Auteur : Michel Bouvet

L’« innovation » est vraiment le sésame des stratégies étatiques, en agriculture, en santé ou s’agissant des grands investissements… alors que la SNRI de 2009 est devenu la SNR en 2015, laissant tomber le I(nnovation) (comprenne qui pourra). Et maintenant dans le domaine de la Défense.

C’est ce que nous apprend la Revue stratégique de défense et de sécurité nationale qui vient d’être rendue publique.

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Avant de traiter de la partie « innovation » de cette « revue stratégique », qu’il me soit permis deux remarques.

Emmanuel Macron est un homme qui a compris qu’il doit agir vite en début de mandat afin que les effets de ses nécessaires décisions portent leur fruit aussi vite que possible parce que la France en a besoin mais aussi, si possible, avant la fin du quinquennat. Et qu’il est nécessaire de rassurer les « troupes » du Ministère des Armées après le clash avec le Général de Villiers. C’est donc, pour aller vite, une « simple » Revue Stratégique et non un Livre Blanc (après ceux de 1972, 1994, 2008 et 2013).

Ensuite, s’agissant des grandes missions des armées, le résumé (3 pages) de ce document précise que les armées françaises devront être en mesure d’agir de façon autonome dans les domaines de la dissuasion nucléaire, de la protection du territoire et de ses approches, du renseignement, du commandement des opérations, des opérations spéciales et dans l’espace numérique. Dans les autres domaines, les partenariats et coopérations amplifieront les capacités d’action de nos forces. Parmi ces autres domaines, figure donc… la projection de forces. Ayant noté l’importance de « la tête » (renseignement, commandement, numérique) et de la protection (cf Sentinelle), et eu égard aux moyens budgétaires disponibles, le choix entre dissuasion et projection est clair et présent dans la préface du Président de la République : j’ai décidé le maintien de notre stratégie de dissuasion nucléaire et le renouvellement de ses deux composantes : elles sont la garantie ultime de nos intérêts vitaux, de notre indépendance et, plus largement, de notre liberté de décision. Il semblerait donc que la projection à l’extérieur se fera en coalition et en partenariat, y compris en Afrique.

S’agissant de l’innovation, dans le résumé de cette Revue stratégique, l’innovation est présentée comme au cœur de la démarche du ministère et des armées : Accompagner l’innovation et la révolution numérique doit également conduire à décloisonner davantage les domaines civil et militaire et introduire plus d’agilité : celle-ci doit influencer la conception et la conduite des opérations d’armement mais aussi, au-delà de la dimension technologique, inspirer de nouvelles relations entre le monde de la défense et l’ensemble des domaines de la recherche, pour renforcer les capacités de prospective et d’analyse, nourrir la réflexion stratégique et doctrinale et accroître notre agilité opérationnelle.

Plus largement, cet esprit d’innovation doit irriguer tout le ministère, son organisation, ses méthodes de travail, pour en faire évoluer la culture et accepter la part de risque dont il est indissociable. Le recrutement et la fidélisation des talents et des compétences, sur lesquels repose l’ensemble de l’écosystème de défense, constituent un enjeu majeur de cette transformation.

Le rapport complet est, quant à lui, organisé en 3 parties :

  1. Un contexte stratégique en dégradation rapide et durable
  2. De nouvelles formes de guerre et de conflictualité
  3. Notre stratégie de défense : autonomie stratégique et ambition européenne

C’est évidemment dans cette dernière partie que les questions d’innovation sont traitées, notamment dans le chapitre 3. Une ambition industrielle et technologique réaffirmée qui comporte 3 paragraphes :

3 1 La nécessité d’une BITD forte

3 2 Des coopérations technologiques et industrielles maîtrisées

3 3 La préparation de l’avenir et l’intégration de l’innovation
 et du numérique

S’y trouve en particulier une discussion sur les quatre approches possibles en matière de coopérations envisageables concernant les modalités de réalisation des systèmes de défense :

  • la souveraineté qui relève d’une approche nationale, non partageable …
  • la coopération avec maintien des compétences en France concerne les matériels pour lesquels un partage peut être envisagé …
  • la coopération avec dépendance mutuelle …
  • le recours au marché …

Une planche explicite les cas possibles selon les domaines.

