Oct 19

Mesure de la capacité d’innovation

Le rapport traité dans le dernier article de ce blog contient une section particulièrement intéressante consacrée à la présentation d’indicateurs d’innovation, absolument nécessaire pour procéder à une comparaison internationale de la force d’innovation des diverses nations.

On utilise à cet effet des indicateurs d’innovation composés d’une multitude d’indicateurs individuels calculés dans chaque pays. Par exemple, l’indicateur d’innovation élaboré par l’Académie allemande des sciences techniques (Acatech) prend en compte de près de 100 indicateurs individuels qui donnent finalement un indicateur unique. En raison de cette complexité, il n’est plus possible de discerner clairement les facteurs déterminants de la force d’innovation.

C‘est pourquoi le KOF, centre de recherches conjoncturelles de l’EPF de Zurich,s’est penché sur la composition des divers indicateurs d’innovation afin de clarifier leur pertinence à l’aide d’un nombre minimal d’indicateurs individuels. Ces indicateurs doivent répondre aux exigences suivantes :

Groupe d’intrants 1 : facteurs technologiques et facteurs améliorant l’efficience

  1. Moyenne des dépenses de R&D en pourcentage du PIB sur les dix dernières années (2005 à 2015)
  2. Part des exportations hightech en pourcentage du total des exportations industrielles durant l’année précédente (2015)
  3. Moyenne de l’intensité de la recherche mesurée en nombre de places de travail (équivalents plein temps) dans la R&D pour un million d’habitants au cours des dix dernières années (2005 à 2015)
  4. Dépenses de l’État pour la formation en pourcentage du budget total de cet État au cours de l’année précé- dente (2015)

Groupe d’intrants 2 : facteurs financiers de la compétitivité

  1. Salaire horaire en US$ dans l’industrie manufacturière (2015)
  2. Frais de création de société en pourcentage du revenu brut par habitant (2015)
  3. Tarifs douaniers moyens pondérés selon la division économique en pourcentage des frais de douane des produits industriels (2015)

Groupe d’intrants 3 : environnement économique et facteurs d’infrastructure

  1. Fluidité des opérations commerciales (2014)
  2. Temps moyen nécessaire pour exécuter légalement des contrats (2016)
  3. Productivité de la logistique, notée de 1 à 5 (de la plus faible à la meilleure) (2015)
  4. Contraintes de la procédure douanière, notée de 1 à 7 (de la plus forte à la plus faible) (2015)
  5. Utilisation d’internet en pourcentage de la population (2015)

Groupe d’extrants: indicateurs mesurant la perfor- mance économique d’un pays

  1. PIB par habitant en parité de pouvoir d’achat (PPA) USD constante (2016)
  2. Productivité du travail en PPA USD constante (2012)
  3. Solde de la balance courante en pourcentage du PIB (2016)
  4. Croissance annuelle moyenne du volume des exportations au cours des 15 dernières années (2000 à 2016)

Ces critères sont ensuite utilisés pour comparer la force d’innovation entre les deux champions de l’innovation que sont la Suisse et Singapour (en haut) et entre la Suisse et la Chine, le pays aux plus bas salaires (en bas).

Le nombre restreint d’indicateurs individuels permet de procéder à une comparaison qualitative de la force d’innovation des pays au moyen d’illustrations graphiques simples dont les diagrammes en toile d’araignée (radar plot) sont les plus adéquats.

Trois différences apparaissent entre les champions de l’innovation que sont la Suisse et Singapour : les salaires horaires sont nettement plus élevés en Suisse qu’à Singapour, la croissance du volume des exportations est beaucoup plus faible en Suisse et alors que Singapour présente une plus grande densité de chercheurs, les dé- penses consacrées à la R&D sont plus élevées en Suisse. Il est préoccupant que la Suisse soit moins bien classée que Singapour dans cinq autres domaines : la productivité du travail, la productivité de la logistique et les dépenses de l’état dans la formation sont plus basses, alors que les contraintes de la procédure douanière et le temps d’exécution des contrats sont plus élevés. En comparaison avec la Chine, désignée souvent comme «la sous-traitante» des pays industrialisés occidentaux, la Suisse l’emporte dans presque tous les domaines. La Chine ne fait mieux qu’en matière de salaire horaire et de croissance des exportations.

https://www.satw.ch/fileadmin/user_upload/documents/02_Themen/01_Frueherkennung/SATW-Innovationskraft-Internet-FR.pdf

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Oct 12

Une vision suisse sur l’innovation … en Suisse

La Suisse occupe régulièrement les premières places dans des classements mesurant la capacité d’innovation des pays. Malgré cette évaluation positive, de plus en plus de voix indiquent percevoir une diminution de la force d’innovation de l’industrie suisse. Qu’en est-il réellement ?

