Jan 18

Australie : une feuille de route pour la robotique

L’Australie vient de se doter d’une feuille de route pour la robotique. Elle a vocation à guider le développement d’une industrie soutenant l’automatisation des procédés dans tous les secteurs de l’économie australienne.

Partant du constat que la transition industrielle est une nécessité pour maintenir le niveau de croissance et de vie en Australie, cette feuille de route insiste sur l’éducation et la formation des générations futures, afin de les équiper des compétences nécessaires pour intégrer, développer ou créer les technologies de demain. Elle constate que l’innovation est stimulée d’une part par la présence de compétences complémentaires dans des centres croisant recherche et technologie de pointe, et d’autre part, par la compétition et les défis qui sollicitent l’esprit d’entrepreneuriat et permet le développement de compétences pour résoudre les problèmes par la création de nouvelles technologies.

Le comité de rédaction de cette feuille de route s’est appuyé sur 5 principes de base pour son élaboration :

  1. L’industrie robotique doit faire progresser la compétitivité économique de l’Australie en créant des emplois qualifiés, et avec une politique adaptée, en aidant à la reconversion des emplois qui vont disparaître.
  2. L’utilisation de la robotique sur le lieu de travail doit permettre d’éliminer les travaux routiniers, d’améliorer l’efficacité des travailleurs, et de leur permettre de dédier plus de temps à des tâches valorisantes.
  3. La robotique doit réduire les risques pour les travailleurs en situation dangereuse.
  4. L’automatisation doit aider à fournir un service meilleur et plus uniforme dans les régions isolées.
  5.  Les décisions d’investissement et d’intégration de la technologie robotique doivent être clairement comprises, cette feuille de route aide à voir l’état actuel et sans doute futur de la robotique en Australie.

L’état des lieux du secteur de la robotique montre que l’Australie a développé une technologie de pointe dans le domaine, notamment dans le secteur minier, et qu’elle possède une recherche de haut niveau, connecté au secteur industriel. Le pays bénéficie également de sa géographie offrant de grands espaces utilisables comme espaces de test, et qui le pousse à développer des solutions technologiques pour les zones isolées. Mais l’Australie souffre d’un marché de petite taille et d’une industrie peu développée et peu reconnue sur la scène internationale. De plus, la culture entrepreneuriale et la prise de risque économique sont peu développées en Australie.

Cette feuille de route propose 18 recommandations afin de favoriser la transition de nombreux secteurs économiques en Australie par l’intégration de la robotique.

Industrie 

  1. Encourager la création d’entreprises de haute-technologie qui utilisent la robotique et encourager l’automatisation dans les entreprises existantes
  2. Attirer les investissements en R&D des compagnies locales et étrangères par des incitations fiscales, notamment en direction des compagnies utilisant des droits australiens de propriété intellectuelle
  3. Orienter les compétences de la main d’œuvre australienne avec des formations appropriées d’initiation ou de développement de compétences pour l’utilisation des technologies robotiques.

Dans le domaine de l’éducation, il s’agit d’équiper les Australiens des compétences nécessaires dans cette transition industrielle :

  1. En établissant des formations à la robotique et aux systèmes autonomes dans toutes les filières, et en développant la recherche et les collaborations, avec une préoccupation pour l’égalité des genres.
  2. En développant un système d’attestation de compétences en robotique dans les universités et les établissements de formation professionnelle australiens, et en soutenant l’organisation de compétitions de robotique au niveau secondaire afin d’attirer des talents dans le secteur.

Un certain nombre de recommandations s’adresse au gouvernement australien, qui doit stimuler les activités de la robotique en établissant un cadre judiciaire et éthique, et en intégrant les technologies robotiques dans les services gouvernementaux :