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S’agissant des axes de travail pour les partenariats académiques-économiques, le document précise des points intéressants.

Il appelle de ses vœux l’augmentation du niveau des ressources budgétaires dédiées à la S&T (science, recherche, technologie et innovation).

Il note que cet effort financier permettra de continuer à investir dans les technologies les plus longues et coûteuses à maîtriser, spécifiques au domaine de la défense (hypervélocité, amélioration et fusion des senseurs, furtivité active…) Il rendra également possible une démarche exploratoire accrue dans les domaines technologiques porteurs de ruptures et issus du domaine civil (intelligence artificielle, robotique et autonomie décisionnelle, mise en réseau des systèmes, nouveaux matériaux, biotechnologies…) Des démonstrateurs d’envergure permettront de mieux préparer la prochaine génération de systèmes et d’équipements

Selon les travaux de cette Revue stratégique, cette démarche d’agilité inclut la construction de partenariats et la fluidification des échanges, y compris en termes de ressources humaines, au sein d’un écosystème élargi impliquant des acteurs civils et militaires, étatiques, universitaires, entrepreneuriaux et industriels tout en notant que la compatibilité de cet objectif avec les contraintes de déontologie doit faire l’objet d’une attention particulière.

Enfin, il insiste sur le fait que la France devra continuer à proposer une offre de formation au meilleur niveau afin de rester attractive et de préparer les futures générations aux défis à relever en matière de sécurité et de défense.

Résumé de la Revue: https://www.defense.gouv.fr/content/download/514657/8664372/file/Revue+stratégique+de+défense+et+de+sécurité+nationale+2017+-+Synthèse.pdf

La Revue : https://www.defense.gouv.fr/content/download/514655/8664340/file/Revue+stratégique+de+défense+et+de+sécurité+nationale+2017.pdf

Pour mémoire :

Agriculture et innovation :

http://science-innovation-developpement.com/agriculture-recherche-et-innovation/

http://agriculture.gouv.fr/sites/minagri/files/rapport-agriculture-innovation2025.pdf

Santé et innovation :

http://science-innovation-developpement.com/strategie-nationale-de-sante-linnovation-prioritaire/

http://solidarites-sante.gouv.fr/IMG/pdf/dossier_de_presse_sns2017_18092017.docx.pdf

Grand Plan d’Investissement :

http://science-innovation-developpement.com/xxx/

http://www.gouvernement.fr/partage/9535-rapport-de-m-jean-pisani-ferry

Que devient la recherche-développement dans un monde numérique ? Quelle est sa place ? Quels sont ses rôles dans les processus de digitalisation ? À quel point les transformations accélérées des organisations et des produits et services dépendent-elles des activités de R&D ? Sous une apparente trivialité, la question recèle une grande complexité. Surtout si l’on veut dépasser le stade du concept-clé ou de l’exemple censés tout expliquer. Ainsi, la R&D n’est pas la source unique de l’innovation, pas plus dans le numérique qu’ailleurs. Mais l’économie numérique s’impose. Pour en comprendre les ressorts, il faut se pencher sur les logiques d’action des intervenants dans les processus de R&D. Dans les entreprises comme dans la recherche publique.

Qu’il me soit permis de reprendre ici les éléments d’un travail de Futuris et de l’ANRT effectué par Pierre Bitard, Jacques Lesourne, Gérard Roucairol sur les conséquences sur les acteurs du système français de recherche et d’innovation de la révolution numérique.

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Cette étude entend fournir des points de repère, un « état de l’art », sur quatre aspects essentiels de cette révolution en marche :

  • Les bouleversements des mondes de la recherche.
  • Les mues que subissent les relations des entreprises avec les laboratoires de recherche, les entreprises de logiciel et les sociétés de service informatique.
  • Les changements des rôles et places au sein des chaînes de valeur (grandes entreprises, start-up, intégrateurs-systémiers).
  • Les influences de l’État sur les conditions d’usage des données que ses administrations, antennes, agences et organisations produisent, les programmes d’éducation et de formation, les règles de fiscalité qui s’appliquent sur son territoire, le fonctionnement du marché du travail.