Une analyse détaillée de la force d’innovation de l’industrie suisse vient d’être publiée par le KOF, le centre de recherches conjoncturelles de l’EPF de Zurich. Les chiffres analysés datent des années 1997 à 2014 et permettent de dégager une tendance à la baisse avec néanmoins des particularités.

L’étude montre que la force d’innovation des entreprises suisses se développe de manière très hétérogène. L’élargissement du fossé entre les entreprises actives dans la R&D et qui y consacrent des ressources croissantes, et celles qui y renoncent, est particulièrement inquiétant.

Le fait que les entreprises suisses développent toujours moins de réelles innovations de marché, de même que le recul des activités de recherche dans de nombreuses PME, sont préoccupants.

En résumé, on peut dire que l’approche présentée ci-dessus a permis de créer un ensemble d’outils de mesure faciles à interpréter graphiquement et pertinents, permettant de comparer la force d’innovation tant des divisions indus- trielles suisses que des économies nationales.

Les résultats de cette étude démontrent que la capacité d’innovation de l’industrie suisse est à la baisse.

Tendances se dégageant du paysage industriel suisse :

  • Le nombre d’entreprises industrielles diminue en Suisse.
  • Le nombre d’entreprises suisses menant des activités de R&D diminue. Par contre, ces entreprises investissent une part croissante de leur chiffre d’affaires dans leurs activités de R&D. Il en résulte une concentration des dépenses pour la recherche dans un nombre toujours plus restreint d’entreprises. Et cela indépendamment de la taille des entreprises ou des secteurs.
  • En particulier les grandes entreprises délocalisent plus fréquemment leurs activités de R&D à l’étranger. Il en résulte une perte de savoir-faire en Suisse.
  • Cette évolution est préoccupante. Elle signifie que de moins en moins d’entreprises suisses participent au marché global de l’innovation.

Tendances en matière de chiffre d’affaires réalisé avec des produits innovants:

  • Sur la durée, on constate une tendance à la hausse de la part du chiffre d’affaires réalisé avec des produits innovants dans tous les types d’entreprises.
  • Cependant, le chiffre d’affaires réalisé avec des innovations de marché par rapport au chiffre d’affaires total diminue en général.
  • Les PME de la division pharma constituent la seule exception et réalisent une augmentation du chiffre d’affaires tant avec des produits innovants qu’avec des in- novations de marché.
  • Ces tendances laissent supposer une diminution générale de la force d’innovation de l’industrie suisse. Il est préoccupant pour la place industrielle suisse que les di- visions économiques importantes telles que l’électronique/instruments, les machines, la fabrication de produits métallique et les industries alimentaires y soient confrontées.

Cette analyse semble diverger des classements internationaux, dans lesquels la Suisse se distingue souvent comme un pays très innovant. Mais il ne s’agit pas forcément d’une contradiction. D’une part, il faut prendre en considération que les classements internationaux mesurent généralement la compétitivité, c’est-à-dire les conditions-cadres permet- tant la réalisation d’innovations, et non la capacité d’innovation. D’autre part, les bons résultats d’un seul secteur significatif peuvent masquer d’éventuelles tendances négatives. La division pharma est, par exemple, fortement implantée et très performante en Suisse. Mais même en approfondissant l’analyse d’une catégorie particulière, il est possible que les champions cachent l’évolution préoccupante de certaines lanternes rouges, car on étudie et présente toujours des moyennes. Il est donc utile de procéder à des analyses au niveau des divisions NOGA. Si la diminution de la force d’innovation s’avérait être une tendance générale plus ou moins marquée dans tous les pays, la Suisse resterait bien positionnée sur le plan international.

Complément : le rapport contient aussi une analyse par secteurs…

Développement de l’environnement industriel et des activités de recherche

  • De nombreuses PME réduisent leurs efforts en matière de R&D tant dans le pays qu’à l’étranger. Les divisions chimie, machines, métallurgie, textile/habillement et horlogerie sont particulièrement touchées.
  • Les PME des divisions électrotechnique et fabrication de produits métalliques, de même que les grandes entreprises des divisions chimie, électronique/instruments et industries alimentaires déplacent à large échelle leurs activités de R&D à l’étranger.
  • La concentration des dépenses liées à la recherche est particulièrement marquée dans les PME de la division électrotechnique et dans les grandes entreprises des divisions métallurgie et industries alimentaires.

