Oct 02

Innovation et défense

L’innovation est au cœur de la transformation et de la recherche de performance du ministère des Armées pour garantir la supériorité technique et opérationnelle des armées françaises. 

Le DOID 2020 (Document d’orientation de l’innovation de défense) vient d’être rendu public.

https://www.google.com/url?sa=t&rct=j&q=&esrc=s&source=web&cd=&ved=2ahUKEwj3oOnxqfzrAhVBTBoKHWnFA1wQFjABegQIAxAB&url=https%3A%2F%2Fwww.defense.gouv.fr%2Fcontent%2Fdownload%2F592220%2F10032536%2F2020_DROID_web.pdf&usg=AOvVaw1CjEpy973KVqylReaIidIQ

Le bilan 2019 des actions du MinArm en matière d’innovation vient d’être rendu présenté, ainsi que les 10 axes d’effort en la matière.

Bilan 2019 de l’innovation de défense

En 2019, au-delà de la montée en puissance de l’Agence de l’innovation de défense (AID), chef d’orchestre de l’innovation de défense, elle se traduit par : 

  • la publication de la première annuité du Document d’orientation de l’innovation de défense (DOID) ; 
  • la création de 6 clusters d’innovation technique régionaux à l’initiative de la DGA, associant les armées et les entreprises ; 
  • plus de 100 nouveaux projets de technologies de défense lancés avec la DGA, couvrant tous les domaines capacitaires, pour une intégration à terme dans les systèmes d’armes ; 
  • 525 projets d’innovations, d’origine interne ou externe au ministère, proposés à l’AID, dont 142 labellisés ; 
  • 218 projets de recherche lancés dont 128 thèses de doctorat ; 
  • plus de 5 000 visiteurs accueillis, plus de 350 événements organisés et 32 projets labellisés par l’Innovation Défense Lab ; 
  • la création d’un réseau national d’innovation de défense avec les armées, directions, services et écoles du ministère pour faciliter les synergies, partager les bonnes pratiques et diffuser une culture d’innovation ; 
  • le développement de la coopération internationale, en particulier au niveau européen et en bilatéral avec nos alliés (Singapour, Australie…). 

10 points clés de l’innovation de défense

https://www.defense.gouv.fr/content/download/592186/10032136/file/20200907_Les%2010%20points%20cl%C3%A9s%20de%20l’innovation%20de%20d%C3%A9fense.pdf

Enfin, le MinArm vient de publier Les chiffres clés de la défense – Edition 2020 dont quelques planches présentant la place et l’organisation budgétaire de la défense dans l’État sont présentées ci-dessous.

https://www.defense.gouv.fr/content/download/592943/10040200/file/Chiffres%20cl%C3%A9s%20de%20la%20D%C3%A9fense%20-%202020%20-%20FR.pdf

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Sep 18

Science et Technologie… down under

Pour prolonger le dernier article sur l’Australie, signalons qu’un plan stratégique a été élaboré en collaboration entre l’Académie Australienne des Sciences et l’Académie Australienne de Technologie et d’Ingénierie, pour planifier le développement des sciences du numérique (information et communication, ingénierie et technologie), ainsi que leurs implications dans l’éducation et la formation, l’industrie, les politiques publiques et l’innovation. Ce plan a mis la priorité sur le renforcement des liens industrie-innovation-recherche au travers d’actions devant permettre aux acteurs concernés d’identifier, de créer ou d’accéder aux opportunités présentées par les technologies numériques.
Les avancées numériques sont en évolution constante et rapide, et si l’Australie n’est pas à la pointe dans toutes les technologies, il est essentiel que le pays soit capable de tracer sa propre voie afin de bénéficier des retombées économiques du tournant numérique, mais aussi de ses retombées sociales et culturelles.
En raison de la rapidité des transformations numériques, ce plan stratégique se limite à des recommandations sur une échelle de 5 ans. Ces recommandations se regroupent en 5 grandes thématiques :