  1. Ce cadre devrait être cohérent avec les modèles émergents à l’étranger (Europe), et inclure des réglementations pratiques (la fréquence utilisée par les véhicules autonomes, par exemple). Un organisme gouvernemental devrait être mis en place pour accélérer l’approbation des nouvelles applications robotiques commercialisables.
  2. Le gouvernement devrait investir dans ces technologies robotiques, les développer et soutenir leurs infrastructures, y-compris les banques de données et réseaux de télécommunication sur lesquels elles s’appuient.
  3. Une étude des industries de la robotique et des technologies associées ainsi que de leurs utilisations devrait être mise en place afin de mieux guider et financer le secteur.
  4. Un soutien financier et politique devrait être apporté pour l’amélioration des qualifications, la reconversion, et la migration des travailleurs qualifiés, afin de former, d’attirer ou de retenir les talents de la robotique en Australie.
  5. Des espaces d’essais pour tester des nouvelles initiatives en robotique, dépourvus de certaines contraintes de règlementations, devraient être mis en place afin d’accélérer leur mise au point (pour les véhicules autonomes ou la télémédecine, par exemple).
  6. Des standards de sécurité, de gestion des risques et d’interopérabilité devraient être mis en place pour les robots, alignés sur les standards internationaux.

La recherche et développement du secteur de la robotique devra évoluer afin de stimuler l’innovation, d’attirer les investissements, de conduire à plus de commercialisations et d’encourager les applications robotiques en sciences sociales.

  1. Des centres de compétences en technologies robotiques, construits sur les compétences existantes, devraient être mis en place, notamment pour encourager les collaborations recherche-industrie. Ces centres devraient fournir une formation doctorale, inclure des laboratoires d’essais, et favoriser le partage de données, de brevets, de codes, de standards et d’infrastructures afin de stimuler le développement de la robotique en Australie.
  2. Un plan de financement spécifique devrait être développé afin de soutenir la recherche du secteur et d’aider à la commercialisation des technologies robotiques, donnant la priorité aux entreprises nouvelles et aux industries émergentes, au soutien pour l’automatisation des entreprises existantes, et aux approches technologiques centrées sur l’humain.
  3. Les industries existantes et émergentes devraient structurer leurs programmes de recherche et développement vers une évolution cohérente de la robotique, et les priorités du secteur devraient être développées et financées par le gouvernement.
  4. La recherche interdisciplinaire devrait être encouragée afin de répondre aux préoccupations sociales et culturelles concernant l’intégration de la robotique.

Cette transition doit être soutenue par une culture de l’entrepreneuriat dans les domaines de compétences australiennes, sur des niches technologiques pour lesquelles la robotique s’attèlerait à résoudre les défis de l’Australie

  1. Une stratégie nationale de la robotique devrait être développée, par un organisme multisectoriel par exemple, qui établirait une feuille de route des règlementations nationales du secteur. Cette stratégie devrait être fondée sur les collaborations afin de faciliter le regroupement en centres de compétence et d’encourager au partage des connaissances, des compétences et des ressources.
  2. Sensibiliser les industries, le gouvernement et le grand public sur les avantages de l’intégration des technologies robotiques (création d’emplois, service dans les zones isolées, gains en efficacité et productivité, sécurité…).
  3. Développer et financer directement des compétitions de robotique pour attirer l’intérêt, l’implication, les idées et les talents dans le secteur

La feuille de route développe ensuite les différents secteurs pour lesquels les besoins en robotique vont se développer. Elles devraient permettre de développer les capacités de la médecine (télémédecine dans les zones isolées, performances de tâches répétitives, analyse de données). De nombreux services devraient bénéficier de ces technologies (service de distribution à moindre coût, surveillance policière, soutien aux enseignants, médecins et infirmiers, services ménagers, maintenance des infrastructures, etc…). La défense, l’agriculture, l’environnement et l’espace sont également des domaines pour lesquels des robots adaptés peuvent collecter des informations, les analyser, et éventuellement agir…

https://www.roboticvision.org/wp-content/uploads/Robotics-Roadmap_FULL-DOCUMENT.pdf

https://www.diplomatie.gouv.fr/fr/politique-etrangere-de-la-france/diplomatie-scientifique/veille-scientifique-et-technologique/australie/article/la-feuille-de-route-australienne-pour-la-robotique

Et en France ? L’analyse des besoins actuels et futurs en matière de robotique, la promotion et le développement de l’offre technologique et de services, la mise en place d’actions d’intérêt général et de collaborations entre les acteurs constituent les objectifs essentiels des Etats Généraux de la Robotique organisés chaque année par la Direction Générale des Entreprises du Ministère de l’Economie et des Finances.

La cinquième édition se tiendra au Salon Global Industrie le 7 mars 2019 à Eurexpo, Lyon.