Développement de produits innovants et d’innovations de marché disruptives

  • –Le chiffre d’affaires des produits innovants par rapport au chiffre d’affaires total augmente dans les PME et les grandes entreprises dans toutes les divisions industrielles. Cette augmentation est particulièrement marquée dans les PME des divisions imprimerie, plastiques, fabrication de produits métalliques et pharma.
  • En revanche, le chiffre d’affaires des innovations de marché par rapport au chiffre d’affaires total baisse dans les PME et les grandes entreprises de toutes les divisions industrielles.
  • Seules des PME de la division pharma présentent une augmentation du chiffre d’affaires avec des innovations de marché.

Efforts d’innovation et succès des produits

  • Les PME des divisions chimie, électronique/instruments et machines, de même que les grandes entreprises de la division électronique/instruments présentent une baisse du chiffre d’affaires avec de nouveaux produits bien qu’elles aient augmenté leurs dépenses de R&D par rapport au chiffre d’affaires.
  • –  Les PME de la division textiles/habillement sont résignées: elles réduisent leurs efforts de R&D et réalisent un chiffre d’affaires à la baisse avec de nouveaux produits.

https://www.satw.ch/fileadmin/user_upload/documents/02_Themen/01_Frueherkennung/SATW-Innovationskraft-Internet-FR.pdf

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Oct 09

Le GPS des classements internationaux

Nous sommes tous devenus obnubilés par les notes et autres classements. Evaluations d’hôtels, restaurants, vins, écoles, rythment nos vies…

Business France a publié un Livre blanc des classements internationaux. L’idée est d’aider à se repérer entre réalités et perceptions. Dans 3 domaines : Compétitivité – Attractivité – Innovation et enseignement supérieur. Pour chacun de ces domaines, plusieurs classements sont examinés.

L’analyse pour pour l’enseignement supérieur se concentre sur trois classements.

Academic Ranking of World Universities

Le « Classement de Shanghai » est établi par le cabinet Shanghai Ranking Consultancy. Son objectif initial était de comparer les universités chinoises aux meilleures établissements mondiaux. L’édition 2017 évalue plus de 1 300 facultés et publie le classement des 500 meilleurs établissements d’enseignement supérieur.

Il s’appuie sur quatre critères, reposant sur six indicateurs :

  • qualité de l’éducation (10 %) : nombre d’anciens élèves ayant reçu un prix Nobel ou une médaille Fields ;
  • qualité des professeurs (40 %) : nombre de professeurs ayant reçu un prix Nobel ou une médaille Fields (20 %) et nombre de chercheurs les plus cités dans leur discipline (20 %) ;
  • production scientifique (40 %) : nombre d’articles publiés dans les revues Nature et Science entre 2011 et 2015 (20 %) et nombre d’articles indexés dans Science Citation Index Expanded et Social Sciences Citation Index en 2015 (20 %) ;
  • performance académique (10 %) : la pondération de ces cinq premiers indicateurs divisée par la taille du corps professoral.

Pour chaque indicateur, un score de référence de 100 est attribué à l’université ayant le meilleur résultat. La performance des autres écoles est ensuite exprimée par rapport à cette valeur.

Financial Times

Chaque année depuis 2004, le Financial Times publie le palmarès des meilleurs masters en management.

Le Financial Times s’appuie sur une enquête en ligne annuelle, réalisée en 2017 auprès de 102 écoles de commerce et 6 300 anciens élèves ayant obtenu leur diplôme en 2014. Pour être pris en compte dans l’enquête, un établissement doit enseigner des programmes à plein temps d’où sortent au moins 30 diplômés par an.

L’évaluation prend en compte 17 critères :

  • six critères reposent sur l’évaluation des anciens diplômés (58 % du score final) :
    la rémunération des diplômés, l’augmentation de leur rémunération depuis l’obtention de leur diplôme, la valeur ajoutée de la rémunération par rapport aux coûts de
  • la formation, le déroulement de carrière, l’atteinte de leurs objectifs par les diplômés, l’efficacité du placement des jeunes diplômés par le service Carrières ainsi que leur mobilité internationale en début de carrière ;
  • dix critères sont liés aux caractéristiques du corps professoral et étudiant, et reposent sur les données fournies par les institutions (42 % du score final) : l’insertion professionnelle dans les trois mois suivant la formation, la part des femmes dans le corps professoral, parmi les étudiants ainsi que dans l’équipe dirigeante, la part des étrangers dans le corps professoral, parmi les étudiants ainsi que dans l’équipe dirigeante, la part des doctorants dans le corps professoral, les expériences internationales suivies au cours de la scolarité (programmes d’échange, stages, etc.), et enfin le nombre de langues étrangères nécessaires à l’obtention du diplôme.

