Mobiliser l’enseignement supérieur pour la transition énergétique

Comment former au mieux les futurs cadres qui devront évoluer dans un environnement de transitions globales et permanentes, qu’elles soient numérique, climatique, environnementale, énergétique, sociétale, éthique, …. alors que plus de 80 % des métiers de 2030 ne sont pas encore connus et que l’accès à l’information (validée ou non) est possible partout et en tout temps ? Tel est l’un des défis de l’enseignement supérieur, notamment des Grandes écoles qui forment les futurs cadres des acteurs économiques français voire européens.

Comme l’exprime François Taddéi, «Il s’agit de plus en plus d’apprendre à découvrir de nouvelles solutions pour des problèmes nouveaux. Il faut donc développer l’esprit critique, la capacité à poser autrement les problèmes, à émettre de nouvelles hypothèses».

Il faut saluer ici l’initiative de The Shift Project qui organise le 20 novembre 2018 un débat sur la façon dont la transition énergétique est prise en compte et enseignée dans le supérieur. Ce débat s’articulera autour de la présentation d’un rapport intermédiaire « MOBILISER L’ENSEIGNEMENT SUPÉRIEUR POUR LA TRANSITION ÉNERGÉTIQUE. Comment les enjeux climat-énergie sont-ils enseignés dans le supérieur ? Pourquoi les enseigner ? » autour d’une table-ronde puis d’ateliers collaboratifs.

Il existe aujourd’hui un consensus général sur la cause des bouleversements climatiques. Les émissions de quantités croissantes de « gaz à effet de serre » (GES) et l’accroissement de leur concentration dans l’atmosphère alimentent le réchauffement climatique dans des proportions alarmantes.

La mobilisation progressive résultant de la volonté d’atténuer et de s’adapter à ces changements a abouti à la signature de l’Accord de Paris en décembre 2015. Dans le cadre de cet Accord, les pays signataires se sont engagés à agir afin de contenir l’élévation de la température moyenne de la planète en-dessous de 2°C et de poursuivre l’action menée pour limiter l’élévation des températures à 1,5°C. La fixation d’une telle limite entraîne des conséquences sociétales majeures.

Nos sociétés subiront les changements climatiques, et feront face aux effets induits, même si l’élévation de la température en 2100 demeure contenue à 2°C.

Le défi historique de la transition énergétique exige donc une nation informée de ses enjeux et formée pour y répondre. Or, les enjeux climatiques sont encore peu présents dans la formation des Français. Partant de ce constant, The Shift Project, dont je reprends ci-dessous les éléments, propose un état des lieux de la manière dont les sujets liés au changement climatique sont abordés dans l’enseignement supérieur.

LA DEMANDE EST FORTE CHEZ LES ÉTUDIANTS, ET LE BESOIN DE COMPÉTENCES VITAL

La transition nécessite des compétences et une bonne connaissance des enjeux climat-énergie, et par seulement dans les secteurs techniques de la transition. L’ensemble de la société doit être formé à ces enjeux, et pas uniquement les individus qui seront amenés à exercer des métiers dits « verts » : il est par exemple indispensable que les futurs décideurs économiques et politiques soient formés à ces enjeux, afin que leurs décisions futures soient en adéquation avec les objectifs de transition. En conséquence, l’ensemble des champs de la connaissance est concerné par cette transition : sciences naturelles, sciences industrielles et technologiques, mais aussi sciences humaines (géographie, histoire, économie, sociologie, droit), jusqu’aux arts et à la communication. Toute activité humaine demeure aujourd’hui de près ou de loin tributaire des énergies fossiles, et un pays ne peut mener une telle transition sans se doter des moyens humains nécessaires.

Un intérêt important existe chez les étudiants pour comprendre les enjeux environnementaux auxquels ils seront confrontés. De plus, si les Français sont conscients et inquiets de la réalité du changement climatique, ils identifient souvent mal les causes du phénomène et les solutions permettant d’y répondre, et en particulier les jeunes.

L’OFFRE EXISTANTE DANS LE SUPÉRIEUR EST LIMITÉE

Les enjeux énergétiques et climatiques restent l’apanage des formations spécialisées. Bien qu’ils soient de plus en plus présents dans les formations dites « généralistes », l’importance accordée à ces enjeux semble le plus souvent secondaire, les enseignements sont généralement optionnels et peu valorisés dans les maquettes pédagogiques. Pourtant, il y a en France un vivier important d’enseignants volontaires pour se saisir des enjeux climat-énergie si l’occasion leur en est donnée et si des ressources sont mises à leur disposition.

