Fév 12

Développement de l’hydrogène décarboné 

Le Gouvernement a fait le choix d’accélérer massivement ses investissements en faveur du développement de l’hydrogène décarboné. Au total, 7 Md€ seront investis d’ici 2030 selon la Stratégie nationale pour le développement de l’hydrogène décarboné publiée par le gouvernement le 8 septembre 2020, dont 2 Md€ d’ici 2022 dans le cadre de France Relance.

Cette stratégie vise trois priorités qui conjuguent développement technologique et transition écologique :

  • la décarbonation de l’industrie pour contribuer à l’atteinte de la neutralité carbone en 2050 en faisant émerger une filière française de l’hydrogène;
  • le développement des mobilités lourdes à l’hydrogène ;
  • le soutien à la recherche, l’innovation et le développement des compétences.

L’objectif de cette stratégie est d’accélérer la maîtrise technologique des composants essentiels de la chaîne de valeur et un passage rapide à l’échelle industrielle pour permettre une baisse significative des coûts de production.

Depuis l’annonce de la Stratégie nationale pour le développement de l’hydrogène décarboné, en septembre dernier, des actions ont déjà été engagées :

  • le lancement, le 14 octobre 2020, des deux Appels à Projets « Briques technologiques et démonstrateurs » et « Ecosystèmes territoriaux », dotés respectivement de 350 et 275 millions d’euros mobilisant le Programme Investissements d’Avenir ;
  • l’installation d’un Programme Prioritaire de Recherche (PPR) « applications de l’hydrogène » mobilisant également les moyens du Programme des Investissements d’Avenir pour soutenir la recherche en amont et préparer la future génération des technologies de l’hydrogène ; ce programme sera piloté scientifiquement par le C.E.A. et le C.N.R.S. ;
  • au niveau européen, la signature conjointe par 23 Etats-membres, le 17 décembre 2020, d’un manifeste pour le développement d’une chaîne de valeur de l’hydrogène. Il s’agit du point de départ d’un nouveau Projet important d’intérêt européen commun (PIIEC) qui sera mis en œuvre sur l’année 2021.

Pour assurer une mise en œuvre efficace de la Stratégie nationale pour le développement de l’hydrogène décarboné, Barbara Pompili, Bruno Le Maire, Frédérique Vidal et Agnès Pannier-Runacher ont décidé la création du Conseil national de l’hydrogène.

Cette instance, dont la composition a été proposée aux Ministres par Alexandre Saubot, vice-président du Conseil national de l’industrie, aura pour rôle de structurer les échanges entre l’Etat et les parties prenantes de la mise en œuvre de la stratégie, en particulier les filières industrielles, et de mesurer le bon déroulement des actions prévues pour identifier, le cas échéant, les éventuels freins. Elle contribuera ainsi au développement d’une filière française compétitive de l’hydrogène décarboné, favorisera l’émergence de projets collectifs visant à la structuration d’une chaîne de valeur complète sur notre territoire ou dans le cadre de coopérations européennes.

La composition de ce conseil, qui se réunira dans le cadre du Conseil national de l’industrie et associera également Régions de France, est la suivante :

  • Philippe Boucly, président de France Hydrogène ;
  • Laurent Carme, directeur général de McPhy ;
  • Frédéric Chalmin, directeur général de KemOne, représentant le Comité Stratégique de Filière Chimie & Matériaux ;
  • Philippe Darmayan, président d’ArcelorMittal France, représentant le Comité Stratégique de Filière Mines et Métallurgie ;
  • Jean-Brice Dumont, directeur exécutif de l’ingénierie et membre du comité exécutif d’Airbus, représentant le Comité Stratégique de Filière Aéronautique ;
  • Gabrielle Gauthey, directrice générale du Carbon Neutrality Business de Total ;
  • Hervé Guillou, président du Comité Stratégique de Filière Industriels de la Mer ;
  • François Jacq, administrateur Général du CEA ;
  • Patrick Koller, directeur Général de Faurecia, représentant le Comité Stratégique de Filière Automobile ;
  • Jean-Bernard Lévy, président-directeur général d’EDF ;
  • Catherine MacGregor, directrice générale d’Engie ;
  • Benoît Potier, président-directeur général d’Air Liquide et co-président du Conseil mondial de l’hydrogène ;
  • Henri Poupart-Lafarge, président-directeur général d’Alstom et représentant le Comité Stratégique de Filière Ferroviaire ;
  • Alexandre Saubot, président de France Industrie ;
  • Guy Sidos, président-directeur général de Vicat et représentant le Comité Stratégique de Filière Construction ;
  • Pierre Verzat, président de Syntec ingénierie.