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Jan 11

L’innovation de défense, un rôle moteur pour l’innovation de rupture

L’innovation est présentée par le gouvernement comme une priorité absolue pour notre autonomie stratégique. Force est de reconnaître que les efforts publics financiers, fiscaux, règlementaires,… en faveur de l’innovation sont importants, continus et transpartisans. Deux des derniers évènements en la matière ont été les mises en place de l’Agence de l’Innovation de Défense (AID) et du Conseil de l’Innovation. 

L’AID a été créée au premier septembre 2018 avec une mise en place opérationnelle au 1erjanvier 2019. Elle vient de publier un premier appel à propositions sur l’Intelligence Artificielle https://www.defense.gouv.fr/dga/actualite/preselection-de-projets-ia-appel-a-proposition.

Le Conseil de l’Innovation s’est réuni pour la première fois le 13 décembre 2018… à l’Innovation Défense Lab de l’AID ! Cette première séance a été consacré à l’innovation de défense. Il est intéressant de présenter objectifs et dispositifs en la matière.

L’innovation technologique conditionne aujourd’hui pour une grande part la souveraineté et l’autonomie stratégique de la France. C’est pourquoi l’innovation constitue un des quatre piliers de la Loi de Programmation Militaire (LPM) et une priorité de l’action de la Ministre des armées. La Revue stratégique de défense publiée fin 2017 décrit un environnement stratégique incertain dans lequel la supériorité technologique des armées françaises peut être remise par des technologies issues du monde civil et utilisées de façon très agile par des adversaires asymétriques et par le retour des Etats-puissances qui investissent massivement dans des technologies de rupture, telles que le spatial, l’intelligence artificielle, l’hyper-vélocité, l’informatique quantique, et mettent la France et l’Europe en situation de risque technologique. 

De plus, l’investissement de long terme dans l’innovation de défense permet à la base technologique et industrielle française de maintenir des compétences académiques et des savoir-faire industriels stratégiques. C’est un facteur de compétitivité et donc de pérennité de l’industrie française de défense. 

Une nouvelle ambition 

Dans ce contexte, le ministère des armées doit non seulement poursuivre son effort d’investissement en R&D de long terme mais également s’ouvrir à l’innovation civile et à l’écosystème des start-ups pour saisir les opportunités d’intégration rapide de nouvelles technologies à forte valeur ajoutée. Cette ouverture est la priorité de l’Agence de l’innovation de défense (Agence ID), créée en septembre 2018, et dirigée par Emmanuel Chiva, par ailleurs animateur du très intéressant blog VMF 214 https://vmf214.net/author/emchiva/

L’ambition du ministère portée par cette Agence s’articule autour de trois objectifs : 

Maîtriser des cycles courts pour intégrer au plus tôt des innovations issues du monde civil et créer des ruptures d’usage sur le terrain des opérations. Pour atteindre cet objectif, le ministère : 

  • amplifie sa politique de partenariat et d’innovation ouverte (« open innovation ») avec les écosystèmes les plus innovants (pôles de compétitivité, clusters, universités, organismes de recherche, incubateurs) dans tous les domaines. L’Innovation Defense Lab, qui accueille cette séance du Conseil de l’Innovation, sera le nouveau hub de cette innovation ouverte ; 
  • développe un lien privilégié avec les PME et start-ups grâce à des outils qui leur sont dédiés (Fonds de capital-risque Definvest, dispositif RAPID, Défis start-ups). Le plan Action PME annoncé en avril renforce les dispositifs en faveur des PME ; 
  • monte en puissance rapidement sur la science des données, l’intelligence artificielle et les objets connectés pour accélérer sa transformation numérique. 50 experts seront recrutés d’ici 2020, les études sur ces sujets passeront de 10 à 100 millions d’euros de budget annuel ;
  • encourage fortement l’innovation et l’intrapreneuriat de ses personnels, qui sont les mieux à même d’innover dans leurs métiers et leurs usages. Cette action est portée par la Mission pour l’Innovation Participative qui fête ses 30 ans cette année et est désormais rattachée à l’Agence ID. 