Sont explorées les conséquences possibles de la révolution numérique sur les acteurs du système de recherche et d’innovation français. Cela conduit à envisager pistes d’actions et alertes pour les trois catégories d’acteurs principales : les entreprises, les centres de recherche publics ou privés et l’État. L’enjeu est clair : construire ensemble des capacités de développement de stratégies partagées, mutuellement bénéfiques au plan national. Ces « capacités à développer » reposent sur les grandes plateformes, les équipements de pointe, et les systémiers intégrateurs de demain.

Pour les entreprises

  • Il semble nécessaire de nommer un responsable de la transformation numérique directement rattaché au président ou directeur général, tout en ayant des attaches profondes avec les unités opérationnelles.
  • Ce « chef d’orchestre » devra préciser les don- nées numériques auxquelles il est essentiel que l’entreprise puisse avoir accès et la poli- tique que l’entreprise doit mener à cet égard.
  • Il devra ensuite préparer un document stratégique sur les étapes successives que l’entre- prise doit aborder dans son adaptation à la révolution numérique.
  • Dans ce cadre, il conviendra d’examiner si l’entreprise doit s’associer et sous quelle forme à des plateformes créées par des GAFAM ou des offreurs de services et de production de systèmes. Il faudra aussi décider si l’entreprise peut être à l’origine de plateformes plus spécifiques susceptibles d’accueillir d’autres entités.
  • L’entreprise doit avoir constamment une connaissance du vivier des start-up du numérique dont les domaines peuvent être utiles à l’entreprise et doit définir le groupe de celles dont les produits ou procédés sont essentiels pour son activité. Reste alors à établir des formules concrètes de collaboration favorables pour les deux parties.
  • L’entreprise doit examiner quelles conséquences la révolution numérique qu’elle va entreprendre aura sur le volume et les compétences de ses différentes catégories de personnel en vue de gérer les transitions de la manière la plus adaptée au corps social existant. Il est possible en effet que certains métiers soient appelés à disparaître et d’autres à se développer.

Après cette liste d’éléments, il faut introduire une question : la révolution numérique modifiera-t-elle les opérations habituelles de fusion ou d’absorption que connaît la vie des affaires ? D’un côté, les liens logiciels dans le cadre de chaînes informatiques peuvent créer des solidarités au sein de réseaux d’entreprises permettant des coopérations efficaces sans les risques impliqués par les fusions. D’autre part, certaines activités mondiales comme celles des GAFAM peuvent être la source de profits rendant possible la constitution de groupes financiers de type nouveau, jouissant d’aires de monopole dans des espaces partiels. Au-delà, les entreprises peuvent intégrer des activités de développement de composants des systèmes qu’elles offrent.

Pour les centres de recherche publics ou privés

  • La nomination d’un responsable de la transformation numérique peut ici aussi être nécessaire.
  • Le statut des données nécessaires à la recherche ou produites par la recherche du centre doit être précisé et connu des chercheurs et des utilisateurs. Les projets soumis à des financements nationaux ou européens doivent être assurés de la possibilité de création et d’accès aux données nécessaires (question qui peut être délicate dans le cas de projets réunissant des équipes de recherche de pays ou de statuts différents)
  • Les équipes de recherches feront intervenir des chercheurs relevant de disciplines traditionnelles mais aussi des statisticiens spécialistes des grands échantillons, des data scientists et des développeurs de logiciels. En France, du fait de l’appartenance des chercheurs publics à la fonction publique, la coopération entre ces diverses personnes dans le cadre des structures de carrière et de rémunérations est à suivre de près.
  • Enfin, l’exemple Sanofi-Google sur le diabète montre qu’on ne peut exclure la création à l’échelle mondiale d’entités de recherche spécialisées sur de grands problèmes à partir de grandes entités issues de la révolution numérique.