La coordination des industriels membres du Conseil national de l’hydrogène sera assurée via une co-présidence entre Patrick Koller et Benoit Potier. Le secrétariat du conseil sera assuré par le coordinateur interministériel qui sera prochainement nommé, en lien avec les délégués permanents du comité stratégique de filière Nouveaux systèmes énergétiques et de France Hydrogène.

La première réunion du Conseil national de l’hydrogène se tiendra dans le courant du mois de janvier. Elle permettra notamment de faire un premier bilan de la mise en œuvre de la Stratégie nationale pour le développement de l’hydrogène décarboné et de faire un point d’étape sur la construction et le calendrier du PIIEC.

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Fév 05

Rôle de l’hydrogène dans une économie décarbonée

L’Académie des technologies vient de publier un rapport visant à présenter les rôles possibles de l’hydrogène dans la transition écologique, de proposer l’amplification des efforts de recherche et développement (R&D) sur certains axes et de recommander des axes de développement industriel. Il comporte un benchmark international. 

L’hydrogène est dans l’univers un atome aussi simple qu’abondant. Ses propriétés chimiques et énergétiques sont multiples, ce qui lui confère parfois le surnom de « couteau suisse ». L’hydrogène est largement utilisé dans l’industrie (hydrogène « matière première », ci-après dans ce rapport “hydrogène matière”) notamment dans les raffineries pour produire des carburants légers ou désulfurés, dans la chimie pour produire de l’ammoniac et des engrais, potentiellement dans la sidérurgie pour produire les aciers en réduisant le minerai de fer, etc. La France produit et utilise 922 000 tonnes d’hydrogène par an et dispose de plusieurs réseaux privés de transport d’hydrogène, de plus de 300 km de longueur. La production mondiale, en croissance, avoisine les 70 millions de tonnes. 

Les objectifs de réduction drastique des émissions de CO2, voire de neutralité carbone en 2050, provoquent dans de nombreux pays, dont la France, un regain d’intérêt pour les applications énergétiques de l’hydrogène dont la combustion est non émettrice de CO2 ou de particules fines. De nouveaux usages de l’hydrogène « énergie » sont envisagés tels que l’injection jusqu’à 20 % dans les réseaux de gaz naturel, la transformation en méthane ou en carburants liquides (e-fuels et notamment carburants de synthèse pour le transport aérien), électricité par conversion directe dans des piles à combustible (PAC) stationnaires (alimentation d’écoquartiers ou de bâtiments) ou embarquées dans des véhicules. L’hydrogène est parfois évoqué comme un vecteur de stockage d’énergies solaires et éoliennes intermittentes, après production par électrolyse puis reconversion en électricité dans des PAC (Power-to-Gas-to-Power).

À partir de ces observations développées et complétées dans le rapport, les principales recommandations de l’Académie des technologies sont les suivantes. Sauf exception dûment notées, elles s’adressent aux pouvoirs publics. 

RECOMMANDATION 1 : Privilégier et promouvoir les applications de l’hydrogène en considérant le coût de la tonne de carbone évitée pour la transition énergétique. 

