Hé ! Oh ! La France … attractive ou pas ?

Environ un millier de décisions d’investissements étrangers en France ont généré la création ou le maintien de plus de 33 000 emplois en France, selon Business France. Une note du Conseil d’Analyse Economique (CAE) constate une érosion de l’attractivité de la France au profit de l’Allemagne et de la Belgique pour les centres de décision des entreprises. Une autre note du CAE fait des propositions pour que l’université française renforce son attractivité, en investissant dans la qualité de son offre de formation. Enfin, selon le cabinet EY, la France est la 5ème économie mondiale en termes d’accueil des investissements étrangers dans la R&D mais peine à attirer emplois et centre de décisions étrangers.

Alors ? La France … attractive ou pas ?

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Economie dynamique, créative et innovante, la France s’impose comme l’un des pays les plus attractifs en Europe selon Business France. Son rapport annuel sur l’internationalisation de l’économie française dévoile des résultats très positifs pour l’année 2015 : 962 décisions d’investissements de sociétés étrangères ont permis la création ou le maintien de 33 682 emplois, soit 27% de plus qu’en 2014. Les exportations de biens français ont elles aussi progressé en 2015 et ont atteint 455,1 Md€. La France se place d’ailleurs au 3ème rang mondial des pays exportateurs de services.

Les entreprises étrangères investissent en premier lieu dans les activités de production avec 30% des investissements réalisés en France. Ces projets représentent un enjeu de 16 168 emplois (contre 11 601 emplois en 2014), soit 48% du total des emplois créés ou maintenus. A signaler également, la progression de l’installation des quartiers généraux dont 27 QG Monde ou Europe (chiffre sujet à caution, voir à la fin de cet article…) contre 16 en 2014. La recherche & développement reste à un niveau très élevé avec 9% de l’ensemble des décisions d’investissements en 2015, 87 décisions d’implantations. Les filiales des entreprises étrangères en France contribuent pour 28% des dépenses de R&D en France, avec 8,6 Md€. Les investissements étrangers en R&D ont généré 1700 nouveaux emplois en 2015.

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http://www.businessfrance.fr/news-posts/business-france-sort-rapport-annuel-linternationalisation-de-leconomie-francaise/

La mobilité internationale des qualifiés prend-elle de l’ampleur en France ? Telle est l’une des questions adressées par une récente note du Conseil d’Analyse Economique (CAE) sur la « fuite des cerveaux ».

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Selon cette note, les craintes sur l’expatriation des cerveaux doivent être relativisées : le flux net de l’expatriation (départs nets des retours) a doublé en quelques années mais les taux d’émigration restent très en deçà de ceux de nos voisins européens. Par ailleurs, les entrées nettes de personnes qualifiées nées à l’étranger font plus que compenser l’émigration de personnes nées en France. Enfin, les départs à l’étranger sont une des facettes du rayonnement de la France et elles contribuent indirectement à ses échanges intellectuels et commerciaux.

Cependant ces constats ne sont rassurants qu’en apparence. La mobilité internationale croissante des qualifiés touche semble-t-il surtout les « talents », de façon plus importante dans le sens des départs que des arrivées. Les talents, « ultra-mobiles », cherchent avant tout un bon environnement pour développer leur potentiel, la qualité de la vie en France ne suffisant pas pour les attirer ou les retenir. De fait, la France parvient moins bien que d’autres pays à retenir ses étudiants étrangers, après l’obtention de leur diplôme. Dans le même temps, une part importante de l’enseignement supérieur est financée par des prélèvements obligatoires pour former des « cerveaux » qui in fine sont de plus en plus nombreux à partir renforcer des économies étrangères.

Selon cette étude, l’université française doit renforcer son attractivité, non pas uniquement par sa gratuité, mais aussi par la qualité de ses formations et de ses conditions d’accueil. À court terme, les frais d’inscription des étudiants non communautaires pourraient être fixés librement par les établissements qui, en contrepartie, offriraient un accueil à la hauteur des frais exigés. De plus, il faut réduire les freins à la mobilité. En particulier, l’accueil des étrangers à haut potentiel doit gagner en efficacité, prévisibilité et qualité de service. Cette étude recommande aussi de maintenir et renforcer le lien avec les nationaux Français non-résidents, en améliorant leur suivi statistique et en offrant des options de cotisations ouvrant des droits notamment en matière d’inscription et de tarifs dans les établissements scolaires et universitaires français.

Des 6 recommandations faites, 2 concernent le financement de l’enseignement supérieur dans un contexte de mobilité croissante :

  • Mieux coordonner au niveau européen l’intervention publique en matière d’enseignement supérieur, en mettant en place des transferts entre pays en fonction des flux intracommunautaires d’étudiants et réorienter les budgets européens vers le financement du capital humain.
  • Introduire dans l’enseignement supérieur public un co‐paiement différencié pour les étudiants hors Union européenne.

 http://www.cae-eco.fr/Preparer-la-France-a-la-mobilite-internationale-croissante-des-talents.html

Une autre note récente du CAE concerne l’attractivité de la France
 pour les centres de décision des entreprises. Elle s’appuie sur une analyse empirique originale montrant que les entreprises localisent leurs centres de décision en fonction de la taille de la région, des infrastructures aéroportuaires, de la disponibilité de main d’œuvre qualifiée, de la qualité de la gouvernance publique, des avantages liés à la présence d’autres centres de décision et d’une fiscalité modérée sur les hauts revenus.