U-Multirank (Commission européenne)

Lancé en mai 2014 par la Commission européenne, le classement mondial U-Multirank est un outil de comparaison des performances universitaires. La 4e édition, publiée en mars 2017, évalue plus de 1 500 établissements d’enseignement supérieur (contre 1 300 en 2016) dans 99 pays.

Conçu comme une alternative aux grands classements existants (Shanghai, QS, Times Higher Education), U-Multirank présente la particularité de ne pas publier de palmarès unique mais de donner « une image complète de la diversité de la performance des universités ». À la différence des classements classiques,

il permet aux étudiants d’évaluer les forces et faiblesses des établissements en fonction de leurs propres intérêts. Un outil en ligne permet de comparer les institutions en fonction de 35 critères répartis en cinq dimensions :

  • la qualité de l’enseignement ;
  • les performances en matière de recherche ;
  • l’ouverture sur l’international ;
  • le transfert de connaissances ;
  • l’engagement régional.

L’outil propose une évaluation globale de la performance des universités ou une évaluation spécifique pour 16 disciplines : ingénierie (électrique, mécanique, civile, industrielle et chimique), gestion, psychologie, informatique, médecine, biologie, chimie, mathématiques, histoire, sociologie, économie et travail social.

Les données utilisées proviennent d’enquêtes de perception réalisées auprès des universités et des étudiants, ainsi que de bases de données internationales.

Analyse de Business France

Les critères retenus dans les classements des universités sont davantage adaptés aux universités anglo-saxonnes qu’aux universités européennes.

Les critères de publications et de citations se basent sur des revues majoritairement anglophones, ce qui exclut les publications non anglophones et les autres canaux de promotion, comme les conférences.

Les différences de taille entre les établissements affectent mécaniquement les scores. Face à cette réalité, le gouvernement a décidé de regrouper les universités françaises entre elles pour en faire des pôles plus grands et compétitifs. Le pôle Paris-Saclay a ainsi pour but de rassembler en une seule entité des universités et des écoles telles que Polytechnique, l’université Paris-Sud ou encore HEC pour en faire un leader européen de la recherche scientifique. Si la fusion d’universités a permis de gagner quelques places, les nouvelles entités créées sont confrontées au problème de la délivrance des diplômes, obligatoire pour être intégré dans un classement.

Le système de recherche français est atypique et se trouve tout particulièrement pénalisé. Les activités de recherche ne se développent pas uniquement à travers les établissements d’enseignement supérieur. La diversité des acteurs de la recherche en France est d’ailleurs soulignée par les classements internationaux : ainsi, le CEA fait partie des 100 plus grand innovateurs mondiaux recensés par le Top 100 Global Innovators de Clarivate Analytics et est classé 2èmedu World’s Most Innovative Research Institutions de Thomson Reuters. Le CNRS est quant à lui classé au 1e rang mondial pour les publications scientifiques selon l’index de Nature.

Dans ce contexte, le ministère de l’Enseignement supérieur, de la Recherche et de l’Innovation s’est impliqué dans la construction du système européen de qualification des universités : le classement U-Multirank. L’attractivité des établissements d’enseignement supérieur et de recherche est un objectif important de la loi d’orientation sur l’enseignement supérieur et la recherche et de l’agenda stratégique de la recherche France Europe 2020, et ne peut pas être lue à travers le seul prisme des classements anglo-saxons.

Avec des critères relatifs à l’enseignement et aux formations, au rayonnement régional, à l’internationalisation, à la recherche et à l’innovation ainsi qu’au transfert des connaissances, U-Multirank présente une mesure pertinente de l’attractivité internationale des universités, constituant un outil plus efficace pour l’orientation des étudiants et, donc, pour leur réussite. Bien que son interface gagnerait à être simplifiée, U-Multirank propose une approche multidi- mensionnelle plus adaptée aux besoins des utilisateurs, permettant d’éviter les écueils des classements classiques. Cependant, le fait que les institutions se voient attribuer une note de A à E simplifie le classement et donne moins d’informations sur les écarts existant entre les différents établissements.