Maintenir l’effort sur des usages technologiques spécifiques à la défense dans des domaines tels que l’optronique, la guerre électronique, l’artillerie du futur, le successeur du char Leclerc, les drones de surveillance armés,… Pour atteindre cet objectif, le ministère : 

  • met l’accent sur l’expérimentation. Le ministère développe l’usage des techniques de prototypage rapide, d’expérimentation agile et d’acquisition en temps contraint ;
  • promeut des initiatives de types défis/hackhatons pour stimuler les communautés innovantes sur les préoccupations spécifiques défense. (ex : défis ANR-DGA) ; 
  • mène une politique de grands démonstrateurs pour démontrer la faisabilité des capacités structurantes pour les armées à horizon 2030 (ex : NEURON), en bénéficiant de l’augmentation des crédits d’études et d’innovation qui atteindront 1 Md€ en 2025 dans le cadre de la LPM 2019-2025. 

Détecter et investir au plus tôt dans des innovations à maturation longue porteuses de rupture pour le système de défense à horizon 2030. Pour atteindre cet objectif, le ministère : 

  • investit dans la recherche stratégique pour détecter les ruptures géo-politiques et capacitaires. Les « labels d’excellence de la recherche stratégique » délivrés par le ministère à des centres académiques, ont pour objectif de créer une filière d’excellence sur les « war studies » ; 
  • noue des partenariats de long terme avec les opérateurs de recherche et les équipes académiques les plus performantes pour détecter et investir dans les ruptures technologiques à venir (furtivité active, hypervélocité, drones en essaim, arme à énergie dirigée, informatique quantique…). Le Ministère des armées contribue ainsi au financement des grands organismes de recherche que sont le CNES, l’ONERA, ou le CEA, et collabore étroitement avec les opérateurs que sont l’Agence Nationale de la Recherche ou Bpifrance. Plus de 130 thèses et post-docs par an et plusieurs centaines de projets de recherche sont ainsi financés chaque année ; 
  • est aux avant-postes de la construction de l’Europe de la défense en matière de R&D. L’Agence ID sera résolument tournée vers l’Europe et tirera pleinement partie de l’opportunité formidable qu’est aujourd’hui le fonds européen de défense et que sera demain l’agence européenne de l’innovation de rupture voulue par le Président de la République. 

Les laboratoires communs soutiennent les coopérations civiles et militaires. Historiquement, l’un des tout premiers laboratoires communs avec l’industrie a été celui de Thales avec le CNRS en 1995 puis avec l’université Paris Sud en 2000, qui a conduit au prix Nobel d’Albert Fert en 2007 sur la spintronique. Ce laboratoire a permis les technologies très innovantes, comme les capteurs de champs magnétiques et les mémoires non volatiles. Fort de ce constat, le ministère en charge de la recherche a initié en 2013 le programme Labcom, dont l’objectif opéré par l’ANR était de créer 100 Laboratoires communs avec des PME en 3 ans. Le programme a depuis été pérennisé dans le plan d’action de l’ANR, avec actuellement, 121 laboratoires communs sélectionnés pour une durée de 3 ans, pour chacun le laboratoire académique perçoit une subvention forfaitaire de 300 k€. 

Des nouveaux moyens, une nouvelle organisation 

Le ministère des armées consacre des moyens conséquents à l’innovation et la recherche et constitue un acteur majeur du soutien public à l’innovation : 

  • le budget dédié aux études, à la recherche et l’innovation représente 1 Md€ par an au sein de la mission Défense et augmentera de 25 % d’ici 2022. La Loi de Programmation Militaire prévoit également le lancement de programmes majeurs : porte-avion nouvelle génération, système majeur de combat terrestre MGCS, système de combat aérien du futur. Au total, ce sont plus de 4,5 Mds€ par an qui sont consacrés à la préparation de l’avenir ; 
  • les 6 000 ingénieurs experts techniques de la Direction Générale pour l’Armement couvrent un large spectre de technologies. Il se renforceront dans les domaines du numérique, de la cyber et de l’intelligence artificielle dans les mois à venir ; 
  • des commandes publiques à l’industrie française : en tant que premier acheteur de l’Etat, le Ministère des armées investit à hauteur de 11 Md€ par an aujourd’hui dans l’industrie, et ce montant augmentera de près de 30 % d’ici à 2025. 

Cet investissement est réalisé en grande majorité dans des projets à haute intensité technologique (deep-tech), comportant une prise de risque importante. Il bénéficie directement aux laboratoires et aux entreprises françaises et européennes. Cet investissement doit être réalisé dans un équilibre entre une logique top-down et une approche bottom up. L’Agence Innovation Défense aura pour mission de garantir cet équilibre. Enfin, cet investissement doit être réalisé en synergie avec la politique gouvernementale de soutien à l’innovation pour permettre les fertilisations croisées entre les usages civils et militaires. 

