Le modèle des Grandes écoles est vertueux

A une époque où une partie du gouvernement cherche à forcer des Grandes écoles à s’intégrer dans les regroupements universitaires (sous pilotage des universitées, évidemment), pour des raisons de politiques parfois uniquement politiciennes et électoralistes, je me permets de faire écho ici à deux « tribunes » récentes.

La première émane de la Conférences de Grandes écoles, regroupant les plus de 220 grandes écoles françaises, petites et grandes, publiques ou privées, gages de l’excellence de l’enseignement supérieur professionnalisant. La CGE a récemment mis en ligne sur son site une vidéo « Une Grande école, c’est quoi exactement ? » qui décrypte les rouages de l’enseignement supérieur et démythifie le modèle grande école.

https://www.youtube.com/watch?v=a5EJopksHdo.

La seconde tribune émane de Bernard Belloc, président honoraire de l’université Toulouse-I Capitole et ancien conseiller Enseignement supérieur et recherche à la Présidence de la République, et a été publiée dans Les Echos le 20 août dernier.

L’édition 2019 du classement de Shanghai vient donc de tomber. Sans surprise, le résultat est très stable compte tenu du caractère très conservateur du classement, fondé par ailleurs sur la capitalisation des données. La France est au sixième rang lorsque l’on prend le Top 500 des universités. Et toujours très peu de grandes écoles, hormis Normale sup’Ulm y figurent. Inquiétude tout de même pour la France car, lorsqu’on élargit aux mille premiers établissements, l’Espagne et l’Italie nous devancent désormais au nombre d’établissements dans le Top 1 000.

Pour atténuer l’impression de stagnation des établissements français, rappelons cependant que le même classement de Shanghai, par disciplines cette fois, montre une excellente tenue des établissements français, avec notamment une première place mondiale pour l’université de Montpellier dans les sciences de l’environnement.

Mais que de contresens dans les commentaires médiatiques ou venant de responsables universitaires et même ministériels ! Les commentaires qui reviennent en boucle sont la taille, jugée trop petite, des établissements français et la faiblesse des moyens.

Sur le premier point, rappelons que la plupart des établissements du Top 10 du classement de Shanghai sont tous de très faible taille par rapport à celle des établissements français. Stanford, seconde, a un peu plus de 15.000 étudiants, Caltech, cinquième, en a à peine quelques milliers.

Ce ne sont pas tellement les ressources publiques qui manquent aux établissements français pour la recherche mais les ressources privées !

S’agissant des moyens, oui, les établissements français sont très loin derrière leurs principaux concurrents, américains, européens et chinois maintenant. Les établissements du Top 10 de Shanghai ont infiniment plus de moyens que les établissements français. Mais l’honnêteté devrait conduire à dire que, pour toutes les universités du Top 10 de Shanghai, les moyens privés (frais de scolarité, dons de particuliers et apports des entreprises au financement de la R&D) sont majoritaires dans leurs ressources. Ce ne sont pas tellement les ressources publiques qui manquent aux établissements français pour la recherche, mais les ressources privées ! Le président Macron le sait bien, lui qui fut en 2007 un des rédacteurs d’un rapport sur la valorisation de la recherche en France dont les conclusions sont hélas toujours d’actualité.

Que faire ? Ne pas chercher le gigantisme et le toujours plus gros mais cesser de disperser nos moyens de recherche publics et privés sur une multitude d’établissements, d’organismes de recherche, d’universités et d’écoles, d’agences de financement, et concentrer les moyens de la recherche et de la R&D sur une poignée d’établissements, comme c’est largement le cas dans tous les pays comparables, sans pour autant que dans ces pays les établissements orientés vers la formation ne déméritent : il suffit de regarder les performances à l’insertion professionnelle des Hochschulen allemandes, des écoles supérieures suisses, ou des innombrables universités de formation anglo-saxonnes, qui toutes répondent parfaitement à leurs objectifs de formation professionnelle de haut niveau, et complètent ainsi efficacement les activités des universités de recherche de leurs pays.

Quant à la future loi de programmation de la recherche, de nombreux partisans y voient l’illusoire garantie d’une pérennité de ressources publiques accrues (autre illusion), alors que ce n’est pas tant le niveau de la dépense publique dans ce domaine que sa répartition et son éparpillement qui posent problème, comme le montrent toutes les comparaisons internationales. Et donnons à nos établissements les moyens de développer massivement des ressources propres à travers leurs activités de formation et la valorisation de leur recherche.

Avec la politique de création d’universités mammouths suivie aveuglément depuis 2013 et les éternelles pleurnicheries sur les moyens publics dont manqueraient nos établissements, nous ne sommes pas près de simplement tenir nos positions.

https://www.lesechos.fr/idees-debats/cercle/classement-de-shanghai-des-universites-ce-que-doit-faire-la-france-pour-progresser-1125185

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