Quelques remarques ((im)pertinentes

Il faut d’abord noter la remarque du rapport, pour U Multirank : « au classement généraliste, on retrouve quatre universités françaises parmi les 20 premières mondiales : l’Edhec, 3ème; l’Essec, 6ème; Télécom ParisTech, 8ème; INP Grenoble, 18ème. » … Sauf que les trois premières ne sont pas des universités.

Il est d’ailleurs intéressant de noter que les établissement français les mieux notés, les écoles de management, sont privées, managées comme des entreprises, très sélectives, avec des frais d’inscription élevés mais aussi un retour sur investissement important. Ne serait-ce pas à l’opposé des politiques publiques souhaités par certains ???

Enfin, globalement, il faut remarquer que, méthodologiquement, deux point sont importants mais à bien distinguer : les critères utilisés, l’analyse des résultats.

Le choix des critères est fondamental et dénote l’approche sous-jacente de l’éditeur du classement : les critères en « nombre de … » privilégient évidemment les grosses structures contrairement à ceux en « taux de … ».

S’agissant de l’analyse des données, et pour oser une comparaison sportive en ces temps de JO et autres compétitions mondiales, les vrais résultats sont fournis par les donnéeselles-mêmes, les « classements » ou autres « palmarès » ne relevant que d’articles, analyses ou autres chroniques de journalistes (L’Equipeou Midi Olympiquepar exemple dans le domaine sportif, L’Etudiantou Usine Nouvellepour les classements nationaux des Grandes écoles).

https://www.businessfrance.fr/Media/Default/PROCOM/Médiathèque/LIVRE%20BLANC_exe_FR12_BD%20double%20page%20complet.pdf

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Oct 09

Australie : une feuille de route pour la robotique

L’Australie vient de se doter d’une feuille de route pour la robotique. Elle a vocation à guider le développement d’une industrie soutenant l’automatisation des procédés dans tous les secteurs de l’économie australienne.

Partant du constat que la transition industrielle est une nécessité pour maintenir le niveau de croissance et de vie en Australie, cette feuille de route insiste sur l’éducation et la formation des générations futures, afin de les équiper des compétences nécessaires pour intégrer, développer ou créer les technologies de demain. Elle constate que l’innovation est stimulée d’une part par la présence de compétences complémentaires dans des centres croisant recherche et technologie de pointe, et d’autre part, par la compétition et les défis qui sollicitent l’esprit d’entrepreneuriat et permet le développement de compétences pour résoudre les problèmes par la création de nouvelles technologies.

Le comité de rédaction de cette feuille de route s’est appuyé sur 5 principes de base pour son élaboration :

  1. L’industrie robotique doit faire progresser la compétitivité économique de l’Australie en créant des emplois qualifiés, et avec une politique adaptée, en aidant à la reconversion des emplois qui vont disparaître.
  2. L’utilisation de la robotique sur le lieu de travail doit permettre d’éliminer les travaux routiniers, d’améliorer l’efficacité des travailleurs, et de leur permettre de dédier plus de temps à des tâches valorisantes.
  3. La robotique doit réduire les risques pour les travailleurs en situation dangereuse.
  4. L’automatisation doit aider à fournir un service meilleur et plus uniforme dans les régions isolées.
  5.  Les décisions d’investissement et d’intégration de la technologie robotique doivent être clairement comprises, cette feuille de route aide à voir l’état actuel et sans doute futur de la robotique en Australie.

L’état des lieux du secteur de la robotique montre que l’Australie a développé une technologie de pointe dans le domaine, notamment dans le secteur minier, et qu’elle possède une recherche de haut niveau, connecté au secteur industriel. Le pays bénéficie également de sa géographie offrant de grands espaces utilisables comme espaces de test, et qui le pousse à développer des solutions technologiques pour les zones isolées. Mais l’Australie souffre d’un marché de petite taille et d’une industrie peu développée et peu reconnue sur la scène internationale. De plus, la culture entrepreneuriale et la prise de risque économique sont peu développées en Australie.

Cette feuille de route propose 18 recommandations afin de favoriser la transition de nombreux secteurs économiques en Australie par l’intégration de la robotique.

Industrie 

  1. Encourager la création d’entreprises de haute-technologie qui utilisent la robotique et encourager l’automatisation dans les entreprises existantes
  2. Attirer les investissements en R&D des compagnies locales et étrangères par des incitations fiscales, notamment en direction des compagnies utilisant des droits australiens de propriété intellectuelle
  3. Orienter les compétences de la main d’œuvre australienne avec des formations appropriées d’initiation ou de développement de compétences pour l’utilisation des technologies robotiques.