  1. Encourager l’appropriation du numérique par les industries
    Une meilleure connaissance des capacités de recherche disponibles, et des transformations pouvant être menées par les industries devrait permettre de faire évoluer le secteur. Ce rapport recommande ainsi que les industries identifient les opportunités de transformation numérique et initient des stratégies de collaboration avec les organismes de recherche pertinents. L’établissement d’un mécanisme collaboratif pour établir un agenda entre les industries de pointe et le secteur de la recherche est également recommandé.
  2. Favoriser les partenariats recherche-industrie
    Les liens entre industries de pointe, gouvernements australiens et organismes de recherche devront être renforcés par différents mécanismes (mise en place d’un annuaire des compétences australiennes, événements de communication, tables rondes techniques, activités de médiation industrie-académie) pour aider à aligner les forces de recherche aux besoins de l’industrie, pour favoriser les partenariats recherche-industrie, et pour promouvoir les compétences de l’Australie sur la scène mondiale et attirer de nouvelles opportunités dans le secteur.
    Le système australien de formation et de recherche est internationalement reconnu et les acteurs australiens (gouvernements, organismes de recherche) se doivent de promouvoir et de maintenir ce niveau de qualification et d’équipement.
    Enfin, le rapport recommande aux organismes de recherche de créer des points de convergence pour les entreprises participant au développement et à la commercialisation des technologies numériques (mise en place de lieu d’activité partenariale par exemple), et d’encourager les chercheurs à établir un réseau de travail en industrie lors de périodes sabbatiques.
  3. Protéger et renforcer les compétences et les voies professionnelles vers le numérique
    Le monde académique doit être repensé pour permettre plus de mobilité professionnelle, et pour valoriser les expériences et collaborations avec l’industrie, via les recrutements, les promotions, et les financements, mais aussi via des contrats permettant aux chercheurs un emploi simultané avec l’industrie.
    Les avancées numériques progressant à un rythme accéléré, les carrières du secteur numérique devront inclure une proportion conséquente de formations professionnelles. Les formations initiales ou professionnelles devront être assurées par des enseignants compétents, et pour lesquels une expérience en industrie serait un plus. Enfin, les gouvernements, écoles, et universités devraient promouvoir les Technologies de l’Information et de la Communication (TIC) pour attirer et recruter un personnel de formation qualifié.
    Le rapport recommande également de favoriser l’équité homme-femme et l’inclusion de la diversité dans le secteur des TIC et de l’ingénierie.
    Enfin, l’éducation des Sciences, Technologies, Ingénierie et Mathématiques (STEM) et du numérique commence dès la primaire, et l’Australie devra maintenir une politique soutenant l’éducation en primaire des STEM et l’intégration des technologies numériques, mais aussi développer de nouveaux modèles pour l’accréditation des compétences professionnelles, plutôt que pour celle des parcours de formation.
  4. Assurer l’action cohérente de l’ensemble du gouvernement
    Les gouvernements australiens ont une position unique pour soutenir le développement du secteur numérique (recherche, infrastructures, …) et pour l’intégrer dans les agences fédérales. Un bilan complet du secteur de la recherche numérique, de ses liens avec l’industrie, et de ses opportunités devrait être mené afin d’harmoniser les initiatives étatiques, territoriales et fédérales. Les éléments de l’Agenda National pour la Science et l’Innovation relatifs au numérique devraient être optimisés et développés dans les cas pertinents.