Programme ASTRID – Accompagnement Spécifique des Travaux de Recherche et d’Innovation Défense 

Le programme ASTRID (Accompagnement Spécifique des Travaux de Recherche et d’Innovation Défense) accompagne depuis 2012 les travaux de recherche duale. Financé par la DGA et mis en œuvre par l’ANR, ce dispositif permet de soutenir des recherches à caractère fortement exploratoire et innovant. Dans ce cadre, un large éventail de thématiques scientifiques peuvent être soutenues parmi les disciplines suivantes – Ingénierie de l’information et robotique, Fluides, structures, Ondes acoustiques et radioélectriques, Nanotechnologies, Photonique, Matériaux, chimie et énergie, Biologie et biotechnologies, Homme et systèmes, Environnement et géosciences. Les projets soutenus ont une durée de 18 à 36 mois et l’aide qui leur est allouée est limitée à 300 k€ par projet. Depuis 2011, 202 projets ont été financés ou sont en cours de financement, soit en moyenne 34 projets par an. 

Une stratégie en synergie avec la politique gouvernementale 

La dualité civil-militaire est une priorité de la politique du Ministère des armées en matière d’innovation et dès lors que les projets contiennent une part de dualité, des partenariats sont systématiquement mis en place avec les opérateurs civils et les dispositifs interministériels. Le ministère des Armées contribue à la gouvernance et au financement des plans gouvernementaux de soutien aux domaines technologiques stratégiques intéressant la défense : supercalcul, nanotechnologies, espace, intelligence artificielle. La cybersécurité également fera l’objet dans les prochains mois d’une feuille de route interministérielle. 

Il est néanmoins nécessaire de renforcer cette dynamique interministérielle afin que les enjeux de défense soient pleinement intégrés à la politique gouvernementale sur l’innovation. C’est pourquoi les ministères concernés ont décidé de renforcer les liens de collaboration sur l’innovation. 

Sur la gouvernance haute de l’innovation, l’Agence d’innovation de Défense pour le ministère des Armées sera largement associée aux travaux du Conseil de l’innovation et au pilotage des Grands défis, et réciproquement. Une collaboration entre l’Agence d’innovation de Défense et la Direction générale des entreprises au sein du ministère de l’économie et des finances sera créée afin de coordonner les actions en matière d’innovation duale. L’Agence collaborera également avec Bpifrance pour établir un partenariat global et prendre en compte les nouveaux outils orientés deep-tech. Enfin, l’Agence collaborera avec le ministère de la Recherche pour définir d’ici avril 2019 une nouvelle stratégie de collaboration avec les écoles et les organismes de recherche. 

Mais l’innovation de défense ne fonctionne pas en vase clos. Elle est ouverte sur l’extérieur. Pour preuve, on peut citer quelques exemples d’innovations de défense portées par des structures à vocation civile 

Les Instituts de recherche technologique (IRT) contribuent également au développement de technologies duales. Des thématiques, telles que l’intelligence artificielle, la simulation, la réalité augmentée, la sureté de fonctionnement, les systèmes collaboratifs ou la cyber sécurité, sont propices aux développements de briques technologiques pour des applications civiles et militaires. Par exemple, l’IRT SystemX, basé sur le plateau de Saclay, travaille avec Naval Group sur la sécurisation des infrastructures portuaires dans un cadre dual qui pourra s’appliquer à des cas d’usage orientés Défense. 

Créée en 2016, la start-up SINTERmat capitalise sur plus de 15 ans de recherche dans les laboratoires de l’Université de Bourgogne et développe une technologie de frittage rapide, communément appelée SPS (Spark Plasma Sintering). Cette technologie permet d’agglomérer des nanopoudres et d’obtenir ainsi des pièces d’une résistance et d’une densité exceptionnelles qui sont utilisées dans l’industrie aéronautique, automobile ou de défense, mais aussi dans l’industrie du luxe. La maturité acquise permet à SINTERmat de passer dès à présent à une production industrielle, industrialisation rendue possible par la levée de fonds réalisée auprès du fonds DEFINVEST, géré par Bpifrance pour le compte du Ministère des Armées, d’investisseurs privés et de la SATT Sayens. L’achat d’une machine de frittage, aux capacités uniques en France et en Europe, et son installation prochaine dans de nouveaux locaux à Montbard (Côte d’Or) vont permettre à SINTERmat de répondre aux sollicitations déjà nombreuses de ses clients et d’assurer son développement commercial. SINTERmat a été accompagné par la SATT Sayens dans la maturation de sa technologie et sa stratégie de propriété industrielle. C’est également la 1ère start- up dans laquelle la SATT SAYENS prend une participation au capital. 