1.1: La production décentralisée de l’hydrogène par électrolyse pour les usages industriels diffus, plutôt que par reformage du gaz naturel, présente un bilan carbone positif sans surcoût pour le consommateur. Il convient d’en faire une priorité. 

1.2 : L’Académie recommande que la distribution de l’hydrogène pour les mobilités fasse l’objet d’une politique nationale à l’instar de l’Allemagne. La priorité va au transport lourd (camions, bus et cars, ferroviaire, transport fluvial et maritime) et aux flottes locales urbaines et périurbaines. Il convient de mettre en place une structure de coordination nationale des acteurs publics et privés de tous les secteurs industriels de l’hydrogène. L’équipement des grandes capitales régionales au voisinage, notamment des centres de logistique doit être privilégié. Le réseau se développera ultérieurement le long des principaux corridors et au fur et à mesure du développement d’un parc de véhicules à hydrogène. Une attention particulière doit être portée aux enjeux de sécurité. 

1.3 : La France possède un réseau de gaz naturel étendu. L’Académie recommande que, dans une phase de développement de l’économie de l’hydrogène, l’injection d’hydrogène décarboné dans les réseaux de gaz soit encouragée, malgré le coût élevé de la tonne de CO2 évité, pour soutenir la demande et bénéficier ainsi d’économies d’échelle dans la production. 

1.4 : L’Académie recommande de développer des démonstrateurs industriels de systèmes de stockage et de distribution 100% hydrogène notamment pour l’approvisionnement énergétique des zones non interconnectées (ZNI) ou pour l’exportation. Cependant le stockage massif d’hydrogène pour produire de l’électricité dans la logique Power-to-Gas-to- Power n’a pas de modèle économique convaincant d’ici 2050. 

RECOMMANDATION 2 : Se doter d’un cadre politique favorable 

2-1 : La France à l’instar des grands pays avec lesquels elle est en compétition doit avoir une vision et une politique industrielle hydrogène ambitieuse, partagée et lisible. Les initiatives des territoires et en particulier des régions portent souvent sur des opérations de démonstration. L’Académie recommande d’encourager ces initiatives avec l’objectif de contribuer au développement industriel de la filière française : la politique hydrogène ne peut résulter de la seule agrégation d’initiatives régionales et doit être pilotée et encadrée par le gouvernement au niveau national. Les pouvoirs publics pourraient en toute transparence et indépendamment des organismes de promotion de l’hydrogène, évaluer la cohérence de l’ensemble de la politique et les résultats obtenus. 

2-2 : l’Académie recommande que les pouvoirs publics en liaison avec les milieux industriels, les universités et laboratoires de recherche, produisent des analyses Système et des scénarios d’ensemble, couplant notamment le secteur électrique et le secteur gazier en incluant l’hydrogène et les émissions de CO2 et permettant d’apprécier les opportunités, les coûts et les horizons de temps des diverses options. 

2-3: Il convient de poursuivre les efforts prénormatifs, normatifs et réglementaires, notamment pour la sécurité des applications grand public ou semi-grand public au niveau européen. En poursuivant les pratiques actuelles, le travail réglementaire doit associer l’administration et toutes les parties prenantes (pompiers, centres techniques, équipementiers, exploitants, usagers…). 

2-4 : L’Union européenne doit mettre en place une segmentation des différents types d’hydrogène exclusivement fondée sur les émissions de CO2 lors de sa production. La qualification d’hydrogène vert doit être réservée à l’hydrogène décarboné (électrolyse avec de l’électricité décarbonée ou reformage avec capture et stockage ou utilisation du CO2). 

RECOMMANDATION 3 : Promouvoir une industrie française et européenne de la chaîne de l’hydrogène. 

Au-delà de l’électrolyseur, les principaux éléments sont le stockage, le transport, la distribution et la consommation. Ces éléments sont en interaction pour former un système, dont le fonctionnement est dicté par la volatilité de certaines sources d’électricité renouvelables (variables et non pilotable) et la variabilité de la consommation. 