    Une attitude proactive pour participer à la transformation numérique permettra au pays d’avoir une position de force par rapport aux changements à venir. Des démarches de consultation pour prendre en compte toutes les perspectives, ainsi qu’une politique cohérente seront nécessaires. Le rapport recommande également le soutien de l’Agence pour la Transformation Digitale (Digital Transformation Agency) et d’autres initiatives similaires.
  5. Réaliser des réformes du secteur de la recherche
    Une gestion des droits de propriété intellectuelle plus légère ou standardisée, ainsi que la promotion d’une recherche en libre accès devraient contribuer à une adoption accélérée des technologies et au renforcement des partenariats avec l’industrie. L’élaboration d’un guide pour aider les industries à mieux comprendre les droits de propriété intellectuelle des universités australiennes est également recommandée.
    Enfin la recherche inter- et transdisciplinaire est un enjeu important du secteur numérique et devrait être valorisée et soutenue financièrement. Les collaborations avec l’industrie et les retombées économiques et sociales des projets devraient être pris en compte dans leur évaluation.
    Le rapport fait ensuite une étude des forces de recherche australiennes dans le domaine du numérique pour mettre en avant 7 domaines dans lesquels le pays a de fortes compétences :
    • systèmes et ordinateurs quantiques ;
    • traitement et analyse de données et visualisation ;
    • senseurs et objets connectés ;
    • modélisation, simulation et optimisation ;
    • communication sans fil et mobile ;
    • robotique et systèmes autonomes embarqués ;
    • Intelligence artificielle et apprentissage machine.
    Le pays doit cependant faire face à un certain nombre de difficultés dont le manque d’attractivité de la filière TIC, le manque de diversité de sa main d’œuvre, ou des formations uni-disciplinaires difficiles à adapter à la grande variété des secteurs économiques en transition vers le numérique…
    Le Data61, centre national de recherche en innovation numérique de l’Australie, s’est en particulier penché sur le développement de l’Intelligence Artificielle (IA) et de ses applications dans de nombreux domaines (santé, sécurité, environnement, énergie, infrastructures, transport, éducation, bien-être, etc.).
    Le rapport du Data61 sur le domaine particulier de l’IA inclue des recommandations pour renforcer la main d’œuvre technique du secteur, accompagner les travailleurs sur un marché du travail en transition, assurer une gestion éthique des données nécessaires au développement de l’AI, assurer l’acceptation de ses technologies par la société, et pour renforcer les infrastructures nécessaires au développement du secteur.
    Trois domaines de spécialisation australienne ont été identifiés : la santé, l’aide aux personnes âgées et handicapées (prévention et traitement assistés par IA, soutien en cas de handicap) ; les zones urbaines et les infrastructures (conception et design urbains assistés par IA, senseurs, robotisation) ; et les ressources naturelles et l’environnement (robots agricoles et miniers, agriculture de précision, suivi de l’environnement…). Ces domaines spécifiques ne doivent pas limiter, et le cas échéant doivent soutenir le développement d’une recherche fondamentale en IA dans tous les segments de l’écosystème d’innovation du pays.