Pour l’État

Six domaines vont devenir particulièrement importants :

  • La réglementation de l’usage des données à la fois nationalement et internationalement et l’arbitrage entre l’intérêt de la collectivité et celui des personnes individuelles. La santé et la sécurité collectives sont à l’évidence des domaines particulièrement sensibles de ce point de vue. Les choix de standards des don- nées qui permettront le développement de la concurrence sont alors cruciaux.
  • La systématisation des méthodes d’enseigne- ment reposant sur l’emploi intensif des technologies du numérique, qui vont de pair avec une évolution des pratiques éducatives, pose une série de nouveaux dé s au système éducatif et de formation. Formations pointues que seule une poignée d’enseignants maîtrise alors que la fraction de la population demandeuse ne cesse de croître. L’un de ces dé s majeurs va être de concilier une éducation de pointe avec un taux d’encadrement élevé et un haut niveau de technicité avec des besoins de masse. Les systèmes de cours en ligne ouverts à tous ou MOOC (massive open on-line courses) représentent l’une des réponses mises en œuvre.
  • Une évaluation de l’ensemble des dispositifs fiscaux qui affectent le numérique en France peut s’avérer nécessaire. Au-delà du diagnostic, cette évaluation devra permettre d’établir des règles qui offrent une attractivité satisfaisante tout en mettant un terme à l’érosion de la base fiscale.
  • La conception de logiciels relève en partie d’un travail de recherche de très haute technicité effectué au sein des laboratoires publics. Les ingénieurs en génie logiciel issus de l’enseignement supérieur jouent aussi un rôle d’importance stratégique. En France, les stratégies nationales de recherche (SNR) et d’enseignement supérieur (Stranes) sont motrices quant à l’ajustement des compétences à la révolution numérique. Le big data est l’un des cinq enjeux de la SNR considérés comme devant être traités avec une urgence particulière. Cette composante data n’épuise pas le sujet. Le volume des moyens à allouer pour favoriser la transition vers l’excellence des forces de recherche et d’applications pratiques reste à apprécier au regard des ambitions nationales, en comparaison internationale (Europe).
  • L’ampleur de la révolution numérique implique qu’elle affecte les domaines stratégiques essentiels. L’État pourrait se doter d’un excellent observatoire international sur les évolutions des nouvelles technologies et leurs usages.
  • Si, comme on peut le penser, la révolution numérique bouleverse la valeur économique des compétences, les sociétés où le droit du travail facilite des adaptations peuvent en tirer des avantages considérables, alors que celles où le droit du travail protège les structures existantes peuvent connaître un accroissement du chômage et des mouvements sociaux violents. De ce point de vue, la France n’est pas la mieux placée.

 

http://www.web1.anrt.typhon.net/sites/default/files/revolution-numerique_futuris-anrt-doubles_1.pdf

Les quatre axes du Grand Plan d’Investissement (GIP) récemment présenté (voir http://science-innovation-developpement.com/le-gpi-prend-la-suite-du-pia/ )se déclinent suivant le tableau suivant.1709 GIP 3

Il est intéressant de faire un zoom sur les actions « libellées innovation ». Selon Jean Pisani-Ferry, repris par le gouvernement, pour accélérer la montée en gamme de l’appareil de production et se mettre en position de porter les ruptures technologiques à venir, la stratégie doit reposer sur au moins quatre leviers.

Un système d’enseignement supérieur et de recherche à la hauteur des exigences du XXIe siècle. Pour former les ingénieurs, les chercheurs, les designers, les créateurs et les entrepreneurs qui fondent toute stratégie d’innovation, la transformation du système d’enseignement supérieur et de recherche doit être accélérée. Elle doit permettre le développement d’universités de rang mondial, dans un contexte de marché de la connaissance mondialisé où de nombreux pays développent des stratégies offensives pour attirer les talents.

Le rapprochement de la recherche fondamentale et des entreprises. Il suppose un écosystème dynamique de collaboration entre les laboratoires, les grandes entreprises et les PME permettant aux avancées des sciences d’être incorporées dans des produits ou des processus de production innovants.

