide avantage compétitif vis-à-vis de ses concurrents qui entraîne une attractivité accrue. La mutation de l’écosystème recherche-innovation- développement se poursuit. Telles sont les conclusions, optimistes, de l’enquête de l’ANRT sur la comparaison internationale du coût du chercheur.

Cette année, plus de 60% des effectifs de recherche des entreprises membres du panel de l’ANRT 2018 sont localisés en France(cf. taille du drapeau français). Cette proportion croît depuis trois ans (de 48% en 2016 à 62% cette année). Les entreprises de notre panel, issues de secteurs variés et fortement concurrentiels, privilégient la France pour leur R&D. Et ce, en continuant à accroître leur « présence recherche » à des fins d’adaptation ou d’inspiration là où elles visent la croissance de leur chiffre d’affaires. En Europe, investir en France demeure avantageux, compte tenu du haut niveau de compétences accumulées dans les domaines scientifiques et techniques à la frontière des connaissances. Le CIR représente l’un des principaux nudges, « petits coups de coude amicaux », à l’élaboration d’un écosystème attractif et créateur de valeur. 

Rétrospectivement, l’accélération du CIR en 2007-2008 ne pouvait mieux tomber. Le CIR a accompagné la transition vers l’économie de la connaissance des entreprises en France. Les entreprises du secteur industriel manufacturier ont très nettement intensifié leurs efforts de R&D, se dotant progressivement d’équipes de recherche de plus en plus étoffées. Selon les résultats de notre analyse contrefactuelle (cf. graph. 2), les entreprises sont convaincues de l’intérêt de cet investissement dans les connaissances : elles ont progressivement boosté leur potentiel de croissance, jusqu’à 77000 chercheurs et scientifiques de plus en 2015. Le CIR s’est avéré un signal favorable reçu 5 sur 5 par les entreprises qui ont fait de la France leur hub de R&D. 

Le CIR accompagne la mutation de nos écosystèmes vers l’économie de la connaissance avec des équipes de R&D enrichies en docteurs. Grâce au CIR, les équipes de R&D se différencient et se spécialisent. On constate, au sein du Panel, la présence de près de trois fois plus de docteurs que dans la moyenne des entreprises de France. 

Alors que les docteurs représentent en moyenne 12% des effectifs de R&D dans les entreprises en France, les principaux bénéficiaires du CIR du Panel ANRT mobilisent 33% de docteurs dans leurs équipes de R&D. 

Avec un cours du chercheur à 72, le hub France se présente en position de force face aux pays Asiatiques. 

L’Espagne persévère, avec des politiques régionales fortes et contrastées : ingénierie fiscale astucieuse et partenariats public- privé sur des domaines choisis, tels les procédés environnementaux, tentent d’installer les centres ibériques sur la carte du monde. La réimplantation massive espérée tarde à venir, le retour s’avère risqué et aléatoire. 

Les USA se stabilisent à un niveau élevé (141). La combinaison d’une politique fiscale agressive et d’un accroissement de la rareté des chercheurs dans les secteurs en tension ouvre une période très incertaine. 

Toutefois, l’attractivité du territoire national est fragile. Les pointages successifs réalisés auprès des entreprises du panel suggèrent un impact significatif du différentiel de coûts des chercheurs. On y constate une tendance à l’accroissement relatif du poids des effectifs en France. La préservation d’une R&D efficace sur ses axes techniques spécialisés repose sur une demande en R&D récurrente et de haut-niveau. Dans les groupes, les équipes de recherche localisées en France, souvent interconnectées, sont de fait en compétition interne avec les autres équipes localisées ailleurs. Le différentiel de coût du chercheur est un signal clair qui facilite la prise de décision, en central, quant à la localisation d’un sujet de recherche dans une zone géographique donnée (Europe, Asie, Amérique du Nord, Amérique du Sud). 

http://www.anrt.asso.fr/fr/actualites/comparaison-internationale-sur-le-cours-du-chercheur-panel-anrt-cir-2018-30775
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Mar 29

La France en morceaux

« LA FRANCE EN MORCEAUX »  Tel est le titre d’un document de travail de l’Institut Montaigne, réalisé avec le cabinet Elabe, dans le cadre de son baromètre des territoires 2019.