Lire la feuille de route sur l’IA du Data61 : 

https://data61.csiro.au/en/Our-Research/Our-Work/AI-Roadmap

https://www.science.org.au/support/analysis/decadal-plans/ics/preparing-australias-digital-future

https://www.diplomatie.gouv.fr/fr/politique-etrangere-de-la-france/diplomatie-scientifique-et-universitaire/veille-scientifique-et-technologique/australie/article/le-futur-numerique-de-l-australie

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Sep 04

L’innovation down under

Le département australien de l’industrie, de la science, de l’énergie et des ressources a commandité une étude au bureau Innovation et Science en Australie (ISA – Innovation and Science Australia) afin d’identifier des voies pour encourager les entreprises à « investir dans l’innovation ». L’ISA a effectué une analyse quantitative et qualitative afin de mieux comprendre les leviers qui régissent ces investissements.

L’importance des investissements en recherche et développement (R&D) pour soutenir l’ensemble de l’écosystème d’innovation a été soulignée une nouvelle fois par le bureau de l’ISA. Cependant cette étude a mis en lumière également l’importance des investissements dans des activités d’innovation qui ne découlent pas de la science ni de la R&D. On observe à l’heure actuelle une transition à l’internationale de l’investissement des entreprises depuis des actifs tangibles (usines, équipements, etc.) vers des actifs immatériels (R&D, mais aussi technologies digitales, nouveaux modèles d’entreprises, marketing, nouvelles compétences du personnel, nouveaux services, etc.). Cette transition a des conséquences importantes puisque ces ressources immatérielles permettent un développement rapide et une portée internationale de l’activité de l’entreprise.

Les chiffres montrent que les entreprises qui investissent dans l’innovation (R&D ou non) ont, en moyenne, une meilleure productivité et une meilleure croissance. Ce rapport indique ainsi que les mesures d’incitation à l’investissement privé en R&D devraient être complémentées par d’autres favorisant l’investissement dans l’innovation non-R&D.

Quatre recommandations stratégiques sont mises en avant dans ce rapport :

  1. Le rééquilibrage de la politique de soutien aux investissements privés, afin de maintenir le soutien aux investissements en R&D, et de le complémenter d’un soutien supplémentaire pour favoriser les investissements non-R&D.
  2. La priorisation des secteurs-clés de la croissance par le gouvernement et les entreprises. Les secteurs en particulier de la fabrication de pointe et de l’alimentation et l’agrobusiness devraient pouvoir gagner en compétitivité et en ampleur sur la scène mondiale.
  3. La promotion d’un esprit de « croissance par l’innovation ». Le gouvernement et les milieux d’affaires devraient mettre en œuvre cet esprit dans leurs démarches opérationnelles pour l’investissement et la prise de décisions.
  4. La promotion des compétences et capacités en innovation. Le gouvernement devrait faciliter l’accès et l’attractivité des talents en innovation afin d’enrichir l’écosystème australien et d’y créer de nouvelles opportunités.

https://www.industry.gov.au/sites/default/files/2020-02/stimulating-business-investment-in-innovation.pdf

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Juil 10

La consommation de métaux du numérique : un secteur loin d’être dématérialisé

Loin de l’image de secteur immatériel qui lui est trop souvent associée, le numérique alimente sa croissance exponentielle grâce à une quantité également croissante de métaux. Les réseaux sont ainsi de grands consommateurs de cuivre, alors que l’ensemble de nos équipements nécessite pour leurs fonctions technologiques une quantité de petits métaux (tantale, gallium, germanium) et métaux précieux (or, platine). Bien que consommés en très faibles quantités, ces métaux sont vite devenus indispensables, par leurs caractéristiques exceptionnelles, pour amplifier les performances de nos équipements. Cette consommation s’inscrit dans un contexte de forte hausse de la demande mondiale de métaux, aussi bien en volume qu’en diversité des métaux consommés. Telle est la problématique adressée par une récente note de France Stratégie.

S’il n’y a pas à moyen terme de risque d’un épuisement des ressources métalliques, cette forte croissance de la demande peut engendrer des tensions d’approvisionnement, liées notamment à l’interdépendance économique entre métaux, qui contraint structurellement la disponibilité de certains petits métaux, ou à la compétition entre les usages. 

L’extraction et le raffinage de ces métaux nécessitent de l’énergie, le plus souvent carbonée, et de grandes quantités d’eau, et contribuent à l’augmentation des émissions de gaz à effet de serre, ainsi qu’à l’amplification du stress hydrique dans les pays producteurs. 

À l’autre bout de la chaîne, la croissance de la consommation de matière se retrouve dans la croissance des déchets : depuis le début des années 2000, du fait de la croissance de la consommation et de l’accélération du rythme de remplacement des équipements, la quantité de déchets d’équipements électriques et électroniques (DEEE) générée annuellement à l’échelle mondiale ne cesse de progresser. Elle devrait ainsi atteindre 52 millions de tonnes en 2021 (contre 45 millions de tonnes en 2016), dont un quart de déchets du numérique. La plupart de ces déchets sont mis en décharge, brûlés ou ont fait l’objet d’un commerce illégal et d’un traitement non conforme aux normes. Cette absence de gestion de la fin de vie est d’autant plus inquiétante que les DEEE sont des déchets dangereux et polluants. 