La localisation d’un centre de décision est le résultat du choix conjoint d’une entreprise (qui optimise sa stratégie) et de ses cadres de haut niveau (qui rejoindront la nouvelle implantation).

Il en ressort que quatre pays en Europe accaparent 70% des centres de décision de groupes étrangers: l’Allemagne, le Royaume‐Uni, la Belgique et la France. Sur trente ans, on observe une érosion nette de la part de la France au profit de l’Allemagne et de la Belgique. La France n’est pas la destination privilégiée des pays émergents. Elle attire des centres de décision de plus petite taille, qui sont concentrés en Île‐de‐France. Cette performance déclinante de la France et de la région parisienne ne tiendrait pas à un déficit d’attractivité « pure » mais plutôt à une spécialisation sectorielle et géographique défavorable.

Parmi les 6 recommandations figure celle d’investir dans un ou deux grands pôles universitaires parisiens pour en faire des universités visibles et reconnues mondialement.

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http://www.cae-eco.fr/L-attractivite-de-la-France-pour-les-centres-de-decision-des-entreprises.html

La France joue-t-elle encore en 1ère division ? Telle est le titre d’un des chapitres du baromètre de l’attractivité France 2016 intitulé La France distancée, publié par le cabinet EY.

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Les quelques points clés mentionnées sont clairs : une Europe étonnamment attractive, un moteur anglo-allemand, une France distancée ayant des handicaps réitérés, moins de « French Bashing » mais pas plus de « French Buying », une France industrielle qui reste active mais prudente, des moteurs tertiaires, la French Tech en marche, Paris dans le top 5 mondial et trois défis urgents :

  • Proposer un modèle de compétitivité fiscale et sociale
 adapté aux investissements en « T » (technologie, talents, tertiaire,…)
  • Construire un plan de bataille
 vers les investisseurs émergents et les sièges sociaux qui choisissent aujourd’hui massivement nos concurrents européens (150 centres de décision au Royaume-Uni contre 11 en France en 2015)
  • Concentrer les messages et incitations sur les secteurs pour lesquels la France a la reconnaissance des dirigeants internationaux : numérique, énergie, services, industrie des transports…

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Mais la France se rapproche de la deuxième division…

Avec un nombre de projets d’implantation en retraitde 2 % en 2015, la France enregistre la seule et unique baisse parmi le Top 15 européen. Elle ne tire pas profit d’un indéniable mouvement de sympathie et des efforts entrepris pour soutenir une attractivité plus innovante et entrepreneuriale. Et l’apparente bonne nouvellesur le front de l’emploi (+8 %) pâlit à la comparaison avec l’incroyable dynamisme continental (+17 %)…

Ce qui pousse à un constat sans appel du cabinet EY. Ce repli confirme l’incapacité du pays à embrasser la marche du monde et sa propension aux débats manichéens…et donc insolubles : État-Providence contre libéralisme, entrepreneuriat contre pression fiscale, prudence contre croissance, service public contre secteur privé mais aussi multiculturalisme laïque contre communautarisme, conservatisme des idées contre solutions disruptives, peur du déclassement contre audace dans un monde qui change… Autant de dilemmes qui ont enfermé la France dans le choix de n’en faire aucun, pensant qu’elle peut échapper aux règles du monde multipolaire qui se redessine actuellement, et rester attractive sans être obligée de devenir compétitive. Et cela malgré un « mal » français parfaitement documenté et un diagnostic économique limpide, connu et partagé de tous.


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Heureusement, le verre est aussi à moitié plein. Tout n’est pas noir. EY annonce la création de 13 639 emplois créés par des investisseurs étrangers en France en 2015, soit une hausse de 8%, contre 42 336 au Royaume-Uni et 17 126 en Allemagne. La France se maintient au 3ème rang en Europe pour le nombre de projets d’implantations créatrices d’emploi en 2015 : avec 598 projets, la France est devancée par le Royaume-Uni (1 065 projets) et par l’Allemagne (946 projets). La France occupe depuis plus de 15 ans la 1ère place pour l’accueil des implantations industrielles en Europe. En accueillant deux fois plus de centres R&D en 2015, la France s’affiche au 5ème rang mondial. Les dirigeants reconnaissent à la France des atouts distinctifs : qualité de l’innovation et de la recherche (37 %), capacité à former et attirer les talents (23 %), rayonnement touristique (31 %) et puissance des grands secteurs (30 %). Par ailleurs, la France des start-ups est jugée favorablement par 44 % des décideurs.
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http://www.ey.com/FR/fr/Issues/Business-environment/barometre-attractivite-france

Ceci étant, ces chiffres sont sujets à caution et mériteraient d’être contextualisés de leur définition. Ils doivent être pris plutôt en tendance ou en comparatif qu’en chiffres bruts. Un exemple. L’étude de Business France liste 27 nouveaux centres de décision (QG Monde ou Europe) en France en 2015 alors que l’étude EY ne liste que 11 nouveaux centres de décision pour la France.

L’explication de ces écarts peut être trouvée dans les différences méthodologiques entre Business France et EY, globalement plus restrictif (exclusion des points de vente, de l’hôtellerie, des reprises de sites en difficulté…). EY se fonde uniquement sur des annonces publiques, tandis que chaque décision d’investissement recensée par Business France fait l’objet d’une vérification croisée avec l’entreprise étrangère et le partenaire territorial. Le recensement réalisé par Business France permet d’identifier des projets qui n’ont pas fait l’objet d’un article ou communiqué de presse.

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