Le contenu des cours existants apparaît très hétérogène, et l’utilisation de notions vagues comme « développement durable » apparaît problématique, car elle peut conduire à une absence de hiérarchisation entre les sujets et à des cours manquant de cohérence. Les formations spécialisées abordent souvent les sujets liés à la transition énergétique sous un angle purement technique. Le sujet est parfois perçu comme « trop politique » dans les formations d’ingénieurs, ce qui peut conduire à une absence dommageable de mise en perspective des enjeux. A contrario, dans d’autres formations, le sujet est perçu comme « trop technique » pour être abordé par certaines disciplines.

AFFIRMER LE RÔLE DU SUPÉRIEUR DANS LA TRANSITION

Il serait surprenant que le système de l’enseignement supérieur, de par sa construction historique, soit adapté aux enjeux du changement climatique et aux profonds changements nécessaires pour y faire face. En effet, tout ce qui le constitue – ses établissements, ses institutions, son organisation, les habitudes de fonctionnement et la culture qui lui sont propres – a émergé dans un contexte dont l’urgence climatique ne faisait pas partie.

Alors que la problématique énergie-climat est un enjeu transversal et interdisciplinaire, le milieu de l’enseignement supérieur est cloisonné par disciplines. Pour cette raison, la transition  n’est « le sujet de personne » au sein de l’enseignement supérieur, et demeure orphelin. La rigidité des sections disciplinaires au sein du monde académique (enseignement et recherche) semble ainsi constituer un frein au changement.

LES PISTES D’ÉVOLUTION SONT NOMBREUSES…

Le soutien des directions d’établissement constitue une condition sine qua non pour pérenniser les initiatives novatrices. Or, malgré quelques pionniers et de nombreuses personnalités engagées, les directions semblent aujourd’hui ne pas trouver un intérêt stratégique suffisamment fort à positionner leur établissement sur la transition, ce qui cantonne le sujet à des formations spécialisées ou, dans des modules optionnels et peu valorisés dans les maquettes pédagogiques des formations généralistes. De plus, les directions d’établissements volontaires sont parfois démunies face à l’ampleur de la problématique et à l’absence de portage politique du sujet.

L’expression d’une demande par les entreprises et la prise en compte du sujet par les classements d’établissements pourraient fortement encourager les établissements à développer des enseignements et des formations. En effet, la majorité des établissements sont très attentifs à leur position dans les classements nationaux et internationaux, et l’employabilité de leurs étudiants figure parmi leurs priorités.

…MAIS NÉCESSITENT UN SIGNAL POLITIQUE FORT QUI FAIT AUJOURD’HUI DÉFAUT

Le ministère de l’Enseignement supérieur a un rôle déterminant à jouer. La nature du rôle qu’il pourrait jouer est loin de faire consensus : il faut jongler entre le besoin d’élan politique et de soutien des acteurs et l’attachement fort au principe d’autonomie des établissements. En effet, certains acteurs ne souhaitent pas voir une implication trop forte du ministère, qui serait perçue comme de l’ingérence. Le ministère semble actuellement considérer qu’il n’est pas de sa compétence d’intervenir dans le contenu des formations, et aucune des instances publiques de l’enseignement supérieur ne s’est dotée de moyens humains dédiés aux questions de transitions. D’autres acteurs publics pourraient également jouer un rôle déterminant, comme par exemple les organismes d’accréditation et d’évaluation des établissements.

Les ministères de tutelle ont, pour certains établissements, une influence importante. Certaines formations évoluent en effet rapidement afin d’intégrer les enjeux environnementaux, lorsque les ministères de tutelle des établissements se saisissent du sujet.

La puissance publique, aujourd’hui silencieuse sur le sujet, pourrait se positionner de manière forte. Le Président de la République s’est adressé en juin 2017 au monde de la recherche en proposant d’accueillir des « réfugiés scientifiques » travaillant sur le climat et la transition. Dans cette ligne, Emmanuel Macron appellera-t-il un jour les étudiants, les enseignants, les établissements et toute la communauté du supérieur à la mobilisation en faveur de l’enseignement des enjeux climatiques et énergétiques ?

The Shift Project, association reconnue d’intérêt général, est un think-tank dont la mission est d’éclairer et influencer le débat sur la transition énergétique en Europe. ÉCLAIRER : il constitue des groupes de travail autour des enjeux les plus délicats et les plus décisifs de la transition ; INFLUENCER : il fait la promotion des recommandations de ses groupes de travail auprès des décideurs politiques et économiques.

Le rapport intermédiaire : https://theshiftproject.org/wp-content/uploads/2018/09/Rapport-intermédiaire-ClimatSup-26_10_18-V2.pdf

L’inscription : https://docs.google.com/forms/d/e/1FAIpQLSfQ2nmq_2IWoFfLToNsehDdO-HQEqajmDRraUgaVfF-BVa9mQ/viewform

Pour en savoir plus sur The Shift Project : https://theshiftproject.org

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