Le financement des jeunes entreprises innovantes. Faute de financements à la hauteur de leur potentiel économique, nombre d’entre elles finissent par s’installer à l’étranger. Lorsque cela se produit, la perte pour l’économie française est double : parce que ce sont autant d’emplois qui seront créés ailleurs, plutôt que sur le territoire national ; et parce que la puissance publique a, bien souvent, participé au financement des premières étapes de projets risqués.

L’accompagnement et la restructuration de secteurs en transformation. L’agriculture et l’agroalimentaire en sont un exemple emblématique. Ils représentent le troisième excédent sectoriel du commerce de biens, mais, faute d’avoir su gagner en productivité et s’adapter aux évolutions des attentes des consommateurs, enregistrent des performances en déclin sur des segments où la France dispose de forts avantages comparatifs.

Les trois premiers leviers sont tellement en phase avec les PIA 1,2 et 3 qu’ils seront financés par les crédits du PIA 3. Les investissements directement fléchés ESRI représentent 8,1 Md€.

1709 GIP 4 Au-delà du soutien à certaines filières particulièrement stratégiques pour notre économie dont la filière aéronautique et certains domaines émergents, par exemple l’intelligence artificielle, les capacités de calcul, la cybersécurité, la nanoélectronique, il faut noter un effort particulier envers le monde agricole afin de stimuler la transformation des filières agricoles et agroalimentaires qui regroupent l’agriculture, la pêche, l’agroalimentaire et le secteur forêt-bois.

Ces secteurs doivent toutefois poursuivre leur transformation. Aujourd’hui, les défis sont nombreux, il s’agit notamment :

  • d’assurer l’adaptation des modèles agricoles pour une meilleure performance économique, sociale, environnementale et sanitaire ;
  • de mieux répondre aux attentes des consommateurs en faisant évoluer l’offre de produits, les pratiques de production et les processus de transformation vers des produits à haute valeur ajoutée et à forte valeur environnementale ;
  • de favoriser le développement des entreprises agricoles et agroalimentaires les plus performantes. Cela passe par des actions de modernisation, de formation, de recherche et développement, d’innovation ou encore de développement des usages du numérique
  • d’améliorer la prévention et la gestion des risques climatiques, sanitaires ou économiques ;
  • de répondre aux défis du changement climatique et de contribuer activement à la concrétisation des engagements de la France en faveur du climat.

De même que les actions en matière de santé sont en prise avec la récente définition de la stratégie nationale de santé, les actions « agri-agro » sont phasées avec les travaux des états généraux de l’alimentation, lancés le 20 juillet 2017, qui doivent permettre aux différents acteurs d’échanger et de se mobiliser sur ces sujets.

Le grand plan d’investissement a vocation à être l’un des instruments moteurs de la transformation de l’ensemble des secteurs agricoles, agroalimentaires, forestiers et de la pêche. Ses ambitions s’articulent autour de quatre priorités :

  • accélérer l’adaptation des outils et le changement des pratiques. Il s’agira notamment de diversifier l’offre de financement et d’en faciliter l’accès pour les entreprises, via par exemple la mise en place de fonds de garantie ou de fonds de prêt. Le ciblage des dispositifs de subvention sera par ailleurs amélioré pour en accentuer l’efficacité et favoriser la diffusion et l’appropriation des innovations ;
  • accélérer la réponse aux défis du changement climatique. Il conviendra notamment d’accompagner l’adaptation des systèmes de production et l’optimisation de la gestion de l’eau, le développement de la bioéconomie, la production d’énergies renouvelables (biomasse agricole, biomasse forestière) ou encore le renforcement des puits de carbone en forêt et la séquestration du carbone dans les sols agricoles ;
  • renforcer la compétitivité de l’aval et la structuration des filières. Un effort particulier sera engagé pour financer la croissance et la consolidation des entreprises de l’aval des filières, agroalimentaires ou non. Ces entreprises peuvent être des start-up, PME ou ETI à fort potentiel, qui forment un maillon stratégique pour le développement de l’ensemble des filières et des territoires ;
  • renforcer le soutien à la recherche et à l’innovation, notamment dans les domaines de la bioéconomie, de l’agriculture numérique, du biocontrôle, de la génétique, des biotechnologies et de l’innovation ouverte.