<http://cache.media.enseignementsup-recherche.gouv.fr/file/Innovation/74/9/DP_Conseil_de_l_innovation_1049749.pdf>

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Déc 28

La France améliore (améliorait ?) sa compétitivité

Restons optimistes. Une bonne nouvelle n’arrive jamais seule. C’est presque une question de cohérence.

La semaine dernière, c’était la bonne attractivité industrielle de la France qui était analysée par EY. Cette semaine, je souhaiterai terminer l’année par une autre bonne note (malgré les évènements actuels et le pessimisme ambiant !) et relayer le gain d’une place de la France en matière de compétitivité… selon le Forum économique mondial : de la 18ème à la 17ème place, alors qu’elle était 21ème en 2016. La progression continue ! Pourvu que ça dure …

La France a été particulièrement performante en matière de qualité de santé (7ème), de ses infrastructures (8ème), et de sa capacité d’innovation (11ème), notamment grâce à ses instituts de recherche (3ème) ou la qualité de ses publications (5ème) selon le Forum économique mondiale : « En tant qu’hôte d’institutions de recherche de classe mondiale (3ème), le pays affiche une excellente capacité d’innovation (11ème) et se classe parmi les meilleurs pays du monde en termes de nombre et de qualité de ses publications de recherche (5ème) souligne le Forum.

Le Forum économique mondial note que « La France sécurise une place parmi les vingt premières économies mondiales, en ayant récemment lancé un programme de réformes ambitieuses avec la loi travail, effectué une réforme des services publics et rendu le pays attractif aux investisseurs du secteur des technologies ».

Il analyse aussi que « Si la France n’apparaît qu’à la 17ème place, c’est notamment en raison de ses mauvais scores en termes de marché du travail, de compétences (et notamment numériques) de la population et de dynamisme des entreprises en particulier à l’égard du risque entrepreneurial ». Et force est de reconnaître que les performances en matière de formation et d’enseignement ne sont pas à la hauteur de ce qui pourrait être attendu.

Les États-Unis ont détrôné la Suisse, première depuis neuf ans, et qui figure désormais en quatrième position derrière Singapour et l’Allemagne.

Le rapport note que « Avec un score de 85,6 sur 100, les États-Unis sont le pays le plus proche de la frontière de la compétitivité. … Ils sont notamment en tête du pilier ‘dynamisme des entreprises’, grâce à leur forte culture d’entrepreneuriat, du pilier ‘marché du travail’ et du pilier ‘système financier’ ».

http://www3.weforum.org/docs/GCR2018/05FullReport/TheGlobalCompetitivenessReport2018.pdf

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J’en profite pour vous remercier, vous les presque 2200 abonnés de ce blog, et vous souhaiter une excellente année 2019, charge à nous tous de l’inventer et de la construire avec volonté, dynamisme, création de valeurs (ce que certains oublient.. avant de la distribuer, la valeur, il faut la créer !) et sérieux (notamment des réflexions systémiques),  … mais autant de légèreté que possible. La vie est belle ! Ne l’oublions jamais.

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Déc 20

Attractivité industrielle de la France …

La France est depuis plusieurs années la première destination européenne en nombre d’investissements étrangers dans des sites de production. Surprenante, cette dynamique contraste avec la situation générale de notre industrie. Tel est l’un des constats du baromètre dédié à l’attractivité industrielle de la France pour les investisseurs étrangers d’EY (… soit Ernst & Young Global Limited).

Image, emplois, implantations, compétitivité, impacts sur les territoires, quelles sont les réalités et la perception du site France pour les dirigeants internationaux ?

Quelques réponses rapides, même si je vous encourage à vous plonger dans le rapport complet pour bien comprendre les critères utilisés.