Dans le domaine de l’éducation, il s’agit d’équiper les Australiens des compétences nécessaires dans cette transition industrielle :

  1. En établissant des formations à la robotique et aux systèmes autonomes dans toutes les filières, et en développant la recherche et les collaborations, avec une préoccupation pour l’égalité des genres.
  2. En développant un système d’attestation de compétences en robotique dans les universités et les établissements de formation professionnelle australiens, et en soutenant l’organisation de compétitions de robotique au niveau secondaire afin d’attirer des talents dans le secteur.

Un certain nombre de recommandations s’adresse au gouvernement australien, qui doit stimuler les activités de la robotique en établissant un cadre judiciaire et éthique, et en intégrant les technologies robotiques dans les services gouvernementaux :

  1. Ce cadre devrait être cohérent avec les modèles émergents à l’étranger (Europe), et inclure des réglementations pratiques (la fréquence utilisée par les véhicules autonomes, par exemple). Un organisme gouvernemental devrait être mis en place pour accélérer l’approbation des nouvelles applications robotiques commercialisables.
  2. Le gouvernement devrait investir dans ces technologies robotiques, les développer et soutenir leurs infrastructures, y-compris les banques de données et réseaux de télécommunication sur lesquels elles s’appuient.
  3. Une étude des industries de la robotique et des technologies associées ainsi que de leurs utilisations devrait être mise en place afin de mieux guider et financer le secteur.
  4. Un soutien financier et politique devrait être apporté pour l’amélioration des qualifications, la reconversion, et la migration des travailleurs qualifiés, afin de former, d’attirer ou de retenir les talents de la robotique en Australie.
  5. Des espaces d’essais pour tester des nouvelles initiatives en robotique, dépourvus de certaines contraintes de règlementations, devraient être mis en place afin d’accélérer leur mise au point (pour les véhicules autonomes ou la télémédecine, par exemple).
  6. Des standards de sécurité, de gestion des risques et d’interopérabilité devraient être mis en place pour les robots, alignés sur les standards internationaux.

La recherche et développement du secteur de la robotique devra évoluer afin de stimuler l’innovation, d’attirer les investissements, de conduire à plus de commercialisations et d’encourager les applications robotiques en sciences sociales.

  1. Des centres de compétences en technologies robotiques, construits sur les compétences existantes, devraient être mis en place, notamment pour encourager les collaborations recherche-industrie. Ces centres devraient fournir une formation doctorale, inclure des laboratoires d’essais, et favoriser le partage de données, de brevets, de codes, de standards et d’infrastructures afin de stimuler le développement de la robotique en Australie.
  2. Un plan de financement spécifique devrait être développé afin de soutenir la recherche du secteur et d’aider à la commercialisation des technologies robotiques, donnant la priorité aux entreprises nouvelles et aux industries émergentes, au soutien pour l’automatisation des entreprises existantes, et aux approches technologiques centrées sur l’humain.
  3. Les industries existantes et émergentes devraient structurer leurs programmes de recherche et développement vers une évolution cohérente de la robotique, et les priorités du secteur devraient être développées et financées par le gouvernement.
  4. La recherche interdisciplinaire devrait être encouragée afin de répondre aux préoccupations sociales et culturelles concernant l’intégration de la robotique.

Cette transition doit être soutenue par une culture de l’entrepreneuriat dans les domaines de compétences australiennes, sur des niches technologiques pour lesquelles la robotique s’attèlerait à résoudre les défis de l’Australie

  1. Une stratégie nationale de la robotique devrait être développée, par un organisme multisectoriel par exemple, qui établirait une feuille de route des règlementations nationales du secteur. Cette stratégie devrait être fondée sur les collaborations afin de faciliter le regroupement en centres de compétence et d’encourager au partage des connaissances, des compétences et des ressources.
  2. Sensibiliser les industries, le gouvernement et le grand public sur les avantages de l’intégration des technologies robotiques (création d’emplois, service dans les zones isolées, gains en efficacité et productivité, sécurité…).
  3. Développer et financer directement des compétitions de robotique pour attirer l’intérêt, l’implication, les idées et les talents dans le secteur