Autre zoom intéressant à faire : la sécurité.

Dans la SNR française 2015, l’un des 10 défis sociaux est libellé Liberté et sécurité de l’Europe, de ses citoyens et de ses résidents. De même, H2020 contient Sociétés sûres, protection de la liberté et de la sécurité de l’Europe et de ses citoyens parmi ses 7 défis sociétaux.

Quid dans le rapport du GPI ?

Le terme sécurité y est quand même cité 14 fois… dont une seule fois dans l’acceptation la plus prégnante dans l’actualité : le développement de systèmes de sécurité adaptés aux risques naturels et d’origine humaine, notamment terroriste. Par contre, 5 sécurité sociale, 2 sécurité professionnelle, et des sécurité routière, alimentaire, … et 3 cybersécurité qui est même l’un des 4 secteurs émergents cités pour la croissance d’entreprises innovantes.

http://www.gouvernement.fr/partage/9535-rapport-de-m-jean-pisani-ferry

Le GPI prend la suite du PIA

Le PIA va s’éteindre progressivement. Vive le GPI !

Un (le) Grand Plan d’Investissement (GPI) va prendre progressivement la suite du Plan d’Investissement d’Avenir (PIA). Mais que le lecteur soit rassuré, l’esprit, sinon la lettre, reste le même, à quelques modifications de gouvernance près. Les 57 Md€ annoncés ne sont pas tous ni consommables, ni même nouveaux. Et l’Enseignement supérieur, la recherche et l’innovation restent parmi les thématiques fortement soutenues.

C’est suite de la remise d’un rapport de Jean Pisani-Ferry que le Premier ministre a présenté les ambitions, les moyens et la répartition de ce plan.

http://www.gouvernement.fr/partage/9535-rapport-de-m-jean-pisani-ferry

Sur le quinquennat, 57 milliards d’euros d’investissement public seront consacrés à la transition écologique, la formation professionnelle, l’innovation et la transformation de l’action publique.

http://www.gouvernement.fr/grand-plan-d-investissement-57-milliards-d-euros-d-investissement-public-sur-le-quinquennat .

1709 GPI 1Selon le Premier ministre, ce Plan repose sur quatre principes clés. Le premier c’est l’amplification et la sanctuarisation de l’effort d’investissement public. (…) Deuxième principe, c’est un principe en matière de gouvernance, c’est la responsabilisation des ministres pour engager ces investissements, pour assurer leur cohérence avec les réformes structurelles que nous mettons en œuvre, réformer et investir, …

Troisième principe, c’est la mise en avant d’actions concrètes avec un impact visible pour nos concitoyens, (…), l’objectif c’est moins le montant des investissements, que la nature des investissements, que ce qu’ils vont permettre, que la transformation qu’ils vont provoquer.

Quatrième et dernier principe, la réorientation durable des dépenses de fonctionnement vers des dépenses d’investissement plus actives…

Il est effectivement intéressant de remarquer qu’un certain nombre d’objectifs sont quantifiés. Sont notamment attendus à l’issue du quinquennat :

  • 300 000 emplois et une baisse d’un point du taux de chômage structurel
  • Une division par deux du nombre de passoires thermiques occupées par des ménages modestes propriétaires ou locataires du parc social
  • Le remplacement de 500 000 véhicules polluants
  • Une augmentation de 70 % de la production d’énergie renouvelable
  • La conversion de 5 000 PME à la lutte contre le gaspillage
  • L’achèvement de la couverture du territoire en Très Haut Débit
  • 100 % de services publics dématérialisés
  • Le doublement du nombre de maisons de santé

25 initiatives sont précisées, voir en fin de cet article.