  • La France est leader en Europe, avec 323 projets industriels menés par des investisseurs étrangers en 2017, contre 216 au Royaume-Uni et 163 en Allemagne.
  • 38 % des répondants du Baromètre EY de l’attractivité 2018 souhaitent une baisse du coût du travail en France.
  • L’industrie capte le tiers des projets d’investissement étranger en France. À titre de comparaison, ce ratio ne s’élève qu’à 20 % au Royaume-Uni et en Allemagne.
  • 41 % des répondants du Baromètre EY de l’attractivité 2018 souhaitent plus de simplification administrative.
  • 77 % des décideurs internationaux ont confiance en l’avenir de l’industrie en France.
  • 73 % des consommateurs sont prêts à payer plus pour des produits garantis Made in France.
  • Entre 2014 et 2016, seules 51 % des entreprises de 10 salariés ou plus ont innové.

Plus de 22 000 entreprises industrielles à capitaux étrangers sont implantées en France, et près de 1 salarié sur 9 travaille dans une filiale de groupe étranger. La France conserve la 1ère place en termes d’accueil de projets industriels européens (16% des projets).

Évolution 2013-2017 des investissements industriels en France, Allemagne et Royaume-Uni (nombre de projets)

Implantations et extensions d’usines réalisées en 2016 et 2017 par des investisseurs étrangers en Europe (nombre de projets)

Coût élevé, mais compétitivité en progrès

Depuis 2012, la progression du coût horaire du travail dans le secteur marchand – qui intègre l’industrie – a été plus modérée en France qu’en zone euro (+5,4% contre +7,1% en zone euro) et en particulier qu’en Allemagne (+11,4%). Le coût d’une heure chargée dans l’industrie reste pour cependant élevé dans les deux pays (38,8€/h en France, 40,2€/h en Allemagne) selon Eurostat en 2017.

La transformation du crédit d’impôt pour la compétitivité et l’emploi (CICE) en allégements de charges en 2019 pourrait réduire le coût du travail en France dans certains secteurs. La fiscalité pesant sur l’industrie reste élevée, mais évolue dans le bon sens. Les dirigeants le reconnaissent en diminuant de 12 points leur reproche sur le poids de la fiscalité en France entre 2017 et 2018.

La France a su développer de grands champions, mais les PME et ETI industrielles doivent accentuer leur rayonnement mondial

La France ne compte que 120 000 entreprises exportatrices quand l’Allemagne en recense plus de 300 000. La part de marché mondiale de la France était de 3% en 2017 contre 5,1% en 2000. La part de marché de la France en Europe s’élevait à 12,9% en 2017 contre 17% en 2000.

Pourtant, la capacité d’innovation et de recherche reste l’atout majeur de l’attractivité de la France pour 38 % des dirigeants étrangers interrogés,. Le Baromètre EY 2018 voit cet avantage complété par d’autres critères (l’Europe, les leaderships sectoriels, les talents, le rayonnement touristique). La nature de leurs projets en témoigne : avec 78 nouveaux centres de R&D en 2017 (+53% contre +31% au Royaume-Uni et +23% en Allemagne), la France s’affirme comme un pays compétitif en matière d’innovation.

Bien que complexe et centralisée, la France industrielle parvient à irriguer tous les territoires et notamment les villes moyennes : si 41% des dirigeants font encore à la France le reproche de sa complexité, 65% de leurs investissements se concrétisent dans des villes moyennes, territoires ruraux ou péri-urbains.

Répartition des projets d’investissement étranger par activité et type de territoire

Mais tout ça… c’était avant la crise des Gilets Jaunes…

Néanmoins… Joyeuses Fêtes de Noël à tous !

https://www.ey.com/Publication/vwLUAssets/ey-barometre-de-l-attractivite-france-2018/$FILE/ey-barometre-de-l-attractivite-france-2018.pdf

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Déc 14

Le numérique : un impact environnemental peu connu mais important

La consommation d’énergie du numérique est aujourd’hui en hausse de 9 % par an. Il est possible de la ramener à 1,5 % par an en adoptant la « Sobriété numérique » comme principe d’action. C’est l’axe du rapport sur l’impact environnemental du numérique publié début octobre par The Shift Project, think tank de la transition carbone.

Le numérique étant reconnu comme un levier de développement économique et social, la transition numérique apparaît comme incontournable pour l’ensemble des pays et des entreprises. La transition numérique est en outre souvent considérée comme un moyen de réduire la consommation d’énergie dans un grand nombre de secteurs. Pourtant, les impacts environnementaux directs et indirects (« effets rebond ») liés aux usages croissants du numérique sont systématiquement sous-estimés.

