L’innovation au cœur des industries d’armement terrestre et de sécurité

Dire que les innovations sont au cœur des armements terrestres et de sécurité est une évidence.

Si une source majeure d’innovations est la transformation numérique, la nouveauté peut venir de fonctions ou de services auxquels on ne pensait pas mais qui sont désormais rendus possibles notamment grâce à l’augmentation des capacités numériques (puissance de calcul, taille mémoire, échanges de données, …). La frontière de l’innovation est parfois due à la limitation de la créativité de l’esprit humain pour inventer de nouveaux usages, de nouveaux concepts d’emploi, voire par la difficulté à se projeter dans un futur mal ou pas connu. Un matériel de défense qui rentre en service maintenant, à l’âge des réseaux 4G, avec une durée de vie de quelques dizaines d’années sera dans un environnement 14G en fin de vie. Comment s’y préparer ?

Il est tout d’abord nécessaire d’avoir une très forte rapidité d’adaptation à l’évolution des systèmes et standards (logiciels et matériels) issus du monde civil en matière de processus de décision, de fabrication, d’expérimentation, de mise en service, de formation, de maintenance, de gestion des configurations, …

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Si dans certains domaines, c’est le monde des industries civiles qui tire l’innovation technologique, dans la défense, de nombreuses spécificités existent : tout n’est pas dual et tout ne vient pas du monde civil. En matière de R&T terrestre en particulier, les technologies sont souvent spécifiques. A titre d’illustration, dans le domaine de l’énergie, les moteurs hybrides civils, comme les batteries, développés pour des applications civiles ne répondent pas aux impératifs des besoins opérationnels militaires (disponibilité opérationnelle, périodes de veille, cycle de chargement/ déchargement, …). Les technologies liées à la furtivité (invisibilité aux radars, dissimulation aux senseurs infrarouges) sont également spécifiques et ne reposent pas sur des innovations « civiles ». Cela est également vrai pour les technologies spécifiques munitionnaires, liées à la détonique, ou à la protection : certains programmes militaires examinent ainsi la faisabilité d’une « armure liquide », à base de nanoparticules, capable de changer son état de liquide à solide en quelques millisecondes, en vue de permettre à un fantassin de résister à un feu direct. En matière de sécurité, les possibilités Big Data se traduisent par une efficacité accrue en termes de renseignement par exemple. Les Big Data rendent aussi possibles la maintenance prédictive, « juste à temps ».

Une autre source d’innovations est la robotique. Si l’homme reste essentiel, au cœur du combat aéro-terrestre, les robots (drones y compris) sont utiles, voire nécessaires, « là » ou « quand » l’homme ne peut ou ne doit pas aller, que c soit pour des raisons de taille (petits espaces), d’environnement inhospitalier (espace, sous-marin, radioactivité, …), de discrétion (renseignement), de danger, ou de pénibilité des tâches à effectuer … En matière de robots, les principales avancées sont attendues de la miniaturisation et du numérique pris au sens large (coopérations entre robot, apprentissage, …) en matière technologique, de même qu’en matière de nouveaux concepts d’emploi.

Les investissements réalisés en R&T revêtent un caractère précieux car ils permettent de faire évoluer les recherches en amont, de détecter les ruptures technologiques, d’en évaluer la maturité et ainsi de faciliter l’innovation dans les domaines concernés. Au-delà de tous les dispositifs publics de financement de l’innovation, existent des dispositifs spécifiques à la défense : Astrid (Accompagnement spécifique des travaux de recherches et d’innovation Défense) et Rapid (Régime d’appui pour l’innovation duale) qui sont deux initiatives sous l’égide de la DGA (Direction Générale de l’Armement). Rapid subventionne des projets portés par des PME trouvant des applications tant sur le marché civil que militaire, et dont les TRL (niveaux de maturité) se situent autour de 6-7 sur une échelle de 1 à 9. Astrid est un dispositif ouvert à la communauté nationale de la recherche sur appel à projets et regroupe des études et initiatives situées plus en amont (TRL compris entre 1 et 4).

La France a toujours eu un bon niveau de création (recherche) et diffusion (enseignement supérieur) des connaissances scientifiques (sans oublier les sciences humaines et sociales, en particulier la géographie, le facteur humain, le design, la géographie, …). Citons les pépites que sont le CNRS (amont), le CEA (technologie) et tous les instituts de recherche spécialisées, en particulier Onera (aérospatial), Inria (numérique), Inserm (santé), … ainsi que les universités. Une marge de progrès existe en matière de diffusion des connaissances vers le monde économique et industriel. Des efforts sont faits depuis quelques années pour renforcer les partenariats de recherche public-privé, en particulier par la mise en place de divers dispositifs tels les instituts Carnot, les instituts de recherche technologiques (IRT dans le cadre du programme d’investissements d’avenir, PIA), les bourses Cifre et les pôles de compétitivité dont l’Etat vient d’annoncer qu’il souhaitait continuer à en coordonner une dizaine et déléguer la gestion des 60 autres aux régions. Notons que le Ministère de la défense est actuellement pilote pour 9 pôles de compétitivité dont certains (santé, optronique, numérique) intéressent particulièrement le domaine terrestre et de sécurité.

Au-delà des innovations en termes de nouvelles fonctions à réaliser (nouveaux emplois) et de réactivité pour s’adapter aux évolutions rapides de certaines technologies civiles, en particulier liées au numérique, le domaine de l’armement terrestre et de la sécurité s’appuie sur des avancées dans des technologies très spécifiques. Le programme Scorpion de modernisation des capacités de combat de contact de l’Armée de Terre est en ce sens un véritable driver de l’innovation terrestre. Il intègre et agrège de nombreuses innovations tant technologiques qu’en termes d’utilisation et de doctrine d’emploi. vbmr-et-ebrc

Cet article a été co-écrit avec Emmanuel Chiva, DG adjoint « Stratégie et Développement » d’Agueris, pour Innovation Review n°95.

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