3.1 : Il y a principalement deux modes de production d’hydrogène décarboné : 1) le reformage d’hydrocarbures et la réduction de l’eau accompagné de capture et stockage ou utilisation du CO2 (CCUS), 2) l’électrolyse de l’eau par de l’électricité décarbonée. La voie reformage/CCUS est à développer quand les conditions économiques sont réunies d’autant que la France dispose d’acteurs d’envergure internationale. 

Il appartient aux pouvoirs publics de promouvoir une filière industrielle française et européenne Électrolyseur/Pile à combustible pour abaisser les coûts et satisfaire les fonctionnalités requises (charge variable de l’électrolyseur…). 

3.2 : Il convient de mettre en place une politique de soutien des entreprises pour toutes les composantes de la filière hydrogène, notamment les maillons à valeur ajoutée en privilégiant les équipementiers français par l’amplification de prises de participation, de soutiens en fonds propres, d’aides remboursables, d’aides à la trésorerie, et en favorisant les coopérations entre acteurs à gouvernance française ou au moins européenne. 

3.3 : Les opérations de démonstration, pré-déploiement et déploiement organisés par les territoires créent une demande. Il faut les valoriser en veillant à ce qu’elles n’aient pas comme principale conséquence l’importation d’équipements produits en Asie ou en Amérique du Nord. 

3.4 : La prospection de l’hydrogène géologique natif doit être soutenue. 

RECOMMANDATION 4 : Préparer l’avenir par un effort français et européen accru de R&D 

4.1 : La recherche et développement doit être amplifiée pour aider au lancement de la filière et à l’émergence de groupes français à ambition mondiale. Toute la chaîne doit être soutenue en parallèle : la production d’hydrogène – de nombreux procédés alternatifs sont possibles – le transport, le stockage et l’utilisation en particulier pour les mobilités. Les leviers potentiels de changement à TRL (Technology Readiness Level) intermédiaires (3 à 6) ou bas sont à aider en priorité sur fonds publics pour réaliser des prototypes et pouvoir ensuite passer aux pilotes et à l’industrialisation. 

http://academie-technologies-prod.s3.amazonaws.com/2020/07/31/13/33/14/dbf60a3e-0e40-4afd-a38e-c82f03a138b7/Rapport%20H2%20Final.pdf

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Jan 29

Le PIA 4 mobilisera 11 Md€ d’ici à 2022 pour soutenir l’innovation

Le quatrième programme d’investissements d’avenir (PIA4) a été lancé début janvier. Le programme est doté de 20 Md€ sur 2021-2025 et mobilisera 11 Md€ dans le cadre du plan « France relance » d’ici 2022 pour soutenir l’innovation et en particulier l’investissement dans les technologies d’avenir, avec deux logiques d’intervention visant à accélérer l’innovation dans tous les secteurs pour : 

  • financer des investissements exceptionnels sur quelques filières industrielles ou technologies d’avenir 
  • garantir un financement structurel pérenne et prévisible aux écosystèmes d’enseignement supérieur, de recherche et d’innovation 

Les actions sont réparties selon 4 axes.

Innover pour la transition écologique 

Le PIA4 soutiendra dans la durée l’innovation sous toutes ses formes, pour que notre pays renforce ses positions dans des secteurs d’avenir, au service de la transition écologique : énergies décarbonées, économie circulaire, transports et mobilités durables, agriculture responsable et souveraineté alimentaire, villes de demain, etc. 

Sur les années 2021-2023, le PIA4 prévoit de mobiliser 3,4 Md€ de financements sur des stratégies d’investissement prioritaires pour la transition écologique, par exemple concernant la réduction des émissions de gaz à effet de serre dans tous les secteurs de l’économie, l’énergie décarbonée et en particulier l’hydrogène, le recyclage et réincorporation de matériaux recyclés, les produits biosourcés et biotechnologies industrielles, la résilience des villes aux risques sanitaires et climatiques, l’alimentation durable pour la santé, les équipements agricoles contribuant à la transition écologique, etc. 