La réponse traditionnelle aux problèmes liés à la consommation croissante en métaux nécessaires pour alimenter notre modèle de consommation numérique et aux déchets qu’elle produit a été et reste encore très largement limitée aux politiques de recyclage. Néanmoins, si les grands métaux (cuivre, fer, etc.) et les métaux précieux (or, platine) sont relativement bien recyclés, la majorité l’est très peu. En particulier, la quasi-totalité des petits métaux utilisés pour les fonctions high-tech dans le secteur numérique n’est quasiment pas recyclée. 

Plusieurs raisons techniques ou économiques limitent le développement du recyclage de ces métaux : 

  • – ces petits métaux, présents dans des quantités très faibles, sont le plus souvent utilisés sous la forme d’alliages complexes. Or, si ces alliages permettent d’amplifier les performances notamment énergétiques et rendent possible la miniaturisation des équipements, ils complexifient énormément le recyclage ; 
  • – l’industrialisation des processus de recyclage dans le numérique est par ailleurs complexifiée par la multiplicité des équipements ; 
  • – les métaux subissent une « dégradation de l’usage » : le métal recyclé peut perdre une partie de ses performances technologiques. 

Par ailleurs, du fait de la croissance de notre consommation et du décalage temporel et spatial entre production et recyclage, le recyclage de nos équipements ne permettra jamais de couvrir l’ensemble de nos besoins. 

Face aux enjeux environnementaux, le recyclage des métaux contenus dans les équipements numériques ne peut donc pas constituer l’unique réponse et doit s’accompagner de politiques visant à réduire notre consommation de matière primaire. 

https://www.strategie.gouv.fr/sites/strategie.gouv.fr/files/atoms/files/fs-2020-dt-consommation-metaux-du-numerique-juin.pdf

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Juil 03

Sept questions pour préparer un « après » soutenable

La crise sanitaire que nous traversons, dont on peut à ce jour seulement entr’apercevoir les conséquences sociales, économiques, politiques et géopolitiques, nous oblige à « interroger notre modèle de développement ». Elle a mis en lumière les fragilités, les vulnérabilités et les « failles » de ce modèle. 

Ces questions sont celles qui sont interrogées par France Stratégie. Au-delà de la gestion immédiate de la crise, qui concentre légitimement l’attention à ce jour, l’enjeu est en effet de penser un nouveau modèle soutenable, économiquement, socialement, écologiquement mais aussi démocratiquement, notamment à partir des différentes vulnérabilités que l’épidémie a révélées. C’est le référentiel de nos politiques publiques qui doit être ainsi refondé pour lui permettre de prendre en compte l’ensemble de ces dimensions. 

Cela suppose de définir un horizon pour l’après : préparer un redémarrage qui tienne compte des erreurs du passé pour ne pas les reproduire, réévaluer nos priorités et nos besoins, avec le souci du long terme, dans le respect de nos engagements environnementaux, de nos libertés publiques, et de nos droits sociaux. Dès lors qu’il ne s’agit pas de relancer le système à l’identique, un devoir d’imagination s’impose. 

France Stratégie a structuré cet effort d’imagination selon 7 questions « pour préparer demain ». Cet article complète celui de la semaine dernière dédié à l’approche de The Shift Project.

Quelles attentes à l’égard de la puissance publique face aux risques ? 

