Contraintes sur les approvisionnements pétroliers de l’UE d’ici à 2030

Le lecteur de ce blog connaît l’intérêt que je porte au think tank The Shift Project. Celui-ci a récemment publié une étude montrant, à partir de données exclusives, que la majorité des sources actuelles d’approvisionnement en pétrole de l’Union Européennes menacent de décliner à partir de 2030.

Le déclin probable d’ici à 2030 des capacités de production des pays fournissant aujourd’hui plus de la moitié du pétrole consommé par l’Union européenne (UE) risque d’entraîner des contraintes significatives sur l’approvisionnement de celle-ci. 

Le volume total des sources actuelles d’approvisionnement en pétrole de l’UE risque de connaître une contraction pouvant aller jusqu’à 8 % entre 2019 et 2030, selon une analyse offrant un détail sans précédent dans une étude publique, s’appuyant essentiellement sur les estimations des capacités futures de production mondiale de brut de l’agence d’intelligence économique norvégienne spécialisée Rystad Energy. Les rythmes potentiels maximum de cette contraction sont supérieurs au rythme de décrue de la consommation pétrolière que connaît depuis 2010 l’Union européenne (laquelle, malgré cette décrue, importe aujourd’hui plus de brut que la Chine ou que les Etats-Unis). 

La production de la Russie et celle de l’ensemble des pays d’ex-URSS, qui fournissent plus de 40 % du pétrole de l’UE, semblent être entrées en 2019 dans un déclin systématique. La production pétrolière de l’Afrique (plus de 10 % des approvisionnements de l’UE) paraît promise au déclin au moins jusqu’en 2030. 

Les croissances de production attendues par Rystad sont très largement tributaires du développement de découvertes de pétrole dont le potentiel technique et économique n’a pas encore été apprécié, ou d’hypothétiques découvertes futures. De ce fait, une grande part de ces croissances attendues comporte un degré d’incertitude important, intrinsèquement supérieur au degré d’incertitude des déclins attendus, ces derniers étant induits par une évolution connue et précisément mesurée de productions existantes dites « matures ». 

Le risque sur les approvisionnements futurs de l’UE est aggravé : 

– d’une part à cause de l’extrême volatilité des prix du brut constatée au cours de la dernière décennie, qui complique et rend incertaines les politiques d’investissement des pétroliers, 

– et d’autre part à cause de la forte croissance de la demande attendue de l’Asie et de l’Afrique, deux continents dont la production devrait décliner, d’après Rystad et l’Agence internationale de l’énergie. 

Si des contraintes sévères sur la production mondiale de pétrole risquent de s’exercer directement ou indirectement sur l’UE au cours de la décennie, l’occurrence de ces contraintes semble inexorable au-delà de 2030. 

L’enjeu des limites à la production mondiale de pétrole apparaît ainsi comme la « voiture-balai » des politiques climatiques : si ces politiques climatiques échouent, l’humanité risque d’être rattrapée par des contraintes de plus en plus fortes sur l’accès au brut. Ces contraintes ne suffiraient toutefois pas à supprimer le problème du réchauffement. Loin de s’exclurent, réchauffement climatique et « pic pétrolier » sont deux dangers qui se cumulent et se composent. 

Par conséquent, l’enjeu du « pic pétrolier » constitue une raison supplémentaire forte pour entreprendre d’urgence la planification de la sortie du pétrole, sans compter pour cela sur une croissance économique mondiale qui demeure jusqu’ici proportionnelle à la consommation de pétrole. 

Au regard de sa gravité, le problème du « pic pétrolier » ici posé reste pour l’heure radicalement sous-documenté et mal compris. 

https://theshiftproject.org/wp-content/uploads/2020/06/Étude_Déclin-de-lapprovisionnement-de-lUE-en-pétrole-dici-2030_TSP.pdf

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Une pensée sur “Contraintes sur les approvisionnements pétroliers de l’UE d’ici à 2030

  1. Reçu le commentaire suivant …

    J’apprécie les publications du Shift Project… mais j’ai les commentaires suivants sur cet article :
    -le marché du pétrole est mondial : si la production de la Russie ou de l’Afrique du Nord vient à baisser, elle sera facilement compensé par d’autres sources d’approvisionnement. Seule une rupture d’approvisionnement en provenance du Moyen Orient poserait un problème, mais il serait mondial ;
    – l’article reprend la théorie du pic de production pétrolière. Celle ci était populaire il y a 15 ans. Mais aujourd’hui ce qui se profile est un pic de la demande. Comme le disait le Sheik Yamanhi, ministre saoudien du pétrole: « l’âge de pierre ne s’est pas terminé par un manque de pierres ; il en est de même du pétrole » ;
    – de plus la consommation pétrolière de l’Europe baisse inexorablement depuis plusieurs années.

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