Innover pour la résilience de nos modèles économiques 

Le PIA4 soutiendra dans la durée l’innovation sous toutes ses formes, pour que notre pays renforce ses positions dans des secteurs d’avenir stratégiques pour sa souveraineté et sa compétitivité : capacités industrielles, technologies numériques, santé, éducation, culture, etc. 

Sur les années 2021-2023, le PIA4 prévoit de mobiliser 2,6 Md€ de nouveaux financements sur des stratégies d’investissement prioritaires pour l’indépendance économique, par exemple concernant l’intelligence artificielle, le cloud, la cybersécurité, les technologies quantiques, la santé digitale, la bioproduction de thérapies innovantes, la lutte contre les maladies infectieuses et émergentes, le numérique et l’enseignement, les industries culturelles et créatives, les industries spatiales, etc. Les investissements en fonds propres représenteront un engagement de 500 M€ supplémentaires sur cette même période. 

Soutenir les entreprises innovantes 

Pour faire de la France le terreau le plus fertile d’Europe pour les chercheurs et les entrepreneurs, le PIA4 financera des projets de R&D risqués et favorisera les synergies entre le monde de la recherche et des entreprises. 

Il est prévu 1,95 Md€ pour cette mesure. Le PIA capitalise également sur ses atouts spécifiques, notamment la territorialisation et le partenariat avec les collectivités locales pour un nombre croissant de ses interventions, ainsi que ses instruments de financement partenariaux et adaptés (subventions, avances remboursables, fonds propres) qui permettent de faire levier sur les co-financements privés. 

Soutenir les écosystèmes d’enseignement supérieur, de recherche et d’innovation 

Le PIA4 amplifiera le soutien aux universités, aux écoles, aux organismes de recherche et de transfert de technologie, pour renforcer leur rayonnement scientifique à l’international, développer des campus de démonstration des grandes transitions sociétales, accompagner les innovations jusqu’au marché et faire de la France le terreau le plus fertile d’Europe pour les chercheurs et les entrepreneurs. 

Il est prévu 2,55 Md€ sur la période 2021-2022 pour cette mesure. Le PIA capitalise également sur ses atouts spécifiques, notamment la territorialisation et le partenariat avec les collectivités locales pour un nombre croissant de ses interventions, et ses instruments de financement partenariaux, afin de faire levier sur les co- financements privés. 

https://www.gouvernement.fr/4eme-programme-d-investissements-d-avenir-20-milliards-d-euros-pour-l-innovation-dont-plus-de-la

https://www.gouvernement.fr/sites/default/files/contenu/piece-jointe/2020/09/fiches_intro_thematiques_pia_4.pdf

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Jan 21

Hold-up sur la science, … l’intelligence et le bon sens

Je souhaite re-diffuser ici un communiqué conjoint (« tétra-académique ») de l’Académie des sciences, l’Académie nationale de médecine, l’Académie nationale de Pharmacie et l’Académie des technologies.

Depuis plusieurs semaines circule sur les réseaux sociaux un long film intitulé « Hold-up », qui, en se donnant les apparences d’un documentaire, développe une théorie conspirationniste sur la pandémie de Covid-19. Ce film évoque tour à tour une série d’opinions souvent confuses et parfois contradictoires. Elles cherchent ainsi à la fois à minimiser la gravité de la pandémie – rappelons que 45 000 français sont décédés en 10 mois – et à soutenir que les autorités sanitaires veulent imposer la mise en place d’un système de surveillance et de coercition de la population.

