Océan et changement climatique

Le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) a présenté son Rapport spécial sur le changement climatique, les océans et la cryosphère lors de la 51ème assemblée plénière du GIEC, fin septembre 2019 à Monaco. Son constat est sans appel : le réchauffement s’accélère.

L’océan et la cryosphère sont bouleversés par le changement climatique avec notamment des impacts sur les récifs coralliens, les côtes basses et les îles, les écosystèmes de montagne, le pergélisol et les glaciers.

Le niveau de la mer s’élève à un rythme de plus en plus rapide et l’absorption croissante de CO2 dans l’océan a entraîné une acidification qui s’accélère. Cette acidification, combinée au réchauffement et à la désoxygénation des eaux, cause de nombreux dommages au système océanique et à la biodiversité marine, avec notamment des effets importants sur la pêche. Les impacts vont donc bien au-delà des milieux qui sont directement affectés et contribuent au réchauffement global de façon alarmante.

La fonte de plus en plus marquée des glaces et neiges de l’Arctique affaiblit les capacités naturelles de réfléchissement des rayons solaires (albédo), régulateurs majeurs des températures.

L’océan et la cryosphère sont des éléments essentiels du système climatique global et leur connaissance fine est une nécessité fondamentale pour nous permettre d’agir pour réduire notre impact et nous adapter aux changements auxquels nous devons faire face.

Cette dégradation des écosystèmes démultiplie les risques pesant sur les populations, en entraînant une dégradation des pêcheries, des dommages sur les infrastructures, des problèmes sur l’approvisionnement en eau douce, des impacts sur la santé humaine, sur la sécurité alimentaire ou encore sur le développement du commerce et du tourisme.

Cependant, le rapport démontre qu’il faut réduire d’urgence les émissions de gaz à effet de serre pour limiter l’amplification de tels changements dans le futur et leur lot d’évènements extrêmes. Il est possible de déployer de nombreuses solutions qui améliorent la résilience et préservent les fonctions vitales de l’océan et de la cryosphère. La protection et la restauration des écosystèmes ainsi que le déploiement des solutions fondées sur la nature doivent notamment servir de fondement à notre action pour qu’elle soit réellement durable.

Et Ifremer … ?

En France, c’est l’Ifremer qui est le principal organisme de recherche traitant des océans, océans qui absorbent un quart des émissions de gaz à effet de serre d’origine humaine. Faisons un rapide tour d’horizon des derniers résultats ou des projets en cours sur le sujet associant l’Ifremer.

Poissons, huitres, éponges ou ascidies… l’impact sur la biodiversité

La hausse de la température de l’eau peut avoir un effet important sur certaines espèces de poisson. Par exemple, une baisse de l’abondance des poissons en baie de Somme a déjà été observée ainsi que des phénomènes de migration pour des espèces en Manche Mer du Nord ayant une préférence pour les eaux froides, comme le hareng, la sardine ou le maquereau. Le changement climatique à venir d’ici 2100 pourrait amplifier cette tendance. 

La hausse de température de l’océan facilite aussi la tropicalisation des écosystèmes côtiers, notamment dans les zones tempérées où certaines espèces à affinité froide (comme les éponges) déclinent alors que leurs voisines tropicales débarquent, par exemple les octocoraux. C’était la principale conclusion de l’article publié sur l’est de l’Australie dans Nature Climate Change il y a un an. Des résultats qui nous offrent une vision accélérée des évolutions à attendre dans nos eaux côtières.

Au-delà de la température, comment réagiront les espèces dans une eau plus acidifiée ? Un projet mené sur plusieurs générations de bars élevés en eau acidifiée montre un impact au niveau de la maturation sexuelle des poissons plus précoce pour les pH plus faibles. De plus, les taux de fécondation sont moins bons en eau acidifiée, la ponte est avancée de 2 à 4 semaines et les œufs sont de moins bonne qualité. Les essais se poursuivent dans les bassins de l’Ifremer à Brest, en comparant des poissons en situation de stress alimentaire. Bonne nouvelle par contre pour les ostréiculteurs : les huitres de moins d’un an semblent moins sensibles à l’acidification des océans jusqu’à un pH de 7,3. 

Le tapis roulant océanique bientôt grippé ?

Dans un monde où les niveaux de CO2 seraient multipliés par 4, scénario possible dès 2100 si nos rejets se poursuivent au même rythme qu’aujourd’hui, les simulations publiées fin 2018 dans Nature Climate Change montrent que le « tapis roulant » océanique va être fortement grippé, avec un courant réduit de moitié par rapport à la période préindustrielle. Or le courant Nord Atlantique étudié redistribue la chaleur de l’eau entre les zones polaires et équatoriales. Ce courant crucial fait donc l’objet de mesures régulières dans le cadre du programme Ovide avec l’appui des flotteurs Argo.

Les énergies marines renouvelables, une solution pour diminuer nos rejets de gaz à effet de serre 

L’océan peut aussi contribuer à diminuer nos rejets de gaz à effet de serre, grâce à l’énergie des vagues, des courants, ou du vent. Pour les vagues, il s’agit de dispositifs houlomoteurs, comme la plateforme Wavegem développée par la société Geps Techno et en cours de test au large de Saint-Nazaire. Pour les courants, plusieurs types d’hydroliennes sont envisagés et l’Ifremer contribue aux essais en bassin et en mer avec les sociétés Guinard dans Le Morbihan, et Eel Energy à Boulogne-sur-Mer. Enfin, l’espace maritime permet d’envisager l’utilisation du vent par des éoliennes, posées sur le fond ou ancrées : sur cette deuxième catégorie, l’entreprise Eolink achève un deuxième été d’expérimentation avec l’Ifremer en rade de Brest, tandis que l’éolienne à axe vertical WindQuest était testée en bassin. 

L’impact de ce type de structures sur le milieu marin, notamment au niveau des câbles d’alimentation électrique, est également à l’étude en partenariat avec France Energies Marines comme le montrent la dernière campagne menée à Jersey ou les essais sur la sensibilité du homard.

https://report.ipcc.ch/srocc/pdf/SROCC_SPM_Approved.pdf

https://www.ecologique-solidaire.gouv.fr/giec-devoile-rapport-sur-oceans

https://wwz.ifremer.fr/Espace-Presse/Communiques-de-presse/Ocean-et-changement-climatique-resultats-et-perspectives

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