Le numérique est de plus en plus vorace en énergie. Le développement rapide du numérique génère une augmentation forte de son empreinte énergétique directe. Cette empreinte inclut l’énergie de fabrication et d’utilisation des équipements (serveurs, réseaux, terminaux). Elle est en progression rapide, de 9 % par an. La consommation d’énergie directe occasionnée par un euro investi dans le numérique a augmenté de 37 % depuis 2010. L’intensité énergétique de l’industrie numérique augmente de 4 % par an : une hausse à contre-courant de l’évolution de l’intensité énergétique du PIB mondial, laquelle décroît actuellement de 1,8 % chaque année. L’explosion des usages vidéo (Skype, streaming, etc.) et la multiplication des périphériques numériques fréquemment renouvelés sont les principaux facteurs de cette inflation énergétique.

Le bilan carbone pour la transition numérique augmente. La part du numérique dans les émissions de gaz à effet de serre a augmenté de moitié depuis 2013, passant de 2,5 % à 3,7 % du total des émissions mondiales. Les émissions de CO2 du numérique ont augmenté depuis 2013 d’environ 450 millions de tonnes dans l’OCDE, dont les émissions globales ont diminué de 250MtCO2eq.

La transition numérique capte des ressources nécessaires à la transition énergétique. La captation d’une part progressivement démesurée de l’électricité disponible accroît la tension sur la production électrique à l’heure où celle-ci peine à se décarboner. L’augmentation de la production d’équipements numériques nécessite des quantités croissantes de métaux rares et critiques, également indispensables aux technologies énergétiques bas-carbone, alors que des facteurs physiques, géopolitiques et économiques commencent déjà à limiter leur disponibilité.

Toutefois, la contribution nette du numérique à la réduction de l’impact environnemental reste donc à démontrer, secteur par secteur, en prenant garde aux nombreux « effets rebond ».

La consommation numérique actuelle est très polarisée. Les profils de consommation numérique sont extraordinairement contrastés. En moyenne en 2018, un Américain possède près de 10 périphériques numériques connectés, et consomme 140 Gigaoctets de données par mois. Un Indien possède en moyenne un seul périphérique, et consomme 2 Gigaoctets.

Quoi faire ?

L’impact environnemental de la transition numérique devient gérable si elle est plus sobre. The Shift Project propose une définition de la sobriété numérique : acheter les équipements les moins puissants possibles, les changer le moins souvent possible, et réduire les usages énergivores superflus. La sobriété numérique est une approche « lean », autrement dit au plus juste, qui est aussi source d’efficacité – énergétique, humaine, financière – pour les organisations.

Passer de l’intempérance à la sobriété dans notre relation au numérique permet de ramener l’augmentation de consommation d’énergie du numérique à 1,5 %, ce qui n’est que similaire à la tendance globale tous secteurs confondus. La mise en œuvre de la sobriété numérique telle que nous la proposons permettrait donc seulement de contenir l’explosion en cours de l’empreinte environnementale du numérique.

Telle qu’elle est représentée dans le scénario 2018-2025 “Sobriety”, cette sobriété numérique ne remettrait pas en cause le principe de la transition numérique. Ainsi, dans ce scénario, le volume de données échangées continue à croître, et le nombre de smartphones et téléviseurs produits chaque année se stabilise au niveau de 2017 – alors que les marchés des pays développés sont déjà aujourd’hui proches de la saturation.

Il convient donc, pour The Shift Project, d’accélérer la prise de conscience de l’impact environnemental du numérique, dans les entreprises et organisations publiques, dans le monde de la recherche et au sein du grand public est un préalable.

Mais il est nécessaire de disposer de références et d’outils adéquats, prenant en comptel’impact environnemental de la composante numérique des choix qu’elles envisagent, à différents niveaux de pilotage. The Shift Project a développé de tels outils.

Pour The Shift Project, il est nécessaire de retrouver une capacité individuelle et collective à interroger l’utilité sociale et économique de nos comportements d’achat et de consommation d’objets et de services numériques, et d’adapter nos comportements en conséquence.

https://theshiftproject.org/article/pour-une-sobriete-numerique-rapport-shift/

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