Ainsi, à titre d’exemples, récuser l’utilité du confinement, annoncer la fin de l’épidémie au printemps dernier (!), ou encore raconter que la Suède aurait échappé à l’épidémie sans se confiner, sont des informations infondées et contredites par les faits. Plus fort encore, le film explique que le virus a été délibérément fabriqué dans un laboratoire de l’Institut Pasteur. La fabrication artificielle du SARS-CoV-2 n’est pas une théorie nouvelle. Or, rien n’indique, y compris l’étude de la séquence du virus, qu’il n’est pas le fruit de l’évolution d’un coronavirus dans la nature à partir d’un réservoir animal. Le film prétend qu’au Canada, les patients sont enfermés dans des camps d’internement, qu’à dessein l’usage du Rivotril a été promu en France pour tuer les personnes âgées atteintes de la Covid-19 alors que l’on interdit l’utilisation du médicament présenté comme salvateur, l’hydroxychloroquine, dont l’inefficacité est pourtant largement démontrée par une série d’articles scientifiques à la méthodologie irréprochable. Enfin, ce film culmine par l’évocation d’un complot mondial qui cherche à mettre en place une gouvernance par « l’élite » d’une humanité asservie au profit du grand capital multinational. 

Ce bric-à-brac d’inepties pourrait prêter à sourire, d’autant plus que leurs auteurs n’ont pas d’autre légitimité que leur expérience de la diffusion de fausses informations qui alimentent un climat de peur et de défiance à l’égard des autorités en responsabilité. Néanmoins, le fait que ce film ait été téléchargé des centaines de milliers de fois et soit largement commenté sur les réseaux sociaux doit alerter. Il témoigne de l’envahissement de la sphère médiatique par les fausses nouvelles et les théories du complot. Il faut saluer en ce sens le travail minutieux de plusieurs équipes de journalistes (AFPLe MondeLibérationFrance info…), qui démontrent l’inanité de la plupart des propos tenus dans ce film.

Les Académies des Sciences, de Médecine, de Pharmacie et des Technologies mettent en garde avec insistance et gravité nos concitoyens contre la fausseté des informations ainsi propagées. Leur diffusion au sein de notre société, notamment auprès des plus jeunes, est de nature à compromettre le fondement rationnel des actions de santé publique nécessaires pour le contrôle de la pandémie en cours, qu’il s’agisse des mesures de distanciation, de confinement, de traçage des cas contacts ou de la mise en place espérée proche d’une vaccination. 

Au-delà de la santé, les attaques contre la science affectent aujourd’hui de nombreux aspects de la vie de nos sociétés. Ces attaques invitent scientifiques, éducateurs, professionnels des médias et citoyens à la plus grande vigilance. Il faut poursuivre auprès de tous la recherche des réponses appropriées et les efforts de pédagogie et de transparence sur l’état des connaissances scientifiques et technologiques, qui évoluent rapidement. 

Nos Académies s’y engagent résolument. 

https://www.academie-sciences.fr/fr/Rapports-ouvrages-avis-et-recommandations-de-l-Academie/hold-up-sur-la-science.html

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Jan 08

Monde académique et guerre économique

Les mondes académique et économique ont parfois (souvent ?) du mal à se retrouver et à coopérer… Soulignons donc un récent article traitant des liens entre le monde académique et la guerre économique, publié par Infoguerre, centre de réflexion sur la guerre économique sous l’égide de l’École de guerre économique, institution se focalisant surtout sur une approche managériale de la cybersécurité.