Le plan d’investissement reposera sur quatre sources de financement :

  • Des instruments financiers (prêts, garanties, fonds propres) sans effet sur le solde (11 milliards)
  • La réorientation de crédits existants vers les finalités du plan d’investissement (12 milliards)
  • Des mesures nouvelles (24 milliards)
  • L’intégration du PIA 3 (10 milliards, dont 6 de subventions et 4 de fonds propres)

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Par rapport au PIA, la gouvernance évolue. Les moyens du plan d’investissement seront inscrits dans les crédits des ministères. Ils bénéficieront d’une garantie de stabilité et d’exonération des régulations budgétaires. En contrepartie, les ministères devront mettre en place des procédures exigeantes de sélection, de suivi et d’évaluation ex post. Ils rendront des comptes sur les résultats obtenus au regard d’indicateurs correspondant aux objectifs des actions qu’ils conduiront. Le secrétariat du plan d’investissement devra être assuré par une structure légère prenant appui sur l’actuel Commissariat Général à l’Investissement qui devrait donc être maintenu à son niveau interministériel mais avec un périmètre d’intervention redéfini. Il est donc suggéré qu’un Secrétariat aux investissements coordonne l’activité des comités de pilotage thématiques, notamment leurs méthodologies et organisera le suivi d’ensemble du plan d’investissement. Sur la base de bilans réguliers des comités de pilotage, il établira une synthèse à l’intention du Premier ministre et formulera des propositions de réallocation en fonction des résultats observés.

Enfin, intéressons-nous, à titre peut-être anecdotique, à la liste des personnalités auditionnées. Mais en creux. C’est à dire à celles qui n’ont pas été auditionnées !

La ministre des Solidarités et de la Santé, Agnès Buzyn, n’a pas été auditionnée alors que l’un des 9 sous-axes de ce plan d’investissement est Accompagner la transformation du système de santé, pour la bagatelle de 4,9 Md€ et que vient d’être présenté la stratégie nationale de santé, dont l’une des 4 priorités est l’innovation, voir http://science-innovation-developpement.com/strategie-nationale-de-sante-linnovation-prioritaire/ .

Et si le président de la CPU, Gilles Roussel, a bien été auditionné, tel ne fut pas le cas d’Anne-Lucie Wack de la CGE dont il faut quand même rappeler que les 222 Grandes écoles diplôment 40% des master en France, et peuvent être considérées comme des modèle en matière d’orientation adaptée et d’insertion professionnelle, voire de recherche, car elles représentent un tiers des thèses soutenues en France (http://www.cge.asso.fr/publications/2014-cge-fiche-thematique-05-la-recherche/) .

LISTE DES INITIATIVES

  • Diviser par deux le nombre de passoires thermiques occupées
 par des ménages modestes propriétaires ou locataires du parc social
  • Réduire l’empreinte énergétique des bâtiments publics
  • Accompagner le remplacement de 500 000 véhicules polluants
  • Soutenir le développement de solutions de transports innovantes
et répondants aux besoins des territoires
  • Moderniser les réseaux routiers et ferroviaires
  • Augmenter notre production d’énergie renouvelable
  • Accueillir des chercheurs du monde entier pour lutter contre le changement climatique
  • Développer des modèles de rupture pour la ville de demain
  • Accélérer le développement d’un modèle de transport durable
  • Convertir 5 000 PME à la lutte contre le gaspillage
  • Former et accompagner vers l’emploi 1 million de chômeurs faiblement qualifiés
  • Former et accompagner vers l’emploi 1 million de jeunes décrocheurs
  • Promouvoir les expérimentations en faveur
de la formation des maîtres et des professeurs
  • Améliorer l’insertion professionnelle des jeunes
  • Transformer le premier cycle universitaire
  • Accélérer la transformation de l’université
  • Soutenir l’innovation des entreprises
  • Soutenir les filières stratégiques
  • Soutenir le déploiement du très haut débit Créer un fonds pour la transformation publique
  • Objectif 100 % des services publiques numérisés
  • Renforcer les dispositifs d’accompagnement des réformes
  • Accélérer la transition numérique du système de santé
  • Accélérer la transition numérique du système de cohésion sociale
  • Développer les maisons de santé

La France se remet lentement de la crise de 2008, avec un déficit commercial persistent, et des résultats moyens de ses différentes réformes stratégiques visant à améliorer les performances de sa recherche. Elle est confrontée à 3 défis :

  • Simplifier et améliorer l’efficacité de la politique d’innovation.
  • Promouvoir l’évaluation de la politique de R&I.
  • Améliorer la qualité de la base de recherche publique.