La feuille de route développe ensuite les différents secteurs pour lesquels les besoins en robotique vont se développer. Elles devraient permettre de développer les capacités de la médecine (télémédecine dans les zones isolées, performances de tâches répétitives, analyse de données). De nombreux services devraient bénéficier de ces technologies (service de distribution à moindre coût, surveillance policière, soutien aux enseignants, médecins et infirmiers, services ménagers, maintenance des infrastructures, etc…). La défense, l’agriculture, l’environnement et l’espace sont également des domaines pour lesquels des robots adaptés peuvent collecter des informations, les analyser, et éventuellement agir…

https://www.roboticvision.org/wp-content/uploads/Robotics-Roadmap_FULL-DOCUMENT.pdf

https://www.diplomatie.gouv.fr/fr/politique-etrangere-de-la-france/diplomatie-scientifique/veille-scientifique-et-technologique/australie/article/la-feuille-de-route-australienne-pour-la-robotique

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Sep 28

Aides à l’innovation : évaluation et recommandations

C’est un nème rapport d’évaluation des aides à l’innovation qui a été publié au printemps dernier. Il est néanmoins intéressant de regarder quelles ont été ses recommandations car la « bio-diversités culturelle » de ses principaux auteurs est à noter : enseignement supérieur, fonction publique, industriels…

Plusieurs raisons rendent indispensable l’examen du modèle français de soutien public à l’innovation :

  • le renouvellement des modèles industriels appelle un questionnement de nos modes de soutien ;
  • la succession, la superposition et l’imbrication des dispositifs existants nécessitent une réflexion de fond sur leurs impacts individuels, collectifs et sur leurs interactions ;
  • les finances publiques comme le nouvel ordre mondial de l’innovation exigent une plus grande articulation et certainement une meilleure mesure du retour sur investissement des efforts consentis ;
  • une forme de décrochage de la France, après celui constaté dans son industrie, l’oblige à considérer ce qui fait la réussite d’autres nations et de leurs modèles de soutien à l’innovation.

Après étude, les auteurs sont convaincus que notre système est complet, en progrès, mais pas assez performant, et qu’il serait illusoire voire dangereux de s’attaquer à un point seulement de la chaîne du soutien à l’innovation – une chaîne n’est aussi solide que son maillon le plus faible. Ils proposent 55 mesures pratiques, tout au long de cette chaîne, pour gagner en impact et en lisibilité, sans heurter inutilement un paysage qui ne pourra ni ne devra jamais ressembler à un « jardin à la française ». Les recommandations sont présentées suivant axes :

  1. Lever les freins réglementaires au transfert de technologies et à la mobilité des chercheurs publics vers le monde de l’entreprises
  2. Clarifier le cadre fiscal et mieux appuyer les entreprises innovantes par les aides indirectes
  3. Stabiliser les moyens budgétaires mobilisés pour la politique d’innovation
  4. Renforcer la chaîne de financement des entreprises innovantes
  5. Utiliser les ressources du Fonds pour l’innovation et l’industrie pour financer le développement de la deep tech et la poursuite de défis sociaux et technologiques d’ampleur
  6. Consolider le pilotage de la politique économique, et notamment son volet « innovation »
  7. Améliorer le paysage institutionnel et des aides à l’innovation tout en portant une attention à la stabilité globale de l’ensemble
  8. Conforter l’appui fourni au développement du secteur numérique
  9. Clarifier les conditions nécessaires pour rendre plus optimal le contrôle déontologique
  10. Mieux mobiliser la commande publique au service de la croissance des entreprises innovantes

Le financement direct de l’innovation appelle une appréciation globalement positive : objet d’un effort constant depuis une dizaine d’années, il se stabilise aujourd’hui autour de 2,5 Mds€, avec une palette d’outils très complète. Ce constat général favorable appelle toutefois plusieurs recommandations en complément : d’abord de veiller au cours des années à venir à assurer une réelle stabilité des soutiens mis en place, toute rupture brutale étant de nature à induire des pertes de valeur sans rapport avec les gains budgétaires immédiats. À l’horizon de 2021, il est impératif de prévoir un quatrième PIA, prenant le relais des générations précédentes de PIA, intervenues tous les 3 à 4 ans, sauf là aussi à causer une discontinuité destructrice dans le soutien à l’innovation.

L’innovation se nourrit de paradoxes irréductibles, qu’il faut accepter et parfois encourager pour que demain plus qu’aujourd’hui l’économie française soit à l’avant-garde. Quels sont-ils ?