Les publications sur la guerre économique relatent les différentes formes de débat qui portent sur ce concept. Un point commun à l’ensemble de ces articles est la difficulté à traiter de la notion d’accroissement de puissance par l’économie. En 2003, l’universitaire Fanny Coulomb abordait la question en ces termes : « L’expression de « guerre économique » a été employée au cours de la dernière décennie pour renvoyer aux bouleversements économiques souvent douloureux induits par la mondialisation, qui justifieraient l’intervention de l’Etat pour limiter leurs conséquences négatives. Ainsi, R. Reich affirme au début des années 1990 que la désintégration inéluctable des économies nationales risque d’accroître l’insécurité et la paupérisation, la modification de la nature des emplois augmentant notamment les inégalités. Il préconise la mise en place d’une politique industrielle adaptée par les Etats-Unis, qu’il considère comme destinés à être les seuls arbitres d’une économie désormais globalisée. Le concept de « guerre économique » est cependant loin de faire l’unanimité parmi les économistes. Dès 1942, il avait été directement critiqué par J.A. Schumpeter, dans son ouvrage « Capitalisme, socialisme et démocratie ». Celui-ci rejette l’idée selon laquelle la fin du capitalisme sera causée par la « concurrence destructrice » qui résulterait des luttes entre entités économiques géantes, même si l’assimilation des relations entre entreprises géantes à une guerre est suggérée ».

Le discours académique se heurte aux réalités 

Il faut lire et relire l’ouvrage de Matthieu Auzanneau sur la manière dont le pétrole a en quelque sorte structuré les rapports de force qui ont dominé une partie de l’Histoire contemporaine. La pensée de Schumpeter comme celle l’économiste marxiste russe Boukharine ne produit aucune grille de lecture adaptée à l’analyse du processus décrit par Auzanneau. Les économistes s’enferment dans une approche qui se veut constructive de leur domaine d’expertise. Ils ne peuvent donc pas admettre par exemple que la construction de l’empire Rockefeller s’est faîte en tournant le dos à tous les principes moralisateurs du respect des règles de la concurrence. Il en est de même pour la création artificielle de l’Irak par les Britanniques qui étaient prêts à toutes les manipulations géopolitiques possibles pour s’assurer la maîtrise des champs pétrolifères dans cette partie du monde.

Quant à la pensée du type Boukharine, elle peut sembler dans un premier temps visionnaire : « Les Etats s’impliquant dans la défense des intérêts nationaux sur la scène extérieure, les conflits internationaux se multiplient, d’abord sous la forme de guerres économiques, qui ne sont elles-mêmes que des préludes aux conflits militaires. ». Mais cette vision marxiste de l’impérialisme finit par s’enliser dans la quête de la destruction du modèle à combattre. Les multinationales pétrolières américaines ont guidé la politique américaine et non l’inverse. Les conflits militaires pour l’accès au pétrole, ne sont qu’un moyen parmi d’autres et non une fin en soi pour aboutir au succès d’une stratégie durable de domination.

La nécessité d’aborder à sa juste mesure la complexité de l’accroissement de puissance par l’économie

La notion de guerre économique n’a de sens que si elle est associée au processus conflictuel de construction des puissances, que ce soit au niveau des États ou bien au niveau d’empires industriels dominateurs comme le démontre l’histoire de la Standard Oil, de son faux démantèlement et de sa capacité à transgresser toutes les règles apparentes de contrôle de l’économie de marché.

Tant que le monde académique ne se donnera pas les moyens d’analyser la partie immergée de l’iceberg pour étudier la problématique de la recherche de puissance, il éludera l’essentiel.

Fanny Coulomb avait donc raison de suggérer à ses pairs une nouvelle approche du concept de guerre économique. 17 ans plus tard, force est de constater qu’en dehors des travaux de l’Ecole de Guerre Economique et des publications des cofondateurs de de l’Ecole de Pensée de Guerre Economique, le monde académique est encore à la traîne pour aborder les évidences. L’affrontement de puissance entre la Chine et les Etats-Unis révélé publiquement par la présidence Trump est désormais un livre ouvert sur les différentes facettes que peut prendre la guerre économique contemporaine. Il s’agit d’en cerner toutes les nuances et les contradictions comme le soulignait en 2011 Eric Bosserelle.

Les écrits de sensibilisation sont aujourd’hui indispensables pour aider les futurs étudiants à aborder la question d’une manière concrète. C’est le sens de la démarche d’Axelle Degans qui en 2018 publiait « La guerre économique à l’ombre de la crise : le cas français ». 

https://infoguerre.fr

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