En l’espace de 20 ans, la structure sociale et spatiale de la France s’est profondément modifiée. 

En deux générations, le nombre de diplômés de l’enseignement supérieur a doublé, passant à plus de 40% des sortants de la formation initiale chaque année.

Les emplois sont de plus en plus concentrés dans le cœur des métropoles, alors que le périurbain a capté une grande partie de l’habitat. 

Ces mutations ont créé de nouvelles fractures qui séparent aujourd’hui une France qui va plutôt bien et a pu tirer parti de ces évolutions, et une France qui se sent mise à l’écart et a le sentiment de perdre sur toute ou partie des tableaux. 

Alors que la peur du déclassement semble ne plus épargner aucune catégorie sociale et que de nombreux Français partagent le sentiment diffus de vivre dans une société inégalitaire et injuste, le Baromètre des Territoires a choisi d’explorer l’impact de ces fractures sociales et territoriales sur l’adhésion au récit national et l’« envie de faire France commune ». 

La France d’aujourd’hui est-elle une mosaïque de territoires qui s’opposent, ou est-elle la somme d’une pluralité de situations socio-économiques qui dépassent les fractures territorialesobjectivement observables ? Quel regard les Français portent-ils sur le territoire dans lequel ils vivent ? Est-il un lieu où ils réalisent et épanouissent leur projet de vie, ou un espace qui les entrave et les assigne ?

Autrement dit, que faut-il attribuer aux facteurs économiques et sociaux et que faut-il attribuer à la géographie et à la présence de l’Etat dans nos territoires (aménagement du territoire, offre de services publics) ? 

Le Baromètre des Territoires analyse la France d’aujourd’hui avec un double regard : sociologique et territorial.

En croisant des données portant sur le bonheur privé, le lien social, la perception du lieu de vie et de l’habitat, le sentiment de justice sociale, les attentes comparées aux réalités en matière de qualité de vie, d’accès aux services publics et aux infrastructures et la capacité à se projeter dans l’avenir, le Baromètre des Territoires dresse un portrait inédit des Français, de nos territoires et de notre pays. 

Les Français font le récit d’une vie privée heureuse, en très grande partie nourrie par les petits et grands bonheurs de la famille et du cercle proche qu’ils se sont choisi et sur lequel ils savent pouvoir compter. Dans la plupart de nos régions, ce bonheur privé se prolonge du sentiment qu’il fait « bon vivre » dans son quartier, dans sa commune, quelles qu’en soient les réalités socioéconomiques. 

Cet espace personnel est pourtant percuté de plein fouet par la crise du pouvoir d’achat et le sentiment désormais majoritaire de vivre dans une société produisant relégation et exclusion. Quel que soit leur capital socio-culturel et patrimonial, une majorité de Français exprime un même sentiment d’injustice et s’indigne des inégalités qui fracturent notre pays et fragilisent les parcours. 

Bonheur privé et violence sociale sont néanmoins modulés – atténués ou amplifiés, par le rapport subi ou choisi que nos concitoyens entretiennent avec leur territoire et avec la mobilité sociale.

Le Baromètre des Territoires révèle quatre grands types de trajectoires sociales et territoriales, qui coexistent dans notre espace national :

  • 21% des Français sont affranchis des contraintes territoriales et sociales : ils ont peu d’attache territoriale, ils réalisent leur projet de vie sans entrave, ou ont les moyens socioculturels de surmonter les obstacles, de s’emparer des opportunités et de tirer parti des évolutions de notre société, telles que la numérisation de nos vies personnelle, sociale et professionnelle, l’Union Européenne ou la mondialisation (les « Français affranchis »). 
  • 22% font le choix résolu d’un enracinement dans leur territoire. Heureux de vivre là où ils ont choisi de vivre, leur bulle personnelle est un bouclier qui les protège de la violence sociale, sans pour autant la masquer (les « Français enracinés »). 
  • 25% sont assignés à leur territoire et subissent de plein fouet les inégalités sociales et territoriales (les « Français assignés »). Ils sont bloqués géographiquement et socialement. Ils dessinent leur avenir et celui de leurs enfants avec pessimisme. 
  • 32% vivent une forte tension entre leur aspiration à la mobilité sociale et territoriale et une difficulté à s’affranchir de leur situation socio-économique et des inégalités territoriales (les « Français sur le fil »). 

L’aménagement, la qualité de la présence des services publics et la topographie socio-économique de nos territoires amortissent ou amplifient les fragilités individuelles. Ce faisant, ils facilitent ou entravent les trajectoires individuelles, et modulent naturellement le regard que les Français portent sur la vitalité de l’endroit où ils vivent. Néanmoins, le Baromètre des Territoires révèle que, sur le regard porté sur la société et l’évaluation de son propre parcours de vie, le pouvoir d’achat et le capital socio- culturel des individus sont des déterminants beaucoup plus puissants que les caractéristiques objectives de nos territoires. 

Ainsi, ces quatre groupes de Français se côtoient, voire se croisent assez largement au sein de mêmes territoires (au sein d’une même région administrative, mais également au sein de territoires de vie objectivement homogènes en matière de services publics et de dynamisme économique). 

Apparaît ainsi l’image d’une France en morceaux, qui expriment pourtant un commun attachement à la France et, à travers cet attachement, peut-être l’envie ou l’espoir d’un destin commun. 

Heureux ET malheureux : un portrait paradoxal des Français

Au cours des dernières décennies, la France a connu des évolutions socio-économiques et sociétales majeures. L’essor de la mondialisation et les effets de l’intégration européenne ont généré davantage de flux économiques, plus de mobilité sociale et une multiplication des connexions territoriales. Ces changements ont dans le même temps généré des craintes, de l’instabilité et des incertitudes chez de nombreux Français.

En croisant entre elles des données portant sur le lien social, l’évaluation de la vie personnelle, du cadre de vie et de l’habitat, le sentiment de justice sociale, les attentes comparées aux réalités en matière de qualité de vie, ou encore d’accès aux services publics et aux infrastructures, nous parvenons à dresser un portrait original des Français illustrant un paradoxe résumé par la célèbre formule du sociologue Jean Viard « bonheur privé et malheur public ».

Premier enseignement de notre enquête, les Français évaluent positivement leur vie personnelle :

  • 73 % des Français déclarent être heureux (dont 33 % très heureux) ;
  • 67 % font le récit d’un équilibre trouvé entre temps de vie personnelle, familiale, sociale et professionnelle ;
  • 61 % ont le sentiment d’avoir choisi la vie qu’ils mènent.

Dans la plupart des régions, cette vision positive s’étend aussi au territoire local :

  • 66 % trouvent qu’il fait « bon vivre » dans leur quartier ou leur commune ;
  • 59 % estiment que l’endroit où ils vivent va « plutôt bien ».

Mais dès que l’on s’éloigne de la sphère personnelle et locale sur des thèmes qui touchent leur vie économique ou celle du pays, les traces du pessimisme se font sentir. Le bonheur privé est percuté par la crise du pouvoir d’achat et le sentiment de relégation et d’exclusion :

  • 78 % jugent la société actuelle injuste (dont 28% très injuste) ;
  • 63 % sont convaincus qu’en France la réussite sociale est jouée d’avance et dépend beaucoup des origines des gens ;
  • 42 % sont convaincus que la société dans laquelle vivaient leurs parents était plus juste ;
  • 48 % vivent des fins de mois difficiles dont 35 % parviennent difficilement à finir leurs fins de mois en se restreignant, et 13 % sont obligés de puiser dans leurs réserves ou d’emprunter ;
  • 50 % ont retardé ou renoncé à des soins de santé en 2018.

Cette crise du pouvoir d’achat et les représentations d’une société inégalitaire fragilisent la confiance et la capacité des Français à se projeter dans l’avenir :

  • 47 % des Français seulement sont optimistes pour leur avenir personnel ;
  • 45 % pensent que quand leurs enfants auront leur âge, ils vivront moins bien qu’eux ;
  • 70 % sont pessimistes sur l’avenir de la société française (dont 26 % très pessimistes).

Malgré cette souffrance sociale, la France reste le point d’ancrage le plus rassembleur, loin devant nos territoires : 

  • 73 % des répondants sont attachés à la France ;
  • 58 % à leur région ;
  • 53 % à leur département ;
  • 52 % à leur commune ;
  • 45 % à leur quartier ;
  • 34 % seulement à l’Union européenne. 

https://www.institutmontaigne.org/publications/la-france-en-morceaux-barometre-des-territoires-2019

https://elabe.fr/wp-content/uploads/2019/02/barometre-territoires_principaux-enseignements_elabe.pdf

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Mar 22

L’IA au Royaume-Uni

L’intelligence artificielle est à la mode ! Ses progrès récents sont liées non seulement aux avancées de la technologie du numérique et aux quantités astronomiques de données disponibles, mais aussi à une (nouvelle) acceptabilité sociétale.

En ces jours de Brexit, qui peut faire douter de l’intelligence collective d’un pays à l’ère du populisme et des fake news, qu’il me soit permis ici de citer le début d’un rapport établi par le conseiller scientifique de l’Ambassade de France au Royaume-Uni sur l’IA outre-Manche… Je n’oserais rajouter « Good game ! ».

Si les prémices de la recherche en IA remontent à l’émergence de l’informatique dans les années 1950, les progrès se sont accélérés au cours de la dernière décennie. Une convergence de facteurs permet actuellement un essor de ces technologies, dont l’accroissement des mégadonnées (big data), l’amélioration des puissances de calcul (high-performance computing) et l’accès à certaines ressources et services via internet (cloud computing). Les technologies d’apprentissage automatique (machine learning), en particulier d’apprentissage profond (deep learning), font émerger de nouvelles applications où la machine a la capacité de se perfectionner avec l’expérience. 

Le Royaume-Uni a identifié le développement de l’IA comme étant un élément clé de sa stratégie : cette technologie figure au cœur de la stratégie numérique britannique (mars 2017) et de la stratégie industrielle (novembre 2017). Elle bénéficie d’un accord sectoriel public-privé (lancé en avril 2018) et d’un plan de gouvernance (été 2018). L’objectif pourrait se résumer ainsi : comment soutenir au mieux la recherche en IA tout en règlementant le secteur, notamment sur des aspects éthiques ? 

Les actions menées par le gouvernement britannique afin de soutenir un essor de l’IA au Royaume-Uni comprennent une augmentation des capacités de formations en IA (ex : ouverture de 1 000 places en doctorat supplémentaires), un accès facilité à des données interopérables (ex : lancement de Data Trusts), une meilleure coordination de la recherche publique (ex : création de l’Alan Turing Institute), une mutualisation d’infrastructures de soutien (ex : supercalculateur JADE), la création d’organismes de gouvernance et conseil (Office for AIAI CouncilCentre for Data Ethics and Innovation et le statut de AI Champions), une augmentation des financements pour la recherche et la formation (presque 1 milliard de livres sterling dans le cadre de l’accord sectoriel) et une mise en place de dispositifs de soutien à la recherche (ex : programme Machine Intelligence Garage de Digital Catapult). L’Alan Turing Institute, centre national sur l’IA et la science des données, regoupe un nombre croissant d’universités britanniques, au nombre de treize actuellement (dont les prestigieuses universités d’Oxford et de Cambridge). 

Même si le Royaume-Uni se classe 1eren Europe en nombre de startups en IA et 4èmemondial en termes de publications scientifiques sur le sujet, les acteurs de l’écosystème britannique (étudiants, universitaires et startups en particulier) ont du mal à résister à la force d’attraction des géants américains du numérique. La fuite des cerveaux vers les GAFAM a été identifiée comme représentant un risque majeur pour la recherche publique britannique en IA. Sur la période 2012 à 2016, les investissements publics et privés cumulés en IA ont été environ vingt fois plus importants aux États-Unis qu’au Royaume-Uni et trois fois plus importants en Chine qu’au Royaume-Uni. Par ailleurs, Pékin envisage de devenir le leader mondial de cette technologie avec une feuille de route visant à faire monter la valeur de ce secteur à 150 milliards de dollars d’ici 2030. 

La France est également bien classée en Europe concernant la recherche en IA (3èmeen nombre de startups en IA). S’inspirant des recommandations du rapport sur l’IA de Cédric Villani, le gouvernement français prévoit d’investir 1,5 M€ au cours des cinq prochaines années pour soutenir la recherche et l’innovation dans ce domaine, notamment à travers un réseau d’instituts interdisciplinaires d’intelligence artificielle (3IA), dont quatre ont été pré-sélectionnés en novembre 2018 : Grenoble (MIAI@Grenoble-Alpes), Nice (3IA Côte d’Azur), Paris (PRAIRIE : PaRis Artificial Intelligence Research InstitutE) et Toulouse (ANITI : Artificial and Natural Intelligence Toulouse Institute). Ainsi, alors que la France a choisi de soutenir plusieurs pôles de recherche en IA, le Royaume-Uni mise au contraire sur un regroupement des capacités de recherche sein d’un seul institut. 

Des actions sont menées au niveau de l’Union européenne pour soutenir le développement de l’IA. La Commission européenne a prévu d’investir 2,5 milliards d’euros « pour favoriser la diffusion de l’IA dans l’ensemble de l’économie et de la société européenne ». Ce budget s’appuie sur une approche européenne de l’IA présentée le 25 avril 2018 [37]. 

https://uk.ambafrance.org/IMG/pdf/dossier-ia-au-royaumeuni.pdf

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Mar 15

Le mix électrique 2020-2060 : le (grand) débat est d’actualité !

Les conclusions de l’étude de l’ADEME doivent être prises avec une très grande prudence. Elles ne devraient en aucun cas servir de base à des décisions de politique publique et leur médiatisation est prématurée. Les orientations proposées par l’ADEME sont risquées. Tel est l’avertissement lancé par l’Académie des technologies, organe ô combien multiculturel, relatif à une étude ADEME sur l’évolution du Mix électrique.

Rappelons les faits.

L’Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie (ADEME) a largement médiatisé en décembre 2018 son évaluation de l’évolution du Mix électrique jusqu’en 2060. Elle recommande en substance d’arrêter les centrales existantes avant leur fin de vie, les remplacer massivement par des installations solaires et éoliennes (multiplication par plus de dix des puissances installées actuelles), et développer une économie de l’hydrogène avec les surplus d’électricité des périodes favorablement ventées et ensoleillées. 

L’Académie des technologies s’est emparé de ce rapport pour l’analyser. Ses commentaires sont exposés ci-dessous.

Comme elle l’a déjà écrit, l’Académie des Technologies s’inscrit pleinement dans la politique de développement des énergies renouvelables. Elle considère que la réussite de cette politique suppose des hypothèses réalistes. C’est pourquoi elle estime que les conclusions de l’étude de l’ADEME doivent être prises avec une très grande prudence. Elles ne devraient en aucun cas servir de base à des décisions de politique publique et leur médiatisation est prématurée. L’avis de l’Académie, justifié dans la note jointe, est notamment fondé sur les éléments ci-après. 

  1. L’ADEME n’a publié qu’une « synthèse » de son étude, qu’elle n’a pas soumise à une évaluation scientifique. Elle ne met pas en mesure les experts d’exercer leur légitime rôle d’évaluation et de contrôle. Présentée comme une « réponse à ses adversaires », l’étude de l’ADEME est affectée de nombreuses erreurs de méthodes et de contradictions. 
  2. L’approche de l’ADEME se concentre sur le secteur Electrique. Cependant les hypothèses qu’elle prend impactent les autres secteurs énergétiques et particulièrement le Gaz. Il existe des interactions entre ces secteurs ; par exemple, l’ADEME propose le développement d’importantes quantités de biogaz, notamment à partir d’hydrogène produit par électrolyse. Cependant on peut douter que cette stratégie soit compatible avec les contraintes propres au stockage et au transport de l’Hydrogène dans le secteur Gaz. 
  3. L’ADEME envisage une quasi-stagnation de la demande d’électricité jusqu’en 2060, malgré de nouveaux usages. Cette hypothèse est plus basse que celle retenue par la Stratégie Nationale Bas Carbone (SNBC) du Ministère de l’Environnement. Sur une aussi longue période, la prise en compte d’une croissance, ne serait-ce que de 1% par an, modifierait radicalement les résultats. Malgré ces hypothèses basses sur la demande, les trajectoires de l’ADEME n’assurent pas la neutralité Carbone en 2050 – ce qui est pourtant un objectif gouvernemental – ni même en 2060. A cet horizon, les trajectoires de l’ADEME requièrent des importations significatives d’électricité, pour pallier les aléas du soleil et du vent. Mais les pays limitrophes seront soumis à des conditions météorologiques analogues, et ils ne seront pas en mesure de garantir les besoins français d’électricité. 
  4. Les coûts induits sur le secteur Gaz par le Mix électrique envisagé ne sont pas présentés. L’ADEME fonde à tort ses conclusions sur la seule économie de l’Electricité, sans prendre en compte les nécessaires investissements et d’exploitation du secteur Gaz. 
  5. De nombreuses hypothèses économiques retenues par l’ADEME paraissent très discutables : 
    1. – Le facteur de charge de la production éolienne terrestre adopté par l’ADEME est sensiblement supérieur au facteur de charge actuel ; cependant l’ADEME admet que les futurs sites seront moins bons que les sites présents, ce qui est inévitable. 
    1. – Les installations de production d’hydrogène auront des facteurs de charge faibles ; en outre, les rendements attendus des processus de conversion (électrolyse d’électricité excédentaire, transport, stockage d’hydrogène, production d’électricité à partir de l’hydrogène) se heurtent à des limites physiques ; ils sont, in fine, très faibles. Ces pénalités ont-elles été correctement prises en compte ? 
  6. Certaines perspectives d’évolution des coûts d’investissement des énergies renouvelables sont surestimées par l’ADEME ; par exemple des baisses encore très significatives de l’éolien terrestre – technologie mature – sont peu probables. 
  7. L’ADEME ne semble pas prendre en compte de manière réaliste deux difficultés d’un système électrique fondé sur une proportion importante d’énergies intermittentes : la garantie du synchronisme– clef de la stabilité du réseau – et l’ajustement aux variations rapides et fréquentes de la charge. L’ADEME convient que « des analyses supplémentaires seraient nécessaires ». 
  8. Les coûts des trajectoires de l’ADEME sont très voisins (moins de 3%) ; au vu d’écarts aussi faibles à un horizon si lointain, et d’incertitudes aussi grandes, les conclusions de l’ADEME sont prématurées. En l’absence d’écarts significatifs entre trajectoires, il serait plus pertinent de reconnaître la nécessité de diversifier le mix énergétique, sans donner l’exclusivité à une au développement des énergies renouvelables intermittentes. 

La transition énergétique va mobiliser des centaines de milliards d’euros ; elle est porteuse de changements majeurs pour les générations futures. Ce serait une erreur de fonder cette transition sur des hypothèses techniques et économiques erronées tant sur les filières de production (renouvelables, nucléaire) que sur le système énergétique global, en négligeant les acquis de la France dont l’électricité est déjà essentiellement décarbonnée au profit de solutions hypothétiques et aléatoires. Les orientations proposées par l’ADEME sont risquées. 

Trajectoires d’évolution du mix électrique 2020-2060

Etude ADEME 

https://www.ademe.fr/sites/default/files/assets/documents/evolution-mix-electrique-horizon-2020-2060-010655.pdf

Académie des technologies – Commentaires de l’étude ADEME 

<http://academie-technologies-prod.s3.amazonaws.com/2019/01/29/11/02/33/662/CdP_ADT_MixElectriqueAdeme.pdf>

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