  • La lisibilité et la simplicité d’un écosystème d’innovation comme des dispositifs de soutien public qui lui sont consacrés peuvent apparaître a priori comme des avantages pour son efficacité. Pourtant, l’étude des écosystèmes qui se sont construits sur notre territoire montre que ceux-ci sont complexes et divers pour des raisons propres à chacun d’entre eux et que cette diversité est un facteur clé de performance.
  • Dans toutes les économies développées, un soutien public acceptant l’échec s’est mis en place pour dé-risquer les entrepreneurs innovants et prendre collectivement en charge des efforts qui ne créeront de la valeur qu’au bout d’un temps long. L’intervention publique est pleinement justifiée tant qu’il s’agit de financer le risque qu’aucun acteur privé n’accepte raisonnablement de prendre. Pour autant, l’orientation de ces efforts publics doit reposer prioritairement sur les entrepreneurs eux-mêmes, et sur un petit nombre d’acteurs économiques et scientifiques, qui sont aptes à apprécier leur pertinence. Et passés les stades initiaux les plus risqués, c’est à l’investissement privé d’apporter les fonds nécessaires à la croissance des entreprises innovantes ; la puissance publique n’a pas vocation à se substituer au regard exigeant de l’investisseur privé.
  • Parce que l’innovation ne surgit souvent pas là où on l’attendait, il est essentiel de laisser une grande liberté aux inventeurs et donc de se reposer sur des écosystèmes peu dirigés. Pourtant, une orientation des efforts par les pouvoirs publics vers des objectifs ambitieux peut avoir un effet puissant pour faire naître des innovations de rupture.
  • Pendant longtemps l’innovation a été la conséquence d’avancées scientifiques ou technologiques. Si cette dimension est presque toujours présente, on a désormais vu apparaître, avec le très fort développement d’Internet, des télécommunications rapides, des smartphones et de nouvelles méthodes d’exploitation des données, des innovations d’usage très disruptives.
  • La France, qui possède un dispositif de recherche performant sur le plan scientifique, qui produit des résultats de grande qualité reconnus au niveau international, n’en recueille que des retombées économiques largement insuffisantes comparées à celles obtenues dans d’autres régions. Il suffit pour s’en convaincre de regarder le nombre de start-up créées en France, leurs chiffres d’affaire ou leurs capitalisations. Cet état de fait appelle immédiatement une comparaison du système français d’innovation avec les systèmes existants dans des régions performantes comme en Californie, au Massachussetts ou en Israël. Il faut toutefois prendre en compte, dans la définition de modèles de soutien à l’innovation, les particularités propres à chaque pays, qu’il s’agisse de son système d’enseignement, de sa recherche, de son système de financement, de sa culture ou de ses entreprises.

La compréhension de ces caractéristiques complexes de l’innovation est cruciale car elle conditionne la bonne conception des systèmes d’aides et leur traduction en des règles simples, lisibles et applicables.

L’écosystème de l’innovation en Francea réalisé des progrès remarquables au cours des dix dernières années : la politique d’innovation s’est considérablement enrichie en instruments comme en moyens financiers. Cette politique a bénéficié d’un soutien continu de la part des pouvoirs publics, soutien qui a résisté aux alternances politiques. En même temps l’état d’esprit a considérablement évolué en faveur de l’innovation et de la création d’entreprises innovantes, que ce soit dans le monde de la recherche ou parmi les étudiants.

Des progrès tangibles peuvent être relevés, qu’il s’agisse du niveau de la R&D des entreprises, du nombre de créations de start-up, du comportement des acteurs de l’innovation, de leur compréhension des interactions complexes en œuvre et de leur capacité à coopérer de manière efficiente.

Pour autant, et comme déjà indiqué, en dépit des aides et dispositifs mis en place, les retombées économiques de l’innovation en France restent décevantes.

Si le faible goût des élèves et chercheurs pour l’entrepreneuriat ou un biais de l’enseignement supérieur qui valorisait plus la théorie que l’application semblent appartenir désormais au passé, d’autres blocages ou insuffisances demeurent, qu’il faut maintenant s’attacher à lever : obstacles législatifs, réglementaires ou comportementaux, fiscalité instable, lacunes de financement publiques ou privées, visions prospectives trop influencées par le passé, instabilité des outils ou des financements,…

Pour les auteurs, la France possède tous les atouts pour redevenir un acteur majeur de l’innovation. Les obstacles qui depuis plusieurs décennies bridaient cette ambition disparaissent rapidement dans les mentalités. Ce sont désormais des contraintes avant tout réglementaires et comportementales qu’il faut s’attacher à lever.

http://cache.media.enseignementsup-recherche.gouv.fr/file/Innovation/16/0/Rappport_sur_les_aides_a_l_innovation_985160.pdf

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