L’IA au Royaume-Uni

L’intelligence artificielle est à la mode ! Ses progrès récents sont liées non seulement aux avancées de la technologie du numérique et aux quantités astronomiques de données disponibles, mais aussi à une (nouvelle) acceptabilité sociétale.

En ces jours de Brexit, qui peut faire douter de l’intelligence collective d’un pays à l’ère du populisme et des fake news, qu’il me soit permis ici de citer le début d’un rapport établi par le conseiller scientifique de l’Ambassade de France au Royaume-Uni sur l’IA outre-Manche… Je n’oserais rajouter « Good game ! ».

Si les prémices de la recherche en IA remontent à l’émergence de l’informatique dans les années 1950, les progrès se sont accélérés au cours de la dernière décennie. Une convergence de facteurs permet actuellement un essor de ces technologies, dont l’accroissement des mégadonnées (big data), l’amélioration des puissances de calcul (high-performance computing) et l’accès à certaines ressources et services via internet (cloud computing). Les technologies d’apprentissage automatique (machine learning), en particulier d’apprentissage profond (deep learning), font émerger de nouvelles applications où la machine a la capacité de se perfectionner avec l’expérience. 

Le Royaume-Uni a identifié le développement de l’IA comme étant un élément clé de sa stratégie : cette technologie figure au cœur de la stratégie numérique britannique (mars 2017) et de la stratégie industrielle (novembre 2017). Elle bénéficie d’un accord sectoriel public-privé (lancé en avril 2018) et d’un plan de gouvernance (été 2018). L’objectif pourrait se résumer ainsi : comment soutenir au mieux la recherche en IA tout en règlementant le secteur, notamment sur des aspects éthiques ? 

Les actions menées par le gouvernement britannique afin de soutenir un essor de l’IA au Royaume-Uni comprennent une augmentation des capacités de formations en IA (ex : ouverture de 1 000 places en doctorat supplémentaires), un accès facilité à des données interopérables (ex : lancement de Data Trusts), une meilleure coordination de la recherche publique (ex : création de l’Alan Turing Institute), une mutualisation d’infrastructures de soutien (ex : supercalculateur JADE), la création d’organismes de gouvernance et conseil (Office for AIAI CouncilCentre for Data Ethics and Innovation et le statut de AI Champions), une augmentation des financements pour la recherche et la formation (presque 1 milliard de livres sterling dans le cadre de l’accord sectoriel) et une mise en place de dispositifs de soutien à la recherche (ex : programme Machine Intelligence Garage de Digital Catapult). L’Alan Turing Institute, centre national sur l’IA et la science des données, regoupe un nombre croissant d’universités britanniques, au nombre de treize actuellement (dont les prestigieuses universités d’Oxford et de Cambridge). 

Même si le Royaume-Uni se classe 1eren Europe en nombre de startups en IA et 4èmemondial en termes de publications scientifiques sur le sujet, les acteurs de l’écosystème britannique (étudiants, universitaires et startups en particulier) ont du mal à résister à la force d’attraction des géants américains du numérique. La fuite des cerveaux vers les GAFAM a été identifiée comme représentant un risque majeur pour la recherche publique britannique en IA. Sur la période 2012 à 2016, les investissements publics et privés cumulés en IA ont été environ vingt fois plus importants aux États-Unis qu’au Royaume-Uni et trois fois plus importants en Chine qu’au Royaume-Uni. Par ailleurs, Pékin envisage de devenir le leader mondial de cette technologie avec une feuille de route visant à faire monter la valeur de ce secteur à 150 milliards de dollars d’ici 2030. 

La France est également bien classée en Europe concernant la recherche en IA (3èmeen nombre de startups en IA). S’inspirant des recommandations du rapport sur l’IA de Cédric Villani, le gouvernement français prévoit d’investir 1,5 M€ au cours des cinq prochaines années pour soutenir la recherche et l’innovation dans ce domaine, notamment à travers un réseau d’instituts interdisciplinaires d’intelligence artificielle (3IA), dont quatre ont été pré-sélectionnés en novembre 2018 : Grenoble (MIAI@Grenoble-Alpes), Nice (3IA Côte d’Azur), Paris (PRAIRIE : PaRis Artificial Intelligence Research InstitutE) et Toulouse (ANITI : Artificial and Natural Intelligence Toulouse Institute). Ainsi, alors que la France a choisi de soutenir plusieurs pôles de recherche en IA, le Royaume-Uni mise au contraire sur un regroupement des capacités de recherche sein d’un seul institut. 

Des actions sont menées au niveau de l’Union européenne pour soutenir le développement de l’IA. La Commission européenne a prévu d’investir 2,5 milliards d’euros « pour favoriser la diffusion de l’IA dans l’ensemble de l’économie et de la société européenne ». Ce budget s’appuie sur une approche européenne de l’IA présentée le 25 avril 2018 [37]. 

https://uk.ambafrance.org/IMG/pdf/dossier-ia-au-royaumeuni.pdf

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