Tels sont les points essentiels du rapport 2017 de l’Observatoire de Recherche et de l’Innovation du Joint Research Center de la Commission Européenne.

Le constat détaillé est le suivant :

  • L’économie française se remet lentement de la crise de 2008 et a enregistré un taux de croissance de 1,3 % en 2015, poussée par la consommation des ménages ainsi que, dans une moindre mesure, par une reprise des investissements.
  • Le déficit commercial français est persistant. Les secteurs de haute technologie, comme l’aéronautique ou l’industrie aérospatiale, affichent de bons résultats sur les marchés internationaux, au même titre que les secteurs des produits cosmétiques, agroalimentaires et de luxe. La productivité de la France est l’une des plus élevées en Europe.
  • Les dépenses intérieures brutes de R&D (DIRD) de la France ont continué à progresser en termes nominaux depuis 2006. Au sein de l’EU-28, la France se classe en deuxième position derrière l’Allemagne.
  • Le rapport DIRD/PIB était de 2,24 % en 2014. La France se classe en 8e position, au-dessus de la moyenne de l’EU-28 (2,03 % en 2014), avec une augmentation généralisée de l’intensité de R&D depuis 2007.
  • Bien que la France ait mis en œuvre de nombreuses réformes stratégiques visant à améliorer les performances de la recherche au cours des dix dernières années, les résultats restent moyens au niveau national, tant sur les plans qualitatifs que quantitatifs.
  • Selon le tableau de bord européen de l’innovation 2016, la France se situe dans le groupe des «innovateurs forts» en ce qui concerne les résultats en matière d’innovation.

Les Principaux défis que la France doit relever sont donc au nombre de 3.

Simplifier et améliorer l’efficacité de la politique d’innovation.

La France possède un large éventail d’instruments d’organismes publics visant à promouvoir l’innovation, mais affiche cependant des performances moyennes dans ce domaine. Ce décalage entre le nombre d’instruments et leurs résultats effectifs a conduit à la mise en œuvre de plusieurs initiatives visant à simplifier et à améliorer l’efficacité de la politique d’innovation.

Promouvoir l’évaluation de la politique de R&I.

Au cours des 15 dernières années, la priorité donnée à l’innovation a entraîné une multiplication de mesures de soutien manquant souvent de stabilité et de clarté. Dans ce contexte, l’absence d’évaluation de l’ensemble de ces mesures est considérée comme un problème récurrent. Ce facteur complique la tâche des décideurs politiques au moment de juger de l’efficacité des décisions antérieures et de motiver leurs politiques futures. Pour y remédier, plusieurs organes d’évaluation ont été récemment créés et constituent une avancée dans le développement d’une culture de l’évaluation.

Améliorer la qualité de la base de recherche publique.

La performance moyenne de la recherche publique est une source de préoccupation constante en comparaison à la production scientifique de pays similaires au cours des dix dernières années. De nombreuses réformes ont récemment été menées en vue de modifier la structure de la recherche publique. Les gouvernements successifs ont consenti des efforts importants pour influer davantage sur l’orientation de la recherche, renforcer le rôle des universités et favoriser le recours au financement de projets.

<https://rio.jrc.ec.europa.eu/en/file/10968/download?token=VKOkhRTg>

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Note d’actualité : L’appel à projets générique pour l’année 2018 de l’ANR est paru et est ouvert à toutes les disciplines scientifiques et à tous types de recherche.
<http://www.agence-nationale-recherche.fr/AAPG2018>


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92100 Boulogne-Billancourt