La crise a transformé, au moins temporairement, les priorités de l’action publique, les hiérarchies entre les missions, et les fondements des arbitrages entre les logiques de coût, d’effectivité ou d’efficience, et de protection contre les risques ; elle a également instauré un « état d’urgence sanitaire », restreignant la liberté de circulation des citoyens. Qu’en restera-t-il après l’épidémie ? Ce sont notamment les missions d’anticipation, de prévention des risques et de régulation des acteurs qui sont questionnées. De quoi l’État peut-il (vraiment) nous protéger ? Quelle portée donner au « principe de précaution » ? Quel coût sommes-nous collectivement prêts à payer pour nous protéger de risques extrêmes (terrorisme, épidémie, crise financière, panne électrique ou informatique de grande ampleur, attaque chimique, guerre, etc.) ? Comment accroître l’adaptabilité et la résilience des services publics ? Que la puissance publique doit-elle nous garantir et comment peut-elle s’organiser pour le faire ? Que peut-elle exiger de nous ? Enfin, quelles missions faut-il qu’elle prenne en charge elle-même, au nom de la souveraineté, et que peut-elle déléguer sans dommages aux acteurs privés et au marché ? 

Quel modèle social pour « faire avec » nos vulnérabilités ? 

Si le virus nous rend toutes et tous vulnérables, les individus ne sont pas tous touchés de la même manière par la pandémie (du fait de leur âge, de leur état de santé, de leur exposition à d’autres facteurs de risques environnementaux, de leurs conditions de vie ou de travail) et par le confinement, qui exacerbe les inégalités de revenu, d’éducation et de logement. Beaucoup de ceux (et surtout de celles) qui sont au travail ces temps-ci, aux postes essentiels, sont aussi les plus vulnérables. De ce point de vue, la vulnérabilité est à la fois universelle et inégalitaire, et les enjeux de métiers et de statuts sont brutalement mis en relief (personnels soignants, employés du commerce, ouvriers et techniciens des services publics mobilisés, indépendants fragilisés, précaires exposés, cadres et employés pouvant télétravailler…). L’écart apparu au grand jour entre les métiers essentiels à la continuité de la vie sociale et leur position pour la majorité en bas de l’échelle des salaires pourrait inviter à repenser nos priorités et la valeur qu’on accorde à ceux qui y répondent. Sont ainsi posées la question de notre modèle social, et in fine celle de notre modèle de société. 

Quelles interactions humains-nature, mondialisation et pandémies ? 

Parmi les 2 000 maladies infectieuses et parasitaires affectant l’espèce humaine, 60 % ont une origine animale. L’émergence de ces maladies peut elle-même être liée à la pression qu’exercent les humains sur les écosystèmes, notamment lorsque des forêts sont détruites pour l’agriculture, que des animaux sauvages sont braconnés ou mis en contact avec des animaux d’élevage, regroupés en grand nombre. Les évolutions des modes de vie, dont les modes alimentaires, et des modes de production agricole, y compris sous l’effet du changement climatique, bouleversent les équilibres naturels et augmentent les risques de transmission de pathogènes. Dans un monde où l’on voyage de plus en plus, et souvent très loin, ces transmissions peuvent créer des pandémies mondiales. C’est ce qui s’est passé pour le Covid-19. 

Les approches systémiques de la santé (One Health, santé environnementale) permettent d’appréhender ces interactions, d’imaginer comment mieux se prémunir des risques et de repenser nos relations avec la « nature », qui ne peut plus être vue uniquement comme une ressource. 

Quelles relations entre savoirs, pouvoirs et opinions ? 

L’épidémie, pour être maîtrisée, nécessite une réponse rapide des pouvoirs publics. Les scientifiques ont été extraordinairement réactifs dans le séquençage du virus, et dans l’élaboration de tests. Mais la prise de conscience par les scientifiques puis par les décideurs publics de l’ampleur du danger épidémique a mis un certain temps, ce qui a soulevé l’incompréhension d’une partie de l’opinion publique. Les débats autour de la chloroquine ont accru le trouble. L’articulation entre travaux de recherche, comités scientifiques et décideurs publics, centrale dans cette crise, ne pouvait qu’être difficile ; elle conduit à des interrogations renouvelées sur les liens entre décisions politiques, opinions publiques et savoirs scientifiques, à long comme à court terme. Devront également être posées les questions de la place des sciences sociales et comportementales dans le processus décisionnel. Plus généralement, l’ensemble de ces questionnements mérite d’être transposé à d’autres grands défis économiques, sociaux et environnementaux, comme le changement climatique ou l’érosion de la biodiversité. 

Numérique : nouveaux usages, nouvelles interrogations 

Pratiquement du jour au lendemain, des millions de salariés ou d’indépendants sont passés au télétravail, des millions de personnes se sont mises à l’enseignement à distance ou à la téléconsultation : jamais une telle évolution ne se serait produite si vite et avec une telle ampleur sans le confinement. Et du jour au lendemain aussi, mille formes de sociabilité en ligne se sont développées. Le tout, non sans inégalités : de compétences numériques, d’équipement et d’accès aux réseaux. Qu’en restera-t-il ? 

Ces changements majeurs de la vie en société n’ont pu se produire que parce que l’infrastructure a globalement tenu. Mais cette situation impose aussi de réexaminer sa robustesse, sa capacité de porter des volumes d’activité considérablement accrus, et de résister à des risques techniques et à des agressions délibérées. Il s’agit bien de créer les conditions d’une réelle souveraineté numérique et de réévaluer notre dépendance aux grandes plateformes globalisées. 

Demain, au sortir du confinement, se posera avec acuité une nouvelle question : celle de l’adoption éventuelle de techniques de suivi des personnes contaminées ou fragiles grâce à des applications sur leurs téléphones portables. L’enjeu en termes de libertés publiques est considérable. 

Quelles interdépendances et quelles formes d’autonomie à différentes échelles ? 

La pandémie actuelle joue un rôle de révélateur de la fragilité de nos systèmes économiques, de plus en plus complexes et interdépendants. Les problèmes d’approvision- nement apparus avec cette crise nous forcent à nous interroger sur notre dépendance stratégique à l’égard du reste du monde (au-delà des produits pharmaceutiques et des dispositifs médicaux) et mettent en exergue les fragilités du modèle mondialisé actuel. Sans occulter les élans de solidarité, il est possible qu’on assiste dans les prochaines années à une « démondialisation », dont une composante majeure, les échanges de marchandises, a déjà quasiment été engagée. Ce processus pourra nous conduire à re-questionner les notions de frontières et de souveraineté. 

Quelle voie pour une économie soutenable ? 

Face à la crise sanitaire, et en particulier à l’arrêt de l’économie imposé par le confine- ment, les gouvernements ont privilégié des mesures massives et non ciblées de sou- tien aux entreprises, en particulier en termes de trésorerie et d’activité partielle. Lorsque le confinement sera levé, et que l’activité économique pourra reprendre, un plan de sortie de crise sera nécessaire. Ce plan ne pourra se contenter d’être un simple plan de relance : il devra intégrer les préoccupations environnementales, et plus généralement de soute- nabilité. Ce sera notamment l’occasion de questionner la cohérence de nos politiques d’investissement et d’innovation. Concrètement, il s’agira par exemple d’éviter de subventionner à cette occasion l’achat de véhicules thermiques ou de conditionner le soutien aux activités carbonées au paiement d’un juste prix de leurs émissions de carbone. 

Cette obligation de cohérence est d’autant plus forte que les niveaux de dépenses publiques franchiront de fait un nouveau palier. Il nous faudra en outre nous poser la question des modalités de financement des mesures de soutien et de transformation de l’économie, du rôle de la politique monétaire dans une perspective de justice et de soutenabilité et de l’articulation entre les différents échelons géographiques infranationaux, nationaux, européens et intergouvernementaux. 

https://www.strategie.gouv.fr/sites/strategie.gouv.fr/files/atoms/files/fs-livret-seminaire-soutenabilite-covid-19-